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Marie-Eve Arbour

MARQUE TERRITORIALE – UN PUZZLE DE 10 000 PIÈCES 1024 682 Marie-Eve Arbour

MARQUE TERRITORIALE – UN PUZZLE DE 10 000 PIÈCES

Ne vous inquiétez pas.

L’idée ici n’est pas de vous rendre jaloux.se avec nos belles photos des Îles!

C’est plutôt de vous faire vivre notre travail de l’intérieur.

En octobre 2018, on a reçu le mandat de la Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine pour créer une image de marque et une stratégie de communication, de manière à attirer de nouveaux résidents et travailleurs.

C’est toujours sur un gros high qu’on arrive dans un nouveau territoire qui nous interpelle pour trouver des solutions à leurs enjeux. Les attentes sont élevées.

Et on aime ça être mis au défi.

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LA BOÎTE A DISPARU

Construire une marque territoriale, c’est exactement (à quelques nuances près) comme faire un casse-tête de 10 000 pièces dont on a aucune idée de l’image de départ. Tout est question d’observation, de patience et de stratégie.

On se lance dans un jeu dont on ne connait pas l’issu.

Au départ, on s’assure qu’on a tous les morceaux.

On collecte de l’information de différentes façons: documentation, discussions, consultation publique, visites, documentaires, sites web… pour ne nommer que ceux-ci. On va chercher toute l’information quantitative et qualitative disponible.  

Et c’est le début d’un chaos qu’on finit par contrôler.

On se rattache avec confiance à l’idée que tout ceci va finir par devenir un portrait clair et limpide.

Le fameux phare à Julie Snyder
Hâvre aux Maisons

Ensuite, on constitue le cadre de notre casse-tête, pour délimiter la zone de travail, notre terrain de jeu.

On travaille les bases de la plateforme de marque: on cerne la personnalité du territoire, ses ambitions, sa vision pour l’avenir. Et on identifie la clientèle qui est la plus susceptible de vouloir y déménager.

L’étape suivante consiste à assembler les pièces marquantes et singulières.

On est dans l’univers des mots.

Dans ce qui distingue réellement le territoire. Dans le langage marketing, on parle de positionnement. On tente d’arriver à l’essentiel, fragile équilibre entre l’âme et l’identité profonde d’un lieu et ce qu’il veut projeter comme image.

Les opinions sont toujours multiples. La passion de nos interlocuteurs est toujours vive. On se transforme en «psy» territorial. On essaie de comprendre ce qui fait que c’est si unique, les Îles.

Planches tendance pour orienter le style. Concept de la marque. Axe de communication. Grandes orientations de la stratégie de communication.

C’est probablement la partie la plus complexe. Celle qui fait qu’on passe en équipe par toute une gamme d’émotions.

Plaisir, excitation, doute, confusion, audace, indécision, détermination, fierté.

C’est dans ces moments-là qu’on se répète comme une sorte de mantra: embrace ambiguity!

Rire nerveux et sueur froide 

Le moment le plus stressant, c’est probablement celui d’arriver devant l’équipe décisionnelle toute entière, après avoir fait 2h de route et 3h d’avion.

Mettre nos tripes et le fruit de notre travail sur la table.

Dévoiler notre représentation du casse-tête.

Lire les expressions faciales.

Euphorie, satisfaction…

Ils ont aimé ça!

La dernière étape, mais non la moindre requiert une excellente perception de la forme du casse-tête.

Il s’agit de regarder quelle pièce peut s’emboiter dans l’autre, d’observer chaque morceau, chaque côté, chaque pointe.

Une fois que notre essence est bien captée et que notre concept est approuvé, on a les coudées franches pour le reste du travail à accomplir. Design de l’identité visuelle, planification opérationnelle, organisationnelle et financière de la stratégie de communication. Toujours dans le but d’adresser le bon message, à la bonne personne, par le bon canal de communication, au bon moment.

Après psy, on se transforme ici en architecte.

Un chapeau qui nous amène à nous assurer que tout est solide et durable.

Il était une fois dans l’ouest 999 1024 Marie-Eve Arbour

Il était une fois dans l’ouest

Inspirations

Ça fait maintenant 10 ans qu’une personne que j’adore et avec qui j’ai fais plusieurs expériences de jeunesse a déménagé dans l’Ouest canadien.

Jusqu’à maintenant, à chaque fois que j’avais l’opportunité de voyager, je me gâtais avec un billet d’avion vers un endroit un peu plus exotique que notre beau grand Canada.

Comme j’allais bientôt obtenir le titre d’amie indigne-qui-n’était-encore-jamais-venue-lui-rendre-visite-en-10-ans, il était grand temps que j’y mette les pieds. J’ai profité des vacances estivales pour faire un saut dans l’ouest et du même coup, découvrir le Kootenay Park, Canmore et Fernie.

Dans son article sur le Festif de Baie-Saint-Paul, Claudia nous explique à quel point ça peut être tannant de voyager avec une graphiste. Elle regarde chaque affiche sur son passage et ramasse un million de dépliants.

Ma déformation professionnelle, c’est d’analyser chaque ville, chaque village. Tenter de comprendre comment ils se distinguent, comment ils se vendent et surtout, pourquoi les gens qui y vivent ont fait ce choix.

«Why here», je leur demande.

«Look around you», qu’ils répondent. «Isn’t it just amazing?»

En effet… Peu importe où tu regardes, il y a la plus belle montagne que t’as jamais vue. 360 degrés de pure beauté. Les amateurs d’outdoor sont plus que servis. À quelques pas de chez eux: randonnée, descente de rivière en n’importe quoi (canot, kayak, paddle board, tube gonflable… définitivement mon activité préférée). Escalade, vélo de montagne, rafting.

Mon sport préféré
Descente de rivière en tube

«Yes», but why here? I mean, there are many more communities around that has de same landscape. So why here precisely? What is so special about this place that you decided to live here?»

 

Qu’est-ce qui rend un lieu si unique?

Cette question-là, j’ai l’impression de l’avoir posée des milliers de fois. C’est celle à la base de toute démarche de marketing territorial. Quand on travaille avec un village, une ville ou une région, on la pose d’abord aux élus, aux responsables de la stratégie et éventuellement aux résidents et entrepreneurs.

Trop de gens ont tendance à nommer les paysages comme étant ce qui les distingue.

C’est bien beau, les paysages. Mais des beaux paysages, il y en a partout. Alors, why here?

On continue à gratter.

Le travail.
La maison.
La famille.
Les amis.
La communauté.
Les services.
Le dynamisme.
Le hasard…

Les milliers de réponses que j’ai obtenues depuis que je pose cette question tournent toujours autour des raisons que je viens d’énumérer. J’aime croire que c’est un heureux mélange de timing, d’opportunité et de coup de coeur. «Finding the right place at the right moment», comme diraient nos amis anglophones.

Alors, comment est-ce qu’on peut agir là-dessus? La question qui tue, dans le métier. Et à laquelle je réfléchis constamment.

Évidemment, on a développé un paquet de trucs pour développer l’attractivité des communautés et régions qu’on accompagne.

Mais comme on est en voyage, c’est le temps de s’inspirer. D’aller voir ce que d’autres font.

En discutant avec mon amie, j’ai découvert Story & Co. Des comme nous, du BC que je raconte à mon équipe. Ils ont travaillé notamment avec les villes de Kimberley, Grans Forks et Revelstoke.

Leur approche est essentiellement basée autour de l’idée de raconter l’histoire d’une communauté. Pas d’un point de vue historique. Plutôt son récit, son essence, son vécu.

Pour eux, «community story is about the place, but also about the many different stories of those who live, work and travel there». Ils disent aussi que «story and brands are not created. They already exist. The task is to improve community communication, strengthen the story, and help it tell best.»

De la musique à mes oreilles. Ou plutôt à mes yeux, puisque je lis tout ça sur leur site web.

Parce qu’au fond, ce qu’on cherche à faire en marketing territorial, c’est d’influencer positivement la perception que les gens (idéalement notre clientèle cible) ont d’un lieu.

Oui, les paysages c’est beau. Oui, on utilisera cet argument à quelque part dans nos communications. Mais ce qui compte vraiment, c’est l’histoire qu’on raconte. Les projets, les gens, la communauté, la culture qu’on met de l’avant. C’est le caractère. L’essence. La vibe…

C’est ça qui fait qu’on entend parler d’un lieu.

Qu’on s’y intéresse.

Et qu’on se voit y faire sa vie.

Maudit que j’aime ma job!

Fini les vacances, de retour au boulot.

Gagnante du concours à l’aveugle 1024 1024 Marie-Eve Arbour

Gagnante du concours à l’aveugle

Notre concours à l’aveugle est maintenant terminé!

Vous avez été plusieurs à participer les yeux fermés et nous vous en remercions! Le nom de notre gagnante est Marie-Michèle Tourangeau.
Félicitations à Marie-Michèle qui se mérite, grâce à la collaboration de différents partenaires, les prix suivants :

  • Deux accès VIP pour le Manoir d’Éros, un événement original organisé par Cent Mille Lieux, le 24 février prochain, durant lequel une vingtaine de comédiens et comédiennes feront vivre à notre gagnante et à son accompagnateur une expérience de théâtre immersive et à saveur érotique!
  • Une nuit au Marinier à Kamouraska où notre gagnante et son accompagnateur pourront profiter du fleuve et de ses couchers de soleil!

Des produits du terroir afin de leur faire découvrir complètement la région du Kamouraska:

Merci beaucoup à nos partenaires d’avoir collaboré avec nous pour faire découvrir le Kamouraska à nos gagnants!

Le Marinier

Cent Mille Lieux 

Microbrasserie Tête d’allumette

Brûlerie de l’est

Photo by Tim Marshall on Unsplash
10 choses à savoir avant de se lancer dans une démarche de marketing territorial 1024 683 Marie-Eve Arbour

10 choses à savoir avant de se lancer dans une démarche de marketing territorial

L’attractivité des territoire est sur toutes les lèvres dans le milieu du développement régional au Québec. La plupart des régions sont en mode solution pour répondre aux défis du vieillissement de la population et de la pénurie de main-d’oeuvre. Il y a quelques années, on ne parlait pratiquement pas de marketing territorial. Voilà qu’aujourd’hui, les démarches se multiplient.

Rues Principales a d’ailleurs organisé un colloque spécifiquement sur le sujet en 2017. Nous étions un des conférenciers invités. Le thème a également été abordé lors des assises 2017 de l’UMQ.

Prendre le temps de bien comprendre le concept et de parcourir les ouvrages de sommités en matière relève pour plusieurs de l’impossible. Une journée a quand même juste 24h et les autres dossiers au travail prennent probablement le dessus. Nous avons pensé vous faciliter la vie. Parce qu’on les a lu les ouvrages de Vincent Gollain, Joel Gayet, Yves Boisvert, Camille Chamard, Christophe Alaux et Lise Bourdeau-Lepage.

Voici donc 10 choses à savoir avant de vous lancer dans le merveilleux monde du marketing territorial.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Tout d’abord, parlons de l’effet de mode. Comme on le disait en introduction, le marketing territorial jouit présentement de la lumière des projecteurs. Il est pourtant important de vous questionner sur les raisons qui vous amène à vous y intéresser, vous aussi. Le faites-vous parce que tout le monde le fait? Ou parce que vous croyez que c’est la meilleure façon de mettre en valeur votre territoire?

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Si vous avez répondu oui à la deuxième option, c’est très bien. Maintenant, défaisons le mythe du marketing territorial «sauveur». Le simple fait d’entamer une démarche du genre ne garantit pas son succès et que des dizaines, voire des centaines de personnes viennent s’établir d’un coup. Le marketing territorial s’inscrit dans la durée. Il vous faudra travailler fort et sur plusieurs années.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Travailler fort et travailler ensemble. Pour que votre stratégie soit un succès, elle devra – à notre avis – s’appuyer sur la communauté, c’est-à-dire les entreprises, institutions, organismes et comités qui composent votre tissus social. Évidemment, un comité exécutif qui pilote la démarche est essentiel pour que les choses avancent rondement.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Les élus aussi devront être de la partie. Dès le début et pour toujours. Car le marketing territorial redéfinit le travail de l’élu. Une fois la marque du territoire bien vivante, ce sera son rôle de la faire vivre. De promouvoir l’image de votre milieu, sa notoriété, sa réputation, son attractivité.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Parlons d’image maintenant. Chez Visages régionaux, nous sommes convaincus qu’une belle image et qu’une campagne publicitaire aussi punchée soit-elle ne suffisent pas à rendre votre milieu attrayant. Il faut aller au-delà de l’image. Réaliser des changements profonds. Implanter des actions et des incitatifs qui parleront directement à votre public cible. Car au fond, une fois que vous les aurez attirés par votre image, encore faut-il qu’ils aient envie d’y rester.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Votre public cible. Qui cherchez-vous à attirer exactement. Il faudra faire un ciblage rigoureux pour s’assurer d’atteindre les bonnes oreilles. Il faudra également sensibiliser les différents acteurs autour de la démarche que, si vous visez les fameux milléniaux (les X et Y), les supports, messages et outils de communication seront adaptés à ce public. Certains d’entre eux n’auront peut-être jamais entendu parler d’un hashtag ou d’Instagram. Il faudra qu’ils comprennent que les façons d’attirer les jeunes ne sont pas les mêmes que pour les autres générations.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Un peu plus haut, on parlait de temps. Là où ça vaut le plus la peine d’en prendre, c’est au moment d’établir votre positionnement. C’est en quelque sorte la promesse que vous faites aux futurs nouveaux arrivants. Ça doit être un équilibre visionnaire entre ce qu’est le territoire et ce qu’il veut devenir. Par le positionnement, on aspire à dévoiler rien de moins que l’âme de votre territoire. Honnêtement, c’est vraiment notre partie préférée d’un mandat!

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

Nous n’avons pas encore parlé d’argent. Et oui, on sait tous que c’est le nerf de la guerre. On aime dire que nos stratégies sont à la portée de tous, même du plus petit village. C’est vrai. Mais un investissement est quand même de mise. Les étapes de planification, de mobilisation, d’identification du public cible, du positionnement et des campagnes prennent du temps. C’est précisément sur ces étapes qu’il est important d’investir, pour que la démarche soit pérenne, à votre image et que vous ayez envie de la porter pour les années suivantes. Les économies, on les fera lors de la conception des campagnes et des outils de communication. Par exemple, au lieu de placer un panneau publicitaire sur le bord d’une autoroute, on pourra se rabattre sur l’affichage sauvage, pour une fraction du prix.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

La plupart des agences de marketing vont vous préparer des campagnes uniquement axées sur l’attrait d’un public extérieur. Dans cette perspective, les habitants de votre territoire ne verront pratiquement pas passer la campagne sur leurs réseaux sociaux, puisqu’ils ne sont pas le public cible. Chez Visages régionaux, notre adage est que vos résidents sont le meilleur aimant à migrant. La population doit être actrice de la construction de votre image, de votre positionnement. Elle doit aussi être à l’avant-plan et impliquée dans la promotion. Des gens qui sont fiers d’habiter chez vous deviendront des ambassadeurs plus puissants que n’importe quelle campagne publicitaire.

Le marketing territorial, 10 choses à savoir

En terminant, rappelons-nous qu’il est beaucoup plus facile de retenir la population locale dans votre milieu que d’en attirer de nouvelles. C’est pourquoi nous travaillons l’attractivité du territoire dans une perspective de rétention. Ça nous ramène à l’importance des actions de développement, pour dynamiser votre milieu. Une stratégie qui est uniquement basée sur un public extérieur rate une belle occasion d’améliorer la qualité de ses résidents actuels.

 

Voilà, tout est dit!

Vous êtes convaincus?

 

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Demandez Marie-Eve.

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La beauté rend heureux 1024 682 Marie-Eve Arbour

La beauté rend heureux

Tranche de vie

Avez-vous déjà eu l’impression de fusionner complètement avec la pensée d’un auteur? Ça m’est arrivé dernièrement. Une amie m’a suggéré de lire Et si la beauté rendait heureux, de Pierre Thibault et François Cardinal.

C’était au moment où nous commencions notre mandat avec la Maison de la famille du Kamouraska. Notre rôle est de les accompagner dans l’ouverture d’un espace de jeu libre pour les enfants, une véritable maison pour les familles de la région.

La beauté au service du bonheur

Il y a dans ce livre une profonde réflexion sur la façon dont la beauté devrait être mise au service du bonheur des habitants d’une ville. Une sorte de prérequis, d’élément inhérent à la conception et la création des lieux communs.

Cette réflexion est tout à fait en phase avec celle de l’attractivité des territoires. Au fond, c’est vrai, les gens veulent vivre dans un endroit où ils seront heureux.

Je vous suggère évidemment de faire la lecture complète de ce livre. Or, si le temps vous manque pour l’instant, je propose de vous amener dès maintenant dans le cinquième lieu. Le cinquième chapitre du livre : la ville du bonheur.

Avant de commencer, je porte à votre attention que les phrases entre guillemets sont tirées textuellement du livre. À quoi bon reformuler quand c’est si bien écrit!

La ville du bonheur

Cette ville, dont nous parlent l’architecte et le journaliste, c’est Copenhague au Danemark. Une ville modèle, selon eux. Et qui comme nous, évolue au rythme d’un climat nordique.

« Copenhague qui a multiplié les interventions pour devenir une ville à taille humaine, où il fait bon vivre. Et ce, en partant de loin et avec bien peu de moyens. »

À Copenhague, l’administration municipale propose des solutions adaptées à chaque besoin, en portant une attention particulière à chaque petit détail. Chaque coin de la ville est étudié, pensé, planifié pour optimiser le bonheur des citoyens. Les rues piétonnes, vélos et espaces publics sont autant d’occasions pour ceux-ci de se rencontrer.

« Tout favorise la mixité et la rencontre spontanée. […] Un environnement bien pensé fait ressortir l’humanité en chacun de nous. Et la beauté des lieux fait ressortir la beauté des gens. […] C’est un exemple à suivre. Il faut surtout éviter de ne pas agir, pensant que la transformation de nos villes nécessite des milliards de dollars. »

Mais alors, quelle est la recette gagnante de Copenhague? Et comment s’en inspirer pour nos régions?

« En misant sur de multiples projets bien pensés, à taille humaine, en se concentrant sur une chose : le bonheur des citoyens. Osons lancer quelques projets éphémères, des interventions ponctuelles, des actions très ciblées. »

Pour les élus et gestionnaires, il s’agit de :

« bien cerner le problème, de réfléchir à une solution et, surtout, de bien en communiquer la pertinence. Il ne faut pas négliger la communication des bonnes idées. C’est ce qui permet aux élus et à la population de se les approprier puis de les propager à leur tour. »

Ça, mon village l’a bien compris. J’habite Mont-Carmel, un village de 1100 habitants dans le Kamouraska. En 2016, j’ai approché le maire en lui expliquant que j’allais bientôt avoir besoin d’un lieu pour travailler et développer mon entreprise. Je lui ai parlé du concept de coworking.

Quelques semaines plus tard, on m’embauche pour travailler à l’ouverture d’un espace de travail collaboratif. Un projet comme celui-ci, ça amène du dynamisme, de la vitalité au village. Et de là pourront émerger d’autres bonnes idées.

« La grande participation des citoyens dans l’aménagement de la ville contribue aussi à développer le sentiment d’appartenance et d’appropriation. Et ce, peu importe l’âge. J’ai été frappé par l’aspect ludique des interventions de la municipalité, par la diversité des parcs et des espaces publics, par la qualité des équipements et des activités offertes. Clairement, les fonctionnaires ne se contentaient pas de choisir un module de jeu en plastique dans un catalogue! »

J’ai trouvé dans ce passage et dans les pages suivantes une grande source d’inspiration pour le projet d’espace de jeu pour les enfants que nous travaillons à ouvrir.

Les auteurs nous parlent du Amar’s Children’s Culture House. Allez voir les photos ici, c’est tout simplement magnifique! 

« Le bâtiment baignant dans la lumière naturelle grâce à de nombreuses ouvertures sur l’extérieur est vraiment étonnant, mais sa conception l’est plus encore : il a été pensé comme une montagne à gravir, sans début ni fin, avec des passages ludiques situés un peu partout. Comme l’aurait imaginé un enfant… puisque ce sont justement des enfants qui l’ont imaginé! La consultation organisée par les autorités était en effet destinée aux plus jeunes, pour que le lieu soit conçu par et pour les enfants. »

C’est justement ce que nous ferons avec la Maison de la famille. Consulter les familles et les enfants dans la création du design intérieur.

Bref, le beau, ça rend fier. Fierté des jeunes pour leur école, fierté des citoyens pour leur ville. Et c’est cette fierté qui, à mon avis, permettra aux villes, villages et régions de tirer leur épingle du jeu de la séduction, de l’attractivité.

« Je vois surtout qu’il est possible de créer un cercle vertueux avec un peu de courage et d’audace, à condition de prendre le temps de consulter, d’avoir les bons mots pour expliquer les projets. Il faut simplement oser ce contact avec le beau. Il faut relier le voir, le vivre et le bonheur. »

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Marketing territorial: travailler avec Visages régionaux 1024 576 Marie-Eve Arbour

Marketing territorial: travailler avec Visages régionaux

Marketing territorial : travailler avec Visages régionaux

Ça y est. Vous avez finalement convaincu votre directeur général et vos élus. Ils ont accepté de s’embarquer dans une démarche de marketing territorial et vous magasinez l’agence qui vous accompagnera.

Vous avez entendu parler de Visages régionaux. Vous avez regardé ce qu’on propose. Laissez-nous maintenant vous expliquer à quoi pourrait ressembler votre expérience avec nous.

Tout d’abord, on va prendre le temps de jaser. De bien comprendre votre contexte. On va vous poser mille et une questions. Bientôt, nos réunions sur Skype vont devenir une habitude.

Qui doit-on impliquer?

On va s’assurer que vous ayez pensé à mobiliser un maximum d’intervenants dans votre démarche. Les élus et DG, mais aussi les entreprises, organismes, comités, sans oublier les citoyens. On aura des questions à poser à tout ce beau monde. On pourra même faire un sondage dans la population ou une consultation publique pour faire ressortir les images fortes reliées au territoire.

Ensuite, on va vous faire travailler. On va vous demander de ressortir TOUS les atouts et forces de votre milieu. Évidemment, on va vous guider là-dedans aussi.

Qui sera votre public cible?

Ce sera maintenant le moment d’identifier votre public cible. Souvent, vous avez la noble intention de vouloir attirer les familles, les travailleurs, les retraités et les personnes immigrantes. On vous dira que c’est trop vaste. Que cibler trop large rime parfois avec ne rejoindre personne. Plusieurs publics cibles veut dire stratégie de communication et moyens propres à chacun. C’est souvent votre budget qui tranchera sur le nombre de publics cibles.

Comment avoir le bon positionnement?

C’est ici que notre travail de création commence, avec la recherche d’un positionnement qui colle à votre territoire. Le positionnement, c’est un équilibre entre l’expression de ce qu’est le territoire et ce qu’il veut devenir. On l’appelle aussi la « promesse ». En l’exprimant en termes clairs et percutants, on veut marquer l’imaginaire, faire rêver. On fait une promesse aux résidents et aux futurs résidents. « Déménager chez nous ça veut dire… »

Photo by Tim Marshall on UnsplashC’est donc le moment où on sort les Post it, qu’on remplit les tasses de cappuccino et qu’on brainstorm jusqu’à trouver des idées qu’on aime assez pour vous les présenter. On les transpose ensuite avec du visuel. Question de voir quel genre d’identité visuelle, de branding on pourra créer avec ça. Si cela fait partie du mandat, c’est ici qu’avec notre studio créatif, on vous proposera une identité visuelle qui accompagnera votre image de marque.

Profusion d’idées & Money money

Maintenant, c’est l’heure de parler d’argent. Une fois votre budget établi, on parlera d’échéancier et de timing. Il sera maintenant question de définir des actions de développement ciblées autour desquelles articuler la stratégie. On vous proposera des tonnes de choses. Notre étude sur la migration des milléniaux en région et notre répertoire des initiatives collectives nous ont fourni plusieurs idées et nous en avons plusieurs dans notre poche d’en arrière.

Au fond, on veut que votre milieu se donne les moyens de rencontrer sa promesse. On souhaite qu’au-delà des communications qu’on déploiera pour attirer votre public cible, vous ayez réellement des choses intéressantes à leur offrir.

Le plan marketing

Dernière étape et non la moindre : le plan marketing. C’est ici qu’on développera des campagnes qui rejoindront votre public cible. Qui exposeront votre territoire au grand jour, qui feront connaître votre identité. On vous proposera également des mécanismes pour convertir de nouveaux résidents.

On fera des aller-retour, on peaufinera le plan. Quand ce sera à votre goût, on sera prêt à enclencher la phase de préparation.

On fera les montages visuels, on préparera les campagnes dans les moindres détails. En bon chef d’orchestre, on vous donnera des tâches en fonction de ce que vous souhaitez faire à l’interne. Notre but est que vous soyez le plus autonomes possible, tout en obtenant les résultats souhaités.

Quand tout est prêt, c’est parti. Que la séduction commence! Encore ici, on peut s’assurer de la gestion des campagnes, ou vous laisser voler de vos propres ailes.

Vous savez tout maintenant.

Prêts à commencer?

581 337-3727.

Demandez Marie-Eve.

Émouvante, résiliente, inspirante Gaspésie 1024 998 Marie-Eve Arbour

Émouvante, résiliente, inspirante Gaspésie

Un texte de Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur retraité du département de géographie de l’UQAM
Spécialiste en développement local et régional

Parti de la région de Trois-Pistoles où j’habite, j’ai fait récemment le « tour de la Gaspésie », accompagné de mon épouse. Pour une xième fois car à tous les quatre ou cinq ans nous prenons la route de la péninsule. Nous voyageons en escargot, lentement, multipliant les arrêts, déambulant dans les villages, observant, questionnant, explorant l’assise et l’âme de ce pays.

PÉNINSULE DE BEAUTÉ, CANEVAS POUR DEMAIN

Le Québec est une mosaïque, une courtepointe de territoires, chacun avec ses attraits et sa personnalité. Je les connais bien et je les aime tous. La Gaspésie émeut et invite à un regard prospectif. Elle émeut par la solidité sauvage de son socle appalachien, ses paysages majestueux, ses villages paisibles au fond des baies, le mariage tumultueux de la mer et de la montagne, l’horizon bleu qui n’en finit pas de se déployer et de se transformer sous l’action des vents et au gré des couleurs changeantes du ciel, son rocher qui défie les millénaires, son arrière-pays si peu domestiqué, le contraste marqué entre la rive océane brute et escarpée au nord et celle de la Baie des Chaleurs, douce et joyeuse, au sud. Elle invite à la prospective par la frugalité et la simplicité du mode de vie dont les gens d’ici semblent se satisfaire pour traverser leur existence, la faible densité de l’habitat qui laisse toute la place aux éléments naturels, la diversité des initiatives qui foisonnent dans les petites villes et les villages sous l’impulsion d’une population résiliente et des idées innovantes des nouveaux résidents venus le plus souvent des grands centres. Et s’il y avait là les conditions et les germes d’un prototype de société durable à inventer pour assurer la pérennité de notre planète.

Vous me direz que ce portrait idyllique masque une autre réalité faite d’îlots de frugalité subie, voire d’indigence, et d’un « retard de développement » de la région par rapport au reste du Québec que pointent des indicateurs tels l’évolution démographique, le vieillissement de la population, le niveau de revenu des ménages, les taux de chômage et d’assistance sociale, le degré de scolarisation, etc. Certes, mais plusieurs de ces indicateurs, notamment ceux à caractère économique, se sont appréciés au cours des quinze dernières années traduisant pour autant une amélioration des conditions de la vie quotidienne. Et des jeunes s’installent. Les temps sombres s’estompent, un nouveau dynamisme prend racine.

Tout aussi fondamental que les critères économiques, sinon plus, il y a le degré de satisfaction personnelle qui, sans nier les indicateurs de croissance, prend en compte des variables qualitatives qui réfèrent aux valeurs individuelles et collectives partagées par les membres d’une société. Il s’agit du vivre-ensemble, de l’appartenance à un lieu et à une communauté, de la promotion de la culture, de la qualité de l’air et de l’eau, de la sécurité, de l’accès libre au milieu naturel, de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale, de la sauvegarde de l’environnement, du développement durable, etc.

L’ENVIRONNEMENT COMME FACTEUR D’IMPLANTATION

Les écosystèmes biophysiques et sociaux retiennent une attention inédite depuis une trentaine d’années alors que des menaces pèsent sur l’équilibre et la « durabilité » des milieux naturels, et que nos modes de vie évoluent vers toujours plus de stress, d’atteintes à la santé et d’insécurité. Des virages importants sont requis pour assurer l’avenir de la planète et de l’humanité.

Dans ce contexte, des prises de conscience individuelles et collectives surviennent, modifiant les systèmes de valeurs établis et entraînant des changements dans les attitudes et les comportements des personnes, les modes de production et les organisations économiques et sociales. Ce processus évolutif qui intègre désormais des préoccupations à l’égard des environnements naturels et de vie, est appelé à s’amplifier avec l’aggravation des problématiques de croissance.

L’ÉCLATEMENT DES LIEUX DE PRODUCTION ET DE VIE

Parallèlement, la structure économique de plus en plus immatérielle du fait de l’apport des technologies de l’information et des communications et de la révolution numérique qui pénètre dans tous les secteurs de la production et des services, permet une déconcentration (déspatialisation) d’un nombre croissant d’entreprises et de lieux de travail.

Mobilité des entreprises, travail à distance (télétravail), coworking, nouvelles organisations du travail, travail indépendant…, autant de nouvelles réalités qui reflètent la sortie des activités de production et de services hors des grands centres et les exposent à des facteurs de localisation autres que les économies de proximité procurées par la concentration dans les pôles. Le rapport de l’activité économique avec l’espace change au profit des régions.

 

L’ATTRACTIVITÉ ACCRUE DES RÉGIONS. LE CAS DE LA GASPÉSIE

La conjugaison des révolutions technologique et numérique avec la dématérialisation accrue de la structure économique et la montée des valeurs environnementales et sociales contribue à accroître l’attractivité des régions, de leurs villes et territoires ruraux. Si l’on ne peut encore parler d’un renversement de tendance dans la courbe de l’exode pour plusieurs régions, les conditions sont de plus en plus réunies pour engager le ralentissement.

On fait le choix d’une région pour le cadre de vie, pour une meilleure qualité de vie. On y implante son entreprise, on y travaille localement ou à distance, on y fixe sa résidence, on y élève sa famille, on y écoule sa retraite. Pour ces raisons la Gaspésie est une région d’avenir et doublement car le développement durable trouve ici un territoire, des organisations sociales, des solidarités, des sensibilités à l’environnement et à la culture, une empreinte écologique faible, des ouvertures à l’innovation…, autant de préalables à ce virage incontournable. Sur le terrain, les initiatives dans les domaines économique, social et culturel se multiplient : agriculture biologique et transformation agroalimentaire, microbrasseries, vergers et vignobles, galeries d’art, restauration et hébergement, coopératives forestières et des pêches, services aux personnes et à la communauté, etc.

Les pouvoirs publics doivent prendre conscience des atouts et du potentiel d’avenir de la Gaspésie. La protection, la conservation et la mise en valeur de l’environnement seront au cœur des stratégies de développement. Des projets industriels tels la cimenterie McInnis de Port-Daniel-Gascons devront se soumettre à un code environnemental des plus rigoureux pour ne pas compromettre l’identité de la région et sa vocation en gestation de figure de proue du développement durable.

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Pour un aménagement du territoire plus soucieux de l’équilibre entre pôles métropolitains et régions

Le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) a lancé une vaste consultation en vue du renouvellement des Orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire (OGAT). Voici quelques éléments de réflexion sur le sujet. Inévitablement, l’aspect développement est aussi abordé étant donné les liens étroits qui unissent ces deux dimensions de la dynamique des territoires.

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Un texte de Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur retraité, départ. de géographie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Spécialiste en aménagement et développement local et régional, décentralisation et gouvernance territoriale.

 

Incompréhension et abandon

En régions, les populations et leurs élus souffrent d’un sentiment d’incompréhension et d’abandon.

Ce sentiment repose sur deux perceptions qui n’ont plus leur raison d’être. Tout d’abord celle que les grandes villes sont les seuls lieux capables d’assurer le succès des entreprises et la prospérité économique et sociale d’un État. Ensuite que les petites villes et la ruralité, premières composantes des régions non métropolitaines, appartiennent à un monde révolu qui n’est plus en phase avec la réalité contemporaine.

On est passé en trente ans d’un immense espoir pour le développement et l’aménagement des régions et de leurs territoire ruraux -pensons aux États généraux du monde rural, à la Politique nationale de la ruralité, à la Coalition Solidarité rurale, à la création des CLD et des CRÉ, à la Loi pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires, etc., – au dépit et à une désespérance qui mettent fortement en doute la volonté du pouvoir public d’arrimer toutes les régions du Québec à un projet généreux de développement et de qualité de vie pour tous. Il faudra plus que le Fonds pour assurer le rayonnement des régions(FARR) pour compenser les ressources, l’expertise, les outils et l’élan perdus, et redonner foi aux collectivités territoriales quant à l’engagement de l’État envers l’avenir radieux des régions hors des aires métropolitaines de Montréal et de Québec.

Pourtant, les régions, avec leurs villes petites et moyennes et leurs territoires ruraux, constituent une réalité aux multiples potentiels dont la société actuelle a grand besoin pour le desserrement des grandes villes, l’équilibre des territoires, l’arrimage à l’économie numérique, la transition énergétique et écologique, le développement durable, la diversité des lieux de vie, la mise en valeur des patrimoines culturels, bâtis et paysagers. La déshérence des territoires ruraux et du maillage des villes en régions est un recul intolérable de société.

L’aménagement du territoire est un outil à mettre au service d’un projet de société qui poursuit des objectifs d’égalité, d’équité, de justice sociale, de qualité de vie, de prospérité et de durabilité. Les régions non métropolitaines et leurs territoires ruraux ne sauraient être négligés dans l’exercice des opérations d’aménagement et de développement du territoire.

 

L’équilibre possible des territoires

L’expansion des grandes villes ne peut être la réponse unique aux problématiques d’occupation de l’espace et d’organisation territoriale. Le temps est venu de prôner la résistance au rouleau compresseur du toujours plus gros, toujours plus grand, toujours plus concentré.

Luttons contre une certaine pensée fataliste qui ne voit dans les régions et leurs communautés que des problèmes.

Plus que jamais l’équilibre des territoires est souhaitable et possible. Les évolutions accomplies au cours des dernières décennies dans les domaines de l’activité économique, des valeurs sociales, de l’écologie et de la technologie, favorisent désormais l’éclatement des lieux de travail et d’habitation. En effet, la dématérialisation de plusieurs secteurs et activités de la sphère économique et leur déspatialisation (production et organisation du travail sans lien avec l’espace, dites activités « footloose »), l’aspiration croissante des travailleurs et des familles à une meilleure qualité de vie, le développement du télétravail comme retombée positive de la révolution numérique (internet et téléphonie mobile), sont autant de progrès de société qui permettent d’envisager, avec réalisme, de rompre avec le modèle de concentration issu de la révolution industrielle. Un modèle qui génère des villes de plus en plus dysfonctionnelles, de plus en plus contraignantes pour leurs occupants (pollutions diverses, îlots de chaleur, congestion de la circulation, coût élevé de l’habitation et des espaces de travail, violence, insécurité…), alors que plusieurs régions et espaces ruraux se vident et sont entraînés dans la spirale du déclin, de la dévitalisation, de la désintégration et de l’extinction.

La concentration de la capacité productive et de la population sur quelques pôles s’accompagne de la contraction de l’espace occupé et de l’abandon de vastes pans de territoires et de leurs ressources (terres agricoles, forêts privées, potentiel touristique, lieux d’habitation, etc.), autant de gisements et d’opportunités pour l’épanouissement du Québec. Abandonner ou négliger des pans de territoire, cela ne peut constituer une option d’une stratégie de développement territorial.

Il n’y a pas de fatalité au gigantisme et à l’hyperurbanisation. Il y a, dans les révolutions en cours, une chance à saisir pour un meilleur équilibre entre régions métropolitaines, régions intermédiaires et régions périphériques, entre villes et campagnes. L’aménagement du territoire est ici interpellé au premier chef et doit faire preuve de créativité et d’audace dans un effort résolu d’adaptation à la société du XXIe siècle.

 

L’obligation d’une volonté politique visionnaire

L’adaptation des orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire aux réalités d’aujourd’hui et aux perspectives d’avenir, tout autant que la défense et la promotion des régions, passent par une vision renouvelée de l’occupation du territoire et une volonté politique d’investissement équitable. Il faut reconnaître que celles-ci n’existent pas encore.

Propulsé par les révolutions économiques, sociales et technologiques en cours, notamment la révolution numérique qui remet fondamentalement en cause les rapports de l’activité humaine avec le territoire, le Québec est aujourd’hui entraîné dans un processus de transformation sans précédent. Les changements de société qui prenaient hier des générations à se réaliser ne requièrent plus aujourd’hui qu’une dizaine d’années, parfois moins. Et ces changements ont des incidences sur l’occupation et l’organisation du territoire que le pouvoir public a la responsabilité de prendre en compte.

Les forces qui ont façonné le Québec sont aujourd’hui en mutation et portent les ferments d’une autre économie qui aura une tout autre emprise au sol -nous en voyons déjà les premières manifestations-, conjuguée à une société en quête d’une meilleure qualité de vie. Sous l’impulsion de ces évolutions, l’occupation du territoire est appelée à se recomposer.

Dans ce contexte, la prospective devient une nécessité. Les solutions d’hier ne peuvent plus être appliquées dans un monde tourbillonnaire en processus de reconfiguration. Les instances politiques sont invitées à un rendez-vous déterminant avec l’aménagement du territoire et doivent faire preuve de vision éclairée, de convictions, d’audace et de détermination. En amont, les professionnels des ministères concernés ont la tâche d’actualiser le champ de connaissance afin d’éclairer et d’aider la prise de décision.

 

Porter un nouveau regard sur les territoires et leur articulation les uns avec les autres

L’action publique affichera clairement une volonté politique d’équilibre des territoires par une reconnaissance du rôle des petites et moyennes villes et des espaces ruraux, en complémentarité avec les grands centres.

Ce qui suppose de poursuivre les efforts pour mieux faire comprendre la dynamique des territoires et les logiques de localisation des entreprises dans un contexte où les transitions numérique, écologique et énergétique sont de plus en plus prégnantes et modifient les rapports des activités de production (matérielles et immatérielles) avec le territoire. Ainsi pourra-t-on agir sur les causes des déséquilibres et des disparités territoriales plutôt que sur leurs conséquences. Insistons sur le fait que les milieux ruraux ne sont pas des espaces résiduels entre les villes en attente d’urbanisation. Ils ne sont pas non plus des réserves naturelles figées, ni des lieux essentiellement récréatifs pour les citadins des grands centres. Ils sont aujourd’hui des territoires multifonctionnels, des terres d’accueil, avec une identité plurielle certes, mais aussi une spécificité qui leur est propre, distincte des ensembles urbains, qui doit être promue. À ce titre, l’espace rural fera l’objet d’une approche et d’une pratique spécifiques d’aménagement du territoire en tant que lieu d’activité, d’habitat et de services. Les places de village retiendront une attention particulière. La présence prépondérante de la nature et de ses écosystèmes fragiles requerra des mesures de protection et de mise en valeur rigoureuses.

La connaissance actualisée des nouveaux rapports entre ville et campagne, entre métropole et périphérie, permettra d’appréhender avec une plus grande justesse le rôle des petites villes et des territoires ruraux en régions non centrales, pour une application modulée de la Politique d’occupation et de vitalité des territoires et de sa loi en appui.

L’équilibre territorial à promouvoir est par ailleurs un allié du développement durable, car il favorise le desserrement des grandes villes, une lutte plus efficace contre leurs dysfonctionnements, des lieux de travail et d’habitation à l’échelle humaine et une mise en valeur des ressources de toutes les régions du Québec.

Une politique qui tend à l’équilibre des territoires n’est pas la porte ouverte à l’étalement urbain ni à la perte de terres agricoles. La croissance débridée des banlieues en périphérie des aires métropolitaines de Montréal et de Québec sous la pression des lobbys de développeurs urbains et des autorités municipales en quête de revenus fiscaux supplémentaires –et ce, malgré l’existence de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA)–, est nettement plus nuisible à la cohésion sociale et à la pérennité des terres agricoles qu’un réseau hiérarchisé, équilibré et maîtrisé de villes et villages en région. Sans compter de meilleures perspectives pour une agriculture de proximité, de nouvelles formes d’agriculture (tailles et productions diversifiées, agriculture urbaine), ainsi que de nouveaux modèles de gestion des fermes (à temps plein ou à temps partiel) à promouvoir.

Ce dernier point soulève un questionnement relatif au rôle de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA) et à sa relation avec l’aménagement du territoire. L’opération en cours pour le renouvellement des OGAT ne pourrait-elle pas être l’occasion de tendre à une harmonisation, voire une intégration de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme et celle du zonage agricole ? Doit-on maintenir la LPTAA dans un statut qui lui procure une telle autonomie que son modus operandi l’isole des OGAT tout en excluant sa pratique de la LAU ? À plusieurs égards, il peut apparaître saugrenu que le zonage agricole ait préséance sur l’aménagement du territoire. La Commission de protection du territoire et des activités agricoles (CPTAA) ainsi que le Ministère des affaires municipales et de l’occupation du territoire (MAMOT) ne doivent pas voir dans toute forme de développement (économique, touristique, résidentielle et de villégiature) en zone agricole, notamment là où les terres sont désertées par l’activité agricole en régions défavorisées, des agressions d’étalement urbain à proscrire. Plutôt que d’interdire, faire preuve de souplesse par des aménagements et des architectures qui tiennent compte des besoins des communautés locales dans le respect des particularités des lieux.

S’il y a lieu de considérer sérieusement l’harmonisation de la Loi sur l’aménagement du territoire et l’urbanisme (LAU) et celle sur la Protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA), il apparaît tout aussi important d’harmoniser la LAU avec la Loi sur la fiscalité des municipalités. Dans la perspective de mesures favorisant le développement des municipalités régionales de comté (MRC) dans la complémentarité ville-campagne et l’équité entre les collectivités territoriales –ce qui n’est pas contraire au renforcement des villes de centralité–, cette harmonisation pour un meilleur équilibre fiscal entre villes de centralité et chefs-lieux d’une part et municipalités rurales d’autre part, s’impose. Les MRC devant constituer des ensembles organiques bien intégrés, les recettes fiscales de l’entité globale feront ainsi l’objet d’un partage qui ne défavorisera pas les municipalités rurales au bénéfice de la ville centre. Il y a lieu de définir des critères de partage qui seront conformes et cohérents par rapport au rôle joué, et que l’on souhaite promouvoir, par chacune des parties de la mosaïque du territoire mercéen.

 

Choix de perspective et de stratégie

L’aménagement du territoire doit être évoqué en termes de perspectives et de choix stratégiques d’organisation et de développement de l’espace. Dans un contexte où il s’avère indispensable de considérer la modernité et la complexité du fonctionnement des territoires et leurs relations entre eux, il apparaît nécessaire que la classe politique ait envie de changer de perspective, de discours et de modèle d’intervention.

La contribution des régions à l’épanouissement de la société globale ne pourra se traduire positivement que si les potentiels de tous les territoires, incluant les petites villes et les espaces ruraux, sont exploités. Il est nécessaire de valoriser leurs atouts et ne pas avoir uniquement pour objectif de compenser les faiblesses et difficultés de certains d’entre eux par des programmes sporadiques et éphémères d’assistance. Recherchons des solutions qui traiteront les causes, non les effets.

Les pays qui ont des politiques vigoureuses et efficaces d’aménagement et de développement des territoires reconnaissent les six points suivants. Premièrement, que les initiatives de développement sont le résultat d’une démarche intégrée d’implication locale et de territorialisation de l’action publique. Deuxièmement, que cette démarche est à la fois sociale et culturelle au cœur de la rationalité économique. Troisièmement, que la territorialisation de l’action publique repose sur des structures décentralisées et une modulation des dispositifs d’aménagement et de développement adaptée aux spécificités locales et régionales. Quatrièmement, que les territoires dynamiques sont des territoires de projets faisant largement appel à la démocratie participative. Cinquièmement, que les infrastructures, équipements et services publics appropriés constituent le socle de toute stratégie d’aménagement et de développement territorial. Et enfin, sixièmement, que si les aides financières ne font pas les politiques d’aménagement et de développement, elles n’en sont pas moins nécessaires.

 

Accroître l’attractivité et la compétitivité des collectivités territoriales

Rappelons que l’immense territoire du Québec est une mosaïque de régions aux caractéristiques différenciées. Chacune peut contribuer à sa manière à l’identité, à l’affirmation et à l’épanouissement économique, social et culturel de la société tout entière. Les handicaps de certaines d’entre elles, d’ordre géographique par exemple, appellent à des actions ciblées par souci d’égalité des territoires et de justice sociale. La vitalité de chacune des communautés locales qui composent l’entité régionale assurera la vitalité du tout.

Si l’économie est aujourd’hui mondialisée, la production est localisée. En région hors des grands centres, l’activité économique repose très largement sur les PME. L’implantation et l’essor de celles-ci répondent à des logiques de localisation et de croissance que les milieux d’accueil doivent comprendre et tendre à satisfaire en termes d’attractivité et de compétitivité des territoires, avec l’appui de politiques nationales.

Ainsi, l’État et les collectivités territoriales conjuguent leurs efforts afin que les communautés soient attractives et compétitives. Il est ici question d’équipements et d’infrastructures, de services à la population et aux entreprises, de qualité de vie et d’appartenance territoriale, de protection du milieu naturel et de mise en valeur du patrimoine bâti et paysager, d’identité territoriale, etc., encadrés par des programmes, mesures et réglementations spécifiques. On ne peut faire naître des entreprises dans un désert social et culturel et dépourvu d’infrastructures et de services. L’accès à internet très haut débit et à la téléphonie mobile est aujourd’hui une réponse à un besoin de première nécessité pour le développement territorial. À défaut, la fracture entre centre et périphérie se creuse.

Le télétravail et les lieux de coworking (travail collaboratif) qui sont de nouveaux moteurs de développement dans les villes petites et moyennes et les milieux ruraux, requièrent des statuts particuliers ainsi que des prescriptions d’aménagement et d’urbanisme qui soient favorables à leur implantation et leur développement.

Territorialiser l’action publique de développement fait ainsi appel à des programmes et des structures dédiés, de l’expertise et des budgets. Autant d’éléments que rassemble et offre une approche intégrée d’aménagement et de développement territorial soucieuse de l’épanouissement de tous les territoires.

 

Un regard optimiste sur l’avenir des régions

Il faut se réjouir des évolutions et des transformations économiques, sociales et technologiques des 30 dernières années et toujours en marche, qui permettent un desserrement des métropoles au profit d’une reconquête et d’une recomposition des régions et des espaces ruraux. Une occupation plus équilibrée des territoires peut ainsi être envisagée, ouvrant de nouvelles avenues à la conciliation entre l’occupation du territoire, l’accès aux emplois et aux services et le développement durable, partout au Québec.

C’est dans cette perspective que le modèle de deux régions métropolitaines et d’une nébuleuse de bassins de vie et d’activité composée des 87 MRC, celles-ci dotées d’un haut niveau d’autonomie de proximité et articulées à un réseau de villes de centralité, de petites villes et de villages, apparaît un scénario possible et souhaitable d’organisation du territoire pour relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre temps et des décennies à venir. Ceci dans une perspective d’interdépendance et de complémentarité entre centre et périphérie, entre ville et campagne. Les MRC sont ainsi conçues, promues et vécues, comme des territoires de coopération et de solidarité dans le respect de l’identité et de l’autonomie des communautés locales.

Pour traiter des enjeux économiques et sociaux qui transcendent les frontières des MRC, un organisme de dialogue, de planification, de concertation et d’action s’avère nécessaire. Les Conférences régionales des élues (CRÉ), instituées en 2003, où siégeaient des représentants élus des MRC, d’autres provenant des secteurs économiques et sociaux, détenaient un tel mandat. Ces organismes géraient les budgets alloués au développement de chacune des régions dans le cadre de leur planification stratégique sur une base quinquennale. Jouissant d’une autonomie et d’un mode opératoire complémentaire à l’action des MRC, en interface avec les ministères, les CRÉ administraient elles-mêmes de nombreux budgets transférés par les ministères selon des ententes spécifiques correspondant à des enjeux régionaux de domaines variés : secteur agroalimentaire, économie sociale, accessibilité à la culture dans les petites municipalités, conditions de vie des personnes aînées, prévention de l’abandon scolaire et valorisation de l’éducation, condition féminine, promotion de la transition écologique et numérique, etc. Ces ententes ont permis la création de projets porteurs dont certains sont devenus des modèles au Québec.

Or, en 2014, le gouvernement Couillard abolissait les structures de développement local et régional (Centres locaux de développement-CLD et CRÉ) en même temps que la Politique nationale de la ruralité et transférait leurs responsabilités aux MRC. La plupart des régions ont recréé depuis un organisme de planification et de concertation régionale animé par les préfets des MRC qui les composent. Les régions sont invitées à soumettre des projets au gouvernement qui jugera de leur « acceptabilité » pour un financement par le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR). Reste à cette structure et à cette façon de faire, à démontrer leurs mérites au bénéfice des régions.

L’efficacité du modèle d’intégration des pouvoirs territoriaux (MRC et tables régionales des préfets) à la gestion du développement local et régional présentée ici, suppose une implication vigoureuse du pouvoir central en appui aux collectivités territoriales, afin de doter les territoires des infrastructures, équipements, services publics et prescriptions diverses d’aménagement et d’urbanisme nécessaires à l’amélioration de leur attractivité et compétitivité, tout autant qu’à soutenir financièrement leurs projets. Nécessaires aussi au renforcement des pôles de centralité que sont les villes moyennes et les chefs-lieux des MRC, sans négliger les noyaux de villages et ainsi consolider les liens de complémentarité et d’interdépendance entre territoires ruraux et urbains, entre métropoles et périphérie.

Le partenariat État-région-MRC/grandes villes devra par ailleurs se concrétiser par des projets de territoire intégrés, conformes aux orientations d’une nécessaire Politique nationale d’aménagement et de développement des territoires dans une perspective de durabilité.

Ce modèle axé sur l’équilibre des territoires, l’autonomie des instances locales et régionales et la cohésion sociale, permettrait d’éviter, ou pour le moins d’atténuer, les dysfonctionnements et les déséconomies associés à l’hyperconcentration sur quelques pôles, tout en étant mieux à même de favoriser les conditions du développement durable des régions, offrant de ce fait des milieux de vie à échelle humaine dotés d’une gouvernance décentralisée, propice à une prise en compte des spécificités locales et à une intégration de la participation citoyenne au processus décisionnel.

Comme on peut le constater, une telle vision de dynamique territoriale suppose une intégration forte des cadres institutionnels d’aménagement et de développement, l’harmonisation et la cohérence dans les actions, ce qui est à l’opposé des pratiques « en silo ».

Il n’y a pas de territoires sans avenir, il n’y a que des territoires sans vision ni projets.

L’avenir du Québec se construira avec ses métropoles, ses régions, ses villes petites et moyennes et ses villages dans un souci de complémentarité et d’équilibre, d’égalité des chances et de justice sociale.

 

4 octobre 2017

À noter que l’essentiel de ce texte a été transmis au Service de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire du MAMOT

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Le développement régional sous le gouvernement Couillard 975 975 Marie-Eve Arbour

Le développement régional sous le gouvernement Couillard

La main qui prend est plus gourmande que la main qui donne

 

Un texte de:
Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur honoraire du département de géographie de l’UQAM
Spécialiste en Développement local et régional,
Décentralisation et Gouvernance territoriale

 

Le dépouillement du coffre à outils des régions

Après les abolitions et ponctions dans les outils et les budgets dédiés au développement local et régional à la fin de 2014 et la suppression du terme « régions » du libellé du ministère des Affaires municipales, des régions et de l’occupation du territoire, le gouvernement Couillard cherche à conquérir la confiance des régions.

Rappelons qu’avec la sanction de la Loi concernant principalement la mise en œuvre de certaines dispositions du discours sur le budget du 4 juin 2014 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016, le gouvernement a aboli les 120 centres locaux de développement (CLD), les 19 conférences régionales des élus (CRÉ), la Politique nationale de la ruralité (PNR) et le Fonds de soutien aux territoires en difficulté (FSTD), en plus de réduire de 300 M$ le budget des municipalités en échange de pouvoirs accrus dans leurs négociations avec leurs employés. Les MRC acquièrent par la même occasion la responsabilité du développement régional qu’avaient les CRÉ, et celles des CLD en matière de développement local et de soutien à l’entrepreneuriat. Avec toutefois des ressources en moins puisque le budget des CLD alloué désormais aux MRC a été amputé de 55% passant de 72 à 33 M$, et celui dédié aux CRÉ s’évanouit en même temps que disparait cette instance régionale. De nouveaux fonds d’aide au développement local et régional, (Fonds de développement des territoires-FDT et Fonds d’appui au rayonnement des régions-FARR) viendront compenser partiellement les pertes subies au niveau des MRC et des régions.

Créés en 1997, les 120 CLD avaient pour mission : i) de favoriser l’émergence d’initiatives locales de développement; ii) d’accompagner les porteurs de projets dans leurs démarches administratives, leur plan d’affaire et leur financement; iii) de promouvoir les valeurs de l’entrepreneurship dans le milieu. Principal outil du développement local, le CLD intervient bien avant l’acte économique proprement dit. Selon l’acronyme ISMFA qui résume les différentes facettes de leur travail, les CLD Informaient, Sensibilisaient et Mobilisaient le milieu, organisaient des Formation pour renforcer les capacités d’Agir. Ces actions en amont contribuaient de surcroît à consolider le sentiment d’appartenance à la communauté.

Concernant les Conférences régionales des élus (CRÉ), s’il s’avérait pertinent de revoir leur statut et leur mission, l’abolition de cette instance régionale crée un grand vide dans la dynamique régionale. Organisme multisectoriel de dialogue, de planification, de concertation, de leadership et de mobilisation sur des enjeux de développement économique et social qui transcendent les frontières des MRC, la CRÉ avait une raison d’être confirmée par une vision, une autonomie et un mode d’opération complémentaires à l’action des MRC, en interface avec les ministères. Les CRÉ géraient elles-mêmes de nombreux budgets transférés par les ministères, donnant lieu à des ententes spécifiques correspondant à des enjeux régionaux de domaines variés : secteur agroalimentaire, économie sociale, accessibilité à la culture dans les petites municipalités, conditions de vie des personnes aînées, prévention de l’abandon scolaire et valorisation de l’éducation, condition féminine, promotion de la transition écologique et numérique, etc. Ces ententes ont permis la création de projets porteurs dont certains sont devenus des modèles au Québec. Avec l’abolition de cette structure régionale, le gouvernement récupère ce palier de gouvernance et se garde le contrôle du décaissement de l’argent. Un geste centralisateur en même temps qu’il décapite les régions d’une instance de développement intégrée, sensible à la spécificité des enjeux territoriaux de niveau régional.

Adoptée en décembre 2001, la Politique nationale de la ruralité, fut renouvelée en 2007, puis en 2014, pour 10 ans, dotée d’un budget de 470 M$. Elle avait pour objectif de stimuler la vitalité des milieux en favorisant la prise en charge locale du développement, en misant sur une vision territoriale, la mobilisation des citoyens et une responsabilisation des milieux concernant l’utilisation des ressources. À cette fin, elle mettait à la disposition des communautés un réseau de 136 agents de développement rural chargés de mobiliser les milieux et de les accompagner, ainsi que les pactes ruraux, des enveloppes financières destinées à supporter des projets de développement. En 2010, l’OCDE avait conclu, après examen, qu’il s’agissait de « la politique rurale la plus achevée à l’échelle des pays de l’OCDE. (…) Par ses politiques rurales, le Québec est un exemple pour les décideurs confrontés à des problèmes tels que l’éloignement, la dépendance des collectivités à l’égard des ressources naturelles et le développement des zones rurales. »[1]

L’OCDE a constaté que face au déclin démographique et économique qui menace la viabilité de certaines localités rurales, le Québec a élaboré une approche figurant parmi les plus abouties à l’échelle des pays de l’OCDE, qui cadre avec le nouveau paradigme rural : « Sans se limiter à des préoccupations sectorielles, la politique rurale provinciale vise l’autonomisation des collectivités et l’occupation du territoire. »

Lors de la Journée de la ruralité 2011[2], le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Monsieur Laurent Lessard (du gouvernement Libéral de Jean Charest), a présenté le bilan à mi-course de la Politique nationale de la ruralité. Il a rappelé que cette politique visait à assurer le développement et la vitalité des communautés rurales en misant sur leur diversité et leurs particularités. Il a déclaré avec fierté que la Politique nationale de la ruralité était reconnue comme une référence mondiale dans le domaine, soulignant que l’OCDE en avait fait état lors de la publication de son rapport relatif à l’examen de la Politique. Il a de plus déclaré : « À mi-course de son échéancier, la Politique nationale de la ruralité se bonifie tout en maintenant le cap sur ses objectifs. L’adhésion générale des milieux ruraux à une approche fondée sur la responsabilité partagée, la confiance mutuelle, la souplesse et l’autonomie d’action des MRC donne à chaque territoire rural les moyens d’agir pour l’avenir, la croissance et le développement durable du Québec. »

Le ministre a précisé que : « …depuis l’entrée en vigueur de la Politique en 2002, les 91 MRC visées ont accepté plus de 4 800 projets dans le cadre du Pacte rural, générant des investissements de 662 M $ et le maintien ou la création de 6 784 emplois. »

Quant au non renouvellement du Fonds de soutien aux territoires en difficulté (FSTD), annoncé en mars 2014, c’est une autre ponction dans les crédits de développement accordés aux régions. En 10 ans, ce programme avait distribué près de 55 M$ aux municipalités dévitalisées (au nombre de 152) pour soutenir leur démarche de diversification et de développement.

En transférant les responsabilités des CRÉ, des CLD et de la Politique nationale de la ruralité aux MRC, l’État fait valoir une économie de locaux, d’équipements de bureaux, et de personnel : « Nous allons financer des projets, non pas des structures et des salaires », déclarait Pierre Moreau, alors ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire. Dans son calcul comptable il oublie, ou néglige plutôt de prendre en compte le leadership et l’expertise des professionnels du développement territorial dont les collectivités locales et régionales sont désormais privées. Une omission consciente et délibérément assumée par son successeur, le ministre Martin Coîteux, avec les conséquences qu’elle entraîne, ce qui ne manque pas de témoigner du degré d’intérêt que porte ce gouvernement à l’égard des régions non centrales.

Au regard de ce grand dépouillement des régions, il est utile de rappeler qu’au printemps 2012 le gouvernement libéral de Jean Charest a adopté une Stratégie et une Loi « pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires », lesquelles sont demeurées depuis des coquilles vides. Que d’incompréhension et d’indifférence, voire de cynisme, à l’égard des régions ! Dans une tournée des régions entreprise en janvier dernier pour promouvoir le Fonds d’appui au rayonnement des régions, le ministre Coîteux affirme vouloir relancer la Stratégie pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires. Ce qui relance l’espoir que puisse s’établir un partenariat plus étroit entre le MAMOT et les territoires, une plus grande autonomie de ceux-ci en matière de développement territorial accompagnée de moyens et de ressources accrues. L’espoir est permis mais le gouvernement libéral nous a habitué à la méfiance dans les dossiers de développement local et régional.

 

La grande mystification des fonds de développement des MRC et des régions

Objet de vives critiques et de la colère des régions, le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire (MAMOT) crée en 2015 le Fonds de développement des territoires (FDT) pour soutenir les initiatives de développement local des MRC. Pour sa première année d’application, en 2016, le FDT a été doté d’une enveloppe de 100 M$. Pour la période 2017 à 2019, une enveloppe totale de 320M$ est prévue.

Par ailleurs, pour compenser la perte des crédits entraînée par l’abolition des CRÉ, le ministère met sur pied le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), mis en œuvre à compter de 2017-2018 pour une période de 10 ans. De 30 M$ au départ, les crédits de ce Fonds atteindront 100 M$ annuellement à compter de 2021-2022 selon la progression suivante : 30 M$ en 2017-2018, 45 M$ en 2018-2019, 60 M$ en 2019-2020, 75 M$ en 2020-2021, et 100 M$ annuellement à compter de 2021-2022.

Des fonds d’aide généreux au développement local et régional ? Considérons la période 2017-2018 à 2021-2022.

 

Le Fonds de développement des territoires – FDT :

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
   100 M $    105 M$    115 M$    115 M $    115 M$

 

Le Fonds d’appui au rayonnement régional – FARR :

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
     30 M $      45 M$    60 M$    75 M $    100 M$

 

Total FARR et FDT

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
   130 M $    150 M$    175 M$    190 M $    215 M$

 

Si l’on compare les montants dévolus aux MRC et régions avant l’abolition des CRÉ, CLD, PNR et FSTD en 2015 aux sommes annoncées pour les FDT et FARR pour l’année 2017-2018, nous obtenons un bilan négatif pour chacune des régions. Le manque à gagner pour l’ensemble du Québec (moins Montréal et Québec) est de plus de 107 M$.

Sources : Conseils régionaux de développement, États financiers; Gouvernement du Québec, Fonds de développement régional, états financiers; Ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, sommes versées aux CLD en 2014-2015; MAMOT, Fonds de développement des territoires et Fonds pour assurer le rayonnement des régions.

  • Cette estimation de répartition du 30M$ a été établie selon les critères actuels de répartition du FDT, soit 40% des sommes en parts égales, 30% en fonction de la population et 30% en fonction de l’indice de vitalité économique établi par le MAMOT.

Les crédits dédiés au développement local et régional des FDT et FARR demeurent bien en-deçà des montants dont disposaient antérieurement les MRC et les régions par le biais des CLD, des CRÉ, de la Politique nationale de la ruralité et du Fonds de soutien aux territoires dévitalisés. Il faudra attendre 2022-2023 avant que les Fonds FDT et FARR atteignent le montant des crédits contenus dans les programmes et politiques abolis.

À ce leurre, s’ajoute la fausse décentralisation du Fonds d’appui au rayonnement des régions-FARR car « le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire assumera l’administration du FARR, notamment en ce qui a trait au respect des normes, à la gestion budgétaire, à la signature de protocoles d’entente et au suivi administratif » (MAMOT). Il est à craindre que l’esprit de cette gestion centralisée ne conduise à orienter, voire à juger les projets retenus par le « comité de sélection de chaque région pour choisir les projets les plus porteurs au regard des priorités qu’elle aura identifiées » (MAMOT). Une approche de gestion centralisée, par défaut d’une véritable instance régionale, en totale contradiction avec le Projet de loi n°122 : Loi visant principalement à reconnaître que les municipalités [locales et régionales] sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs, projet de loi présenté comme « la plus grande décentralisation des pouvoirs vers les municipalités [et les MRC] de l’histoire du Québec », actuellement à l’étude en commission parlementaire.

Au Québec, depuis plus de 40 ans, on se gargarise de mots et de belles phrases sur la décentralisation, telle : « Nos vastes réformes visent à décentraliser les pouvoirs et à faire en sorte que les grandes décisions se prennent le plus près possible des citoyens et des besoins sur le terrain » prononcée en mars 2015 par le premier ministre Couillard pour justifier l’abolition des CLD et des CRÉ et le transfert de leurs misions aux MRC. Mais on a bien du mal à affranchir les collectivités locales et régionales du lien de dépendance, voire de tutelle, avec le pouvoir central, et les ressources financières n’accompagnent que partiellement ces transferts de compétences.

Il est pourtant un principe fondamental en matière de décentralisation des pouvoirs, soit celui de l’autonomie financière des collectivités territoriales. Il s’agit du principe assurant celles-ci des moyens et des ressources nécessaires à l’exercice normal de leurs responsabilités suite à des transferts de compétences. L’autonomie financière comprend son corollaire soit le « principe de compensation » signifiant qu’à chaque compétence transférée par l’État, c’est-à-dire qu’à chaque charge financière nouvelle, correspond le transfert des ressources suffisantes et appropriées destinées à l’assumer.

Il n’y a pas grande gloire à rendre de la main gauche une partie de ce qu’a dérobé la main droite. Oui, on rhabille Jean après l’avoir dépouillé, mais avec des habits plus étroits, inconfortables et démodés.

Les sommes récupérées par l’État et non redistribuées dans le FDT et le FARR constitueraient-elles un trésor de guerre en prévision de la campagne électorale de 2018 pour des « cadeaux de stratégie électorale » offerts aux régions ?

 

[1] OCDE ; Examens de l’OCDE des politiques rurales : Québec, Canada. Juin 2010, 348 p.

[2] Mercredi 18 mai 2011, Montréal.

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Résultats: Sondage sur les 18-37 ans en région 936 936 Marie-Eve Arbour

Résultats: Sondage sur les 18-37 ans en région

Que ce soit à Sept-Îles, Val-D’Or, Saint-Camille ou Pohénégamook, la plupart des municipalités se sont déjà posé la question : comment faire pour attirer des jeunes à venir s’installer chez nous ?

Question complexe qui méritait que l’on renverse la question pour la poser aux principaux intéressés : les jeunes de 18-37 ans qui ont migré en région depuis les 5 dernières années et ceux qui pensent le faire d’ici les 5 prochaines.

Le sondage auquel plus de 2000 personnes ont répondu entre le 18 avril et le 9 mai visait à éclaircir trois grandes questions.

  1. Quels sont les principaux motifs de migration des jeunes? Que recherchent les jeunes lorsqu’ils quittent un grand centre urbain ?
  2. Qu’est-ce qui influence leur choix d’une municipalité plutôt qu’une autre?
  3. Quels types d’incitatifs ou d’actions mis de l’avant par les municipalités ou MRC ressortent comme étant les plus attrayants.

Voici donc, bien humblement, notre analyse des résultats.

Contactez-nous si vous pensez que Visages régionaux peut vous aider à travailler sur l’attractivité de votre territoire.