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Évolution de la ruralité à St-Mathieu-de-Rioux

Un texte de:
Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur honoraire
Département de géographie Université du Québec à Montréal
Spécialiste en développement local et régional

 

Texte rédigé à partir des notes d’une conférence prononcée le 17 septembre 2016, lors d’une soirée consacrée à l’évolution de la ruralité à Saint-Mathieu-de-Rioux, petite municipalité rurale de la MRC des Basques dans la région du Bas-Saint-Laurent. Cette conférence fut précédée de la projection du film de Jean-Claude Coulbois,Retour au pays d’en bas, réalisé en 1977, qui porte un regard touchant sur l’installation de néoruraux dans le rang 5 de cette municipalité. Présent à cette soirée, le cinéaste a expliqué les circonstances et le contexte dans lequel le film a été tourné. Plusieurs témoignages de citoyens ont suivi. Bernard Vachon est résident du rang 5 de St-Mathieu-de-Rioux depuis 1979 où durant 10 ans il a fait l’élevage d’un troupeau de moutons avec son épouse et ses trois garçons.

 

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D’entrée de jeu, je veux profiter de ce temps de parole pour vous dire combien, mon épouse Francine et moi, ainsi que nos trois garçons, sommes reconnaissants au hasard de la vie de nous avoir conduits dans le rang 5 de St-Mathieu-de-Rioux où, un 20 juin 1979, nous avons déposé nos valises, il y a de cela 37 ans. L’accueil de la population a été des plus chaleureux et notre projet d’élevage ovin et de remise en état des terres et des bâtiments de la ferme nouvellement acquise a bénéficié des conseils et des talents de nombreuses personnes qui sont devenues des amis. Je salue ici la famille agricole Omer Beaulieu, les menuisiers Gilbert Jean, Roger Jean, Bill Moore et Gervais Tanguay, l’électricien et plombier Raynald Vaillancourt, les mécaniciens Jean-Paul et Sabin Vaillancourt, les garagistes Michel Vaillancourt et avant lui son père. Les rêves qui nous animaient à notre arrivée se sont pour la plupart réalisés allant même au-delà de nos vœux.

 

1. La phase d’occupation et de développement du territoire

C’est au milieu du XIXe siècle que des hommes, à l’étroit sur le littoral, entreprennent la conquête du haut-pays et défrichent les premières terres.

Le premier qui s’aventura dans les concessions de la future paroisse de Saint-Mathieu fut Michel Jean. Natif de Saint-Jean-Port-Joli, il était maçon de profession. Il s’établit d’abord à Trois-Pistoles puis prit possession d’une terre située à environ huit arpents à l’ouest de l’église actuelle de St-Mathieu. Dès son arrivée en 1830, il travailla avec acharnement à défricher son lopin de terre. Il ne pouvait compter que sur sa famille et trois amérindiens de la nation Micmac établis déjà en ces lieux : Abraham René, Jeannot René et Isaac René.

Après trois ans de labeur soutenu, il alla vendre des échantillons de sa récolte à Trois-Pistoles. On fut étonné de constater qu’il était possible de vivre à cet endroit et bientôt d’autres suivirent la trace du pionnier.

Ainsi commença le mouvement de colonisation du territoire qui allait devenir la paroisse, puis la municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux.

Au sud de Saint-Simon, le site choisi pour ériger le nouveau village est splendide. On imagine l’émerveillement des pionniers : deux grands lacs allongés encastrés dans une vallée radieuse, dominée par un éperon rocheux, site idéal pour y construire la première église et le noyau de village.

La reconnaissance d’un bon potentiel agricole et la présence d’un microclimat dû à l’étendue des lacs attirent de nouvelles familles. La vie s’anime. On ouvre des rangs, on sème, on bâtit. Les espoirs sont sans limites. On est de la race des bâtisseurs de pays, de pays où la vie rurale est porteuse d’avenir.

Des fermes surgissent ici et là, mais aussi des commerces et les services nécessaires au bon fonctionnement de la communauté naissante.

Les travaux de la première chapelle débutèrent en février 1861. La construction alla bon train puisque l’église fut bénite le 15 juin de la même année.

Durant plus d’un siècle, la petite communauté de Saint-Mathieu allait se développer sur la base de trois piliers : l’activité agricole et forestière, l’industrie artisanale, les commerces de proximité et les services publics à la population.

 

1.1 La croissance démographique

Toute cette activité s’accompagna de l’arrivée de nouvelles familles et la population s’accrut à un bon rythme. Alors que 15 personnes étaient établies dans le rang 3 en 1858, le nombre de résidents passa à 880 en 1870, puis à 1 333 dix ans plus tard (1880). Ces chiffres diminuèrent toutefois dans les années suivantes puisque les statistiques révèlent une population totale de 1 000 habitants en 1887 et de 930 en 1890. Cette décroissance rapide s’explique par le départ de plusieurs jeunes hommes et jeunes familles vers les États de la Nouvelle-Angleterre pour y travailler dans les usines, notamment les filatures.

Un nouveau palier est atteint vers 1950 alors que la population est de 1 200 habitants. Dans un effort pour garder leurs enfants dans la paroisse, les pères fractionnent leur propriété en petites unités. Ainsi, une terre de 10 arpents de front par 30 de profond sera subdivisée en 2 ou 3. Mais on constate rapidement qu’une terre de 2 ou 3 arpents de front fait difficilement vivre une famille. Les sols cultivables apparaissent bientôt surpeuplés, ce qui entraîne un nouveau mouvement d’exode vers les villes où la croissance industrielle a grand besoin de main-d’œuvre.

 

1.2 L’activité agricole et forestière

En 1878, la municipalité compte déjà 90 fermes : 48 sont établies dans le rang 3, 24 au rang 4 et 12 dans le rang 5. Un faible nombre dans le rang 6 et au village.

Le nombre maximum de fermes sera atteint en 1891 alors que 122 propriétés agricoles sont enregistrées. Ce nombre passera à 87 en 1921, à 89 en 1931, à 105 en 1941, à 78 en 1961. Il s’agit de petites fermes familiales polyvalentes, dont les activités sont principalement tournées vers la satisfaction des besoins de la famille et des marchés de proximité.

Dans les rangs, les fermes se succèdent sans discontinuité ; pas de sols en friche, les clôtures de perches sont bien alignées et les bords de chemin soigneusement entretenus. Les tracteurs ont fait leur apparition dans les champs au cours des années 50, mais les chevaux sont encore bien présents : on en comptait 42 dans le seul rang 5.

Les années 1950, c’est la décennie de l’électrification dans les rangs. L’ampoule vient remplacer la flamme vacillante du fanal. Quel bonheur d’aller traire les vaches à la lumière électrique. Un ancien me rappelle : « Avant l’arrivée de l’électricité, on allait traire les vaches deux sceaux d’eau dans les mains et l’anse du fanal dans la bouche. Les risques d’incendie étaient toujours présents à l’étable comme à la maison où l’on s’éclairait à la lampe à l’huile ». Quelques appareils nouveaux font leur entrée dans les foyers pour alléger les tâches domestiques.

À partir du milieu des années 1950, les incitations à la spécialisation, l’introduction de la mécanisation, l’adoption de nouvelles méthodes culturales, (et plus récemment la robotisation de certaines tâches), accélèrent les phénomènes d’abandon, de regroupement et de restructuration des fermes. Et les problèmes de relève ne sont pas sans incidences sur l’évolution de l’activité agricole.

L’activité forestière a connu une évolution analogue. Pour approvisionner les trois moulins à scie et les usines de transformation qui se sont implantées sur le territoire de Saint-Mathieu, on a accès aux réserves forestières de la Brown Corporation et à une concession forestière accordée à même les terres publiques de l’ancienne seigneurie Nicolas-Rioux. La coupe de bois créait plusieurs emplois saisonniers. Au fil des ans, la disparition des scieries locales et des usines de transformation, conjuguée à l’introduction progressive des technologies performantes d’abattage et de débardage, ont contribué à éliminer la plupart des emplois en forêt. L’usage aujourd’hui des équipements multifonctionnels explique la disparition presque complète du métier de bûcheron remplacé par celui de chauffeur de machineries lourdes sophistiquées appartenant à des entreprises de l’extérieur.

 

1.3 L’industrie artisanale

L’industrie artisanale est particulièrement florissante à Saint-Mathieu jusqu’au milieu des années 1960. Cette activité industrielle compte un moulin à farine à la décharge de la rivière Neigette (Faubourg du moulin), trois moulins à scie (le dernier au village a été détruit par un incendie en 1991), une beurrerie (en 1932, la beurrerie de Saint-Mathieu transformait un total de 107,745 livres de beurre pour atteindre une production maximum de 182,207 livres en 1958), une usine de boîtes à beurre (dans les bonnes années, la production était de 400 000 boîtes par an; une centaine d’hommes y travaillaient) et de boîtes à pommes, une autre de coffrets d’écoliers, de chaises, de râteaux à foin, de manches de haches, de talons de souliers, de pattes de meubles, etc.

Toutes ces activités composaient une économie de production dynamique (agriculture, foresterie, industrie) qui créait de nombreux emplois réguliers et saisonniers.

Les familles étaient nombreuses et l’ouvrage ne manquait pas. Bien sûr, la vie était rude, mais chacun se sentait solidaire de sa communauté et l’on ne calculait pas les heures passées aux champs ou à l’usine.

On n’était pas riches certes, mais qu’est-ce que la richesse ? Plusieurs m’ont dit qu’on mangeait bien, qu’on s’amusait fort et que le soir venu on dormait profondément. N’est-ce pas là une forme de richesse, cependant très éloignée de nos critères actuels de consommation et d’accumulation matérielle ?

 

1.4 Activités commerciales et services à la population

Isolée des centres urbains et des grands circuits nationaux, l’économie d’autrefois est rurale et locale. Ainsi en est-il de la vie sociale. Celle-ci s’écoule dans une forme d’autarcie dont les règles sont définies sur la base des ressources humaines, naturelles, financières et techniques du milieu. L’ingéniosité, le talent et la détermination sont facteurs de progrès et de réussite. Dans un tel univers, la concurrence qui déstabilise la rentabilité d’une entreprise ne vient pas de Chine ou du Mexique, mais d’un village ou d’une petite ville voisine.

L’apogée de la communauté rurale de Saint-Mathieu est atteint au cours des années 50 alors que la population culmine à quelque 1200 habitants (elle est d’environ 680 aujourd’hui) et que l’activité économique est intense.

Au village, noyau multifonctionnel de la communauté, la vie est trépidante. Pas de centre d’achats à vingt minutes de voiture. Toute la vitalité de Saint-Mathieu repose sur sa capacité à offrir du travail et à satisfaire les besoins de sa population. Durant les mois paisibles d’hiver, plusieurs vont bûcher dans les chantiers pour accumuler quelques dollars nécessaires à l’achat d’un équipement de ferme ou à des travaux de construction. Dans les maisons on organise des veillées où l’on se rassemble pour danser et chanter.

Vers 1937, un relevé de la population active révèle que la paroisse compte 5 commerçants, 1 forgeron, 1 ferblantier-plombier, 43 journaliers (hommes de ferme, menuisiers, charpentiers, etc.), 7 domestiques, qui s’ajoutent aux 92 cultivateurs.

Au milieu des années 1950, le village compte un magasin général et deux coopératives à caractère agricole, trois magasins d’alimentation, une quincaillerie, une bijouterie, une meunerie, un abattoir, deux hôtels, deux maisons de pension, trois garages avec atelier mécanique, deux postes d’essence, une cordonnerie-sellerie, un bureau de poste, une caisse populaire (créée en 1937), deux ateliers de menuiserie, une forge, et une multitude de petits services établis dans des foyers privés : couture, coiffure, tissage… Au centre du village se dresse une grande écurie où sont gardés les chevaux pendant que l’on fait ses emplettes ou que l’on assiste à la messe.

Les offices religieux, nombreux et fréquentés assidument par la grande majorité de la population jusqu’à la fin des années 1970, sont assurés par un curé et un vicaire qui habitent en résidence au presbytère.

Quant à l’enseignement des jeunes, chaque rang a son école (deux dans le rang 3) et un couvent tenu par des religieuses ainsi qu’une école sont implantés au cœur du village. L’ensemble des écoles accueille plus de 300 enfants (la seule école qui dessert aujourd’hui toute la communauté compte moins de 40 élèves). Suite aux recommandations du rapport Parent des années 60, les écoles de rang sont abandonnées et les élèves sont regroupés dans une nouvelle école construite au village. Un service d’autobus scolaire assure le transport des élèves.

À Saint-Simon, le village voisin sis dans les basses terres du Saint-Laurent, le train apporte le sucre, la mélasse et autres denrées que les commerçants achètent en grosse quantité. La plateforme de la gare est le lien avec le reste du monde. On y vient pour accueillir des êtres chers ou pour aller visiter de la famille. Parfois, c’est pour aller tenter sa chance ailleurs.

La combinaison de toutes ces activités a généré durant plusieurs décennies une économie de production et de services assurant le dynamisme et la croissance de la communauté de Saint-Mathieu.

 

2. Puis survient la rupture

Dès le début des années 1960 les premiers signes d’effritement et de déséquilibre se manifestent. Les frontières de l’économie locale reculent. Le marché du lait prend une ampleur nationale et de nouvelles règles de production (quotas) et de conservation sont imposées. Ceux qui ne peuvent y répondre sont écartés. La taille des fermes s’agrandit par souci de rentabilité entraînant la disparition de plusieurs petits producteurs.

En 1962, le gouvernement fédéral accepte l’entreposage du beurre dans des boîtes de carton. Une décision fatale pour l’usine des frères Dionne, la plus importante entreprise de boîtes à beurre au Canada, offrant des dizaines d’emplois pour la population de Saint-Mathieu. Il était impossible de concurrencer la boîte de carton, ce qui signifiait la mort de cette entreprise.

Le ramassage et la concentration du lait dans des usines régionales de transformation entraîne la fermeture de la beurrerie locale et la perte de ses emplois.

En 1976, on dénombre 25 fermes seulement dans la municipalité, plus que 6 en 1997 et 5 en 2016, soient deux fermes laitières, deux fermes ovines et un vignoble. À ces entreprises agricoles s’ajoutent 24 producteurs de sirop d’érable.

Depuis la fin des années 1970, des centaines d’hectares ont été retournés à la forêt, principalement dans le cadre des programmes gouvernementaux de reboisement, avec la bénédiction du ministère de l’Agriculture, soustrayant d’autant ces superficies à la production agricole.

Précisons que les 5 fermes actuelles produisent en volume autant, sinon davantage que la centaine de fermes du début du siècle dernier. Cependant, du fait de la forte mécanisation, l’agriculture d’aujourd’hui crée bien peu d’emplois, soit à peine un emploi par ferme, secondé par un employé à temps partiel.

Le réseau routier s’améliore et l’automobile se généralise, ce qui contribue à briser l’isolement villageois et à rendre les villes voisines, Trois-Pistoles, puis Rimouski et Rivière-du-Loup, plus accessibles. Les commerces locaux font face désormais à la concurrence des centres urbains.

La disparition des chevaux, la généralisation de l’automobile et l’achat dans les villes régionales entraînent la fermeture de plusieurs petits métiers et commerces locaux.

Le recul des frontières économiques s’accompagne du recul des frontières sociales et culturelles. Les élèves du niveau secondaire vont à la polyvalente de Trois-Pistoles et ceux qui poursuivent leurs études partent pour de longs mois vivre dans les centres urbains. La télévision favorise par ailleurs la pénétration des valeurs de la société urbaine.

Cette ouverture sur l’extérieur entraîne un affaiblissement progressif de l’économie locale et un effritement de la cohésion sociale et culturelle. Les emplois perdus dans le secteur agricole, l’activité commerciale et la transformation artisanale, ne sont pas remplacés par des emplois des secteurs de la grande industrie et des services spécialisés.

À défaut d’emplois locaux, une partie de plus en plus importante de la population n’a d’autre alternative que l’exode. L’exode rural fait ainsi suite à l’exode agricole. Ceux qui partent sont généralement des jeunes attirés par la perspective d’emplois plus nombreux et variés à la ville, mais aussi par l’image d’un mode de vie facile et excitant. Ces départs privent la communauté d’éléments dynamiques porteurs d’avenir. La population restante est réduite et vieillissante.

Ces tendances se sont maintenues et accentuées jusqu’au milieu des années 1970. Au début, la vitalité démographique et économique de la communauté a pu atténuer la portée des changements. Mais, sans un apport d’énergies nouvelles, l’épuisement allait inévitablement se manifester. Doucement, insensiblement tout d’abord, puis de façon de plus en plus marquée.

Saint-Mathieu, au même titre que des centaines d’autres municipalités rurales au Québec, est progressivement engagée dans la spirale de la dévitalisation dont l’issue est inquiétante. À la fin des années 1960, dans le cadre des travaux du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ), la fermeture des rangs 4 et 5 a été envisagée.

La structure économique traditionnelle étant en déclin et offrant peu de perspectives de reprise, sur quelles bases nouvelles, en fonction de quelles orientations, pouvait-on insuffler un dynamisme renouvelé à la communauté de Saint-Mathieu-de-Rioux ?

Des initiatives sont lancées, des projets voient le jour, des personnalités s’affirment dans les efforts de relance. Messieurs Adrien Ouellet et Georges Théberge notamment, s’avèrent particulièrement dévoués à la création d’entreprises pour la mise en valeur des ressources locales. Ils contribuent à la création de la Société d’exploitation des ressources des Basques (SER des Basques) et de l’usine de charbon de bois, Produits forestiers basques.

Mais il faut davantage. Et l’économie de production (agriculture, foresterie, transformation) ne semble pas la voie exclusive de la redynamisation de la communauté de Saint-Mathieu. D’autres avenues sont à explorer et à promouvoir. Elles se trouvent dans la mise en valeur des atouts du milieu naturel et la qualité d’accueil de la communauté.

 

3. Saint-Mathieu réinvente sa ruralité : agriculture, résidence, villégiature et plein air

Dans le respect de son authenticité et de l’harmonie de ses paysages, Saint-Mathieu réinvente sa ruralité pour une meilleure adaptation au contexte contemporain. À travers une combinaison d’éléments où s’enchevêtrent activités agricoles et télétravail, culture de la vigne et ébénisterie, résidences permanentes et villégiature, activités de plein air et services de proximité, la vie rurale de St-Mathieu se recompose sur de nouvelles bases. Une métamorphose profonde s’opère de laquelle émerge une ruralité redessinée, celle du XXIe siècle, faite de diversité et de cohabitations inédites.

Saint-Mathieu veut résolument offrir une alternative désirable à la ville. Que ce soit pour s’y installer à demeure, pour la durée d’un séjour saisonnier ou pour la pratique d’une activité sportive, Saint-Mathieu a beaucoup à offrir : centre de plein air, station de ski, parcours de golf, club de chasse et pêche, terrains de camping, chalets… et avant tout, une qualité de vie. Une nouvelle vocation émerge. Un village du futur est en ébullition.

Nos pionniers et leurs descendants ont façonné, sur près d’un siècle et demi, une communauté rurale agroforestière dotée d’une petite activité industrielle de sciage et de fabrication artisanale. La communauté d’aujourd’hui invente une ruralité nouvelle fondée sur une mixité d’activités dont l’axe central repose désormais sur le récréotourisme, la fonction résidentielle et la villégiature. La vie rurale de Saint-Mathieu est dorénavant faite de diversité et de cohabitation, dans le respect profond de son authenticité et de l’harmonie des lieux.

 

Conclusion : le devoir de protection

Le défi qui se pose au futur de la communauté de Saint-Mathieu-de-Rioux est à la portée de la population locale, des élus, des organismes, des entrepreneurs : c’est celui de la cohésion sociale, de la solidarité, de la qualité de vie.

Malgré l’attraction persistante des grands centres urbains, un nombre croissant d’entreprises, d’individus et de familles sont sensibles aux avantages des petites communautés et à l’environnement rural. Faisons en sorte que la municipalité de Saint-Mathieu soit un milieu où il fait bon vivre, travailler, se divertir et s’épanouir.

Alors qu’en plusieurs lieux au Québec, la ruralité redevient attractive et désirable, il n’est pas utopique de croire en un renversement spectaculaire de la tendance au déclin des dernières décennies, introduisant sur le territoire de Saint-Mathieu des forces capables de bouleverser en profondeur la structure économique et provoquer un renouveau démographique à l’origine d’un mouvement de reconquête et de recomposition du territoire.

La diversité et la qualité des services aux familles et aux entreprises, la protection et la mise en valeur de l’environnement naturel et bâti, la consolidation de l’appartenance territoriale et l’affirmation de l’identité culturelle, la concertation, le partenariat et la solidarité… deviennent des éléments fondamentaux du projet de société à se donner pour l’avenir durable de la municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux.

La qualité de notre milieu naturel composé de lacs, de rivières, de sentiers, de champs en culture, de forêts et de paysages sublimes, est la première richesse sur laquelle bâtir l’avenir. Sachons protéger et mettre en valeur intelligemment ce patrimoine naturel. Il devient un facteur d’attractivité et d’implantation pour des travailleurs indépendants, des petites entreprises, des familles, des villégiateurs et des amateurs de plein air, lesquels génèrent une économie résidentielle (de consommation locale) complétant avantageusement une économie de production qui s’est affaiblie au cours des dernières décennies. Devenons une communauté rurale du XXIe siècle, désirée, fréquentée, occupée, affairée…, et jalousement protectrice de son cadre de vie.

Ceux qui nous ont précédés depuis 1830 ont démontré des qualités de bâtisseurs. Comme eux, soyons des « faizeux », non des « dizeux », pour nous donner un lieu de vie dynamique, innovant et inspirant.

Les Fêtes du 150e de notre municipalité ont démontré la solidarité toujours vivante au sein de la population et l’attachement profond de ses résidents à cette terre vibrante de beautés, de fierté et de créativité.

 

Bibliographie

Album souvenir, Centenaire de Saint-Mathieu, 1866-1966, Saint-Mathieu, 1966.

JEAN, Charles-Édouard et Marjolaine Bernier ; Saint-Mathieu-de-Rioux raconte son histoire (1830-2016). Livre du 150e anniversaire de la municipalité de St-Mathieu-de-Rioux, 2016.

Institut de la statistique du Québec ; La population des régions administratives, des MRC et des municipalités du Québec, Gouvernement du Québec, 2016

VACHON, Bernard (sous la direction de) ; Le Québec rural dans tous ses états, Boréal, Montréal 1991, 314 p.

VACHON, Bernard, « Le peuplement des régions rurales du Québec face aux phénomènes de dénatalité et de désurbanisation », in Populations rurales et populations agricoles, Université des Sciences et Technologies de Lille-Flandres-Artois, France, 1986, pp. 85-94.

VACHON, Bernard, « Pour une politique spécifique d’aménagement rural au Québec », in Trames, no. 11, Université de Montréal, Faculté d’Aménagement, 1996, pp. 78-84.

VACHON, Bernard, La passion du rural. Quarante ans d’écrits, de paroles et d’actions pour que vive le Québec rural. Tome 1, Les Éditions Trois-Pistoles, 501 p., 2011. Tome 2, Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal, 933 p., 2014. Les deux tomes en version numérique téléchargeables gratuitement :

http://geo.uqam.ca/nouvelles/219-la-passion-rurale-tomes-1-et-2.html

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Conférence – Congrès 2017 «L’aménagiste régional, artisan du développement» 936 936 visagesregion

Conférence – Congrès 2017 «L’aménagiste régional, artisan du développement»

Le 19 avril 2017, Marie-Eve Arbour a prononcé une conférence dans le cadre du congrès 2017 de l’Association des aménagistes régionaux du Québec.

 

Description de la conférence

Qu’est-ce qui fait qu’une communauté est dynamique? Qu’un village réussisse à renverser la tendance de la dévitalisation? Nos milieux ruraux sont remplis d’exemples qui fournissent des réponses à ces questions. Visages régionaux vous propose de porter un regard sur des communautés qui se prennent en main et sur les meilleures pratiques adoptées par celles-ci pour y arriver.

 

Voir la programmation du congrès.

Pour obtenir le contenu de la formation en format PDF, suivez ce lien.

Frédérique : je rêvais de Montréal! 1024 683 visagesregion

Frédérique : je rêvais de Montréal!

J’ai grandi à Québec avant de déménager, à 17 ans, pour étudier à Jonquière. Je ne considère toutefois pas que c’est à ce moment que ma vie en région a commencé ! Parce qu’à Jonquière, c’est une ville étudiante un peu hétéroclite qui réunit des gens de partout. Quand on étudie au Cégep de Jonquière (et particulièrement en ATM), on est un peu en marge. On vit en région, sans vraiment vivre la région.

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée en « vraie » région ! Après ma technique, je voulais voyager et prendre une pause d’études. Puis, à la toute dernière journée de mon stage, une amie avec qui j’avais étudié écrit sur notre groupe Facebook qu’une petite radio communautaire de la Baie-James cherche deux employés : un journaliste et un animateur. Je me suis dit : « Tant qu’à revenir au Québec et n’avoir rien de particulier à faire, pourquoi ne pas travailler dans le domaine dans lequel j’ai étudié ». On a toutes les deux obtenu un poste et c’est ainsi que j’acceptais de déménager à Matagami, à 1000 km au nord de la ville de Québec (et à 300 km au nord de Val-d’Or). Je n’avais jamais entendu parler de cette ville de 1500 personnes. Je n’en savais vraiment rien de rien. Mais, je venais quand même d’accepter le poste et mon déménagement était prévu pour le 14 juillet. C’est un coup de tête et je voyais ça comme une courte aventure, une parenthèse à ma vie « normale ».

Pensais-tu t’installer en région un jour?

Eh boy… non ! À l’adolescence, je trouvais que Québec, c’était trop petit ! Je rêvais de Montréal, de la vie urbaine, d’arts et spectacles et de restaurants à tous les coins de rue. Même si j’ai toujours aimé les grands espaces et le plein air, je croyais dur comme fer que j’irais vivre à Montréal. J’étais loin d’imaginer que je me retrouvais un jour dans le Nord-du-Québec, là où la plus grosse ville compte à peine 8000 âmes.

Même si mon arrivée en vraie région a été un coup de tête, j’ai vite trouvé des avantages à ce mode de vie. M’adapter n’a pas été facile (notamment parce que la seule amie que j’avais est partie après quelques mois et je me suis retrouvée VRAIMENT seule) et les petites villes sont souvent extrêmement chaleureuses, mais hermétiques aussi. Les milieux sont tissés serré et il peut être difficile de s’intégrer dans un groupe. Il faut dire que je n’avais qu’une collègue à la radio: ma directrice générale. Le temps a fait son œuvre, je me suis reposée, je me suis retrouvée grâce à mes longues marches quotidiennes, je me suis impliquée dans la communauté et j’ai eu des amis !

J’ai d’abord aimé la vie en région pour la proximité de la nature et la facilité d’en profiter. D’abord à Matagami, puis maintenant à Chibougamau, je pars à pied pour rejoindre les sentiers de raquettes, de ski de fond ou de randonnées, tout en habitant au centre-ville! La particularité de la Jamésie (la partie sud de la région Nord-du-Québec), c’est que nos villes sont jeunes et qu’elles ont été construites pour le développement minier et forestier. Tous les services sont donc à proximité (il est assez facile de vivre sans véhicule!) : je marche sept minutes pour aller travailler, aller faire l’épicerie ou quinze minutes pour aller à la piscine municipale. Avec cette proximité vient le temps que l’on gagne dans nos déplacements et on peut consacrer nos énergies à autre chose qu’être dans le trafic ! La vie en région, c’est, pour moi, la tranquillité d’esprit, le calme, le ressourcement, la nature et le bien-être. C’est aussi toutes les activités qui sont offertes et les services disponibles. Ce n’est pas parce qu’on est loin qu’on n’a pas tout ce qu’il faut pour être parfaitement heureux et occupé !

Ma plus grande surprise en m’installant en région est sans contredit tous les services offerts aux populations. En Jamésie, comme les petites villes sont éloignées les unes des autres, chacune d’entre elles doit offrir les services d’une ville régulière, si elle veut que ses citoyens y demeurent. On a accès à des cours de toutes sortes, tant sportifs qu’artistiques, des spectacles, des ateliers, des conférences… Les villes ont des piscines, des arénas, des terrains de tennis, de basket, des sentiers de randonnées (pédestres, motoneige, VTT)… C’est aussi grâce à ceux qui s’impliquent sans compter les heures que les milieux sont si dynamiques. Surtout, il est facile de s’impliquer, de monter des projets ou des événements. La grande majorité des citoyens ont un grand sentiment d’appartenance et souhaitent que leur milieu de vie s’améliore continuellement. Tout ça, ça se reflète dans l’ambiance. De Chibougamau à Matagami, on n’a pas l’impression d’être dans des villages en décrépitude où rien ne se passe. Au contraire, on se retrouve simplement dans des villes-avec-pas-beaucoup-de-voisins !