Ruralité

Sainte-Luce: ma première destination! 819 1024 Marie-Ève Michaudville

Sainte-Luce: ma première destination!

Voilà mon premier article de bloyeee (eh oui, je me suis appropriée assez rapidement les expressions de ma collègue Claudia Tessier!). C’est d’ailleurs elle qui m’a convaincue de rédiger cet article. Elle a bien vu que j’avais des milliers d’étoiles dans les yeux lorsque je parlais de la gang de Sainte-Luce et de leur processus consultatif.

Le conseil municipal et les citoyens de Sainte-Luce ont de quoi inspirer bien des gens, et voici pourquoi.

Photo by Riccardo Annandale on Unsplash

Commençons par le début…

Le 9 octobre 2018, était ma première journée chez Visages régionaux. T’imagines même pas l’excitation et la fierté que j’avais de me joindre à cette belle équipe créative!

Tellement excitée que j’ai fait une solide rechute de caféine. Ça faisait un an que j’avais pratiquement arrêté de consommer cette boisson catalyseur d’anxiété dans mon cas (à l’exception d’un petit latté une fois de temps en temps, parce que c’est ssiiii bon !).

Bref, me joindre à une belle gang et contribuer à des mandats hautement stimulants me comblaient de joie! Après quelques semaines, malgré les lattés vraiment délicieux au bureau, le tout est revenu à la normale et j’ai banni à nouveau la caféine de ma vie, mais je n’étais pas peu moins fière et excitée par mon nouveau travail.

Mon rôle se concrétisait de jour en jour. J’étais la nouvelle recrue responsable des consultations publiques en personne et en ligne, ainsi que du développement des milieux (planification stratégique et concertation locale).

Je sais, LA JOB DE RÊVE !  

Sainte-Luce: le mandat

Sainte-Luce est une municipalité de 2 801 habitants située dans la MRC de la Mitis au Bas-Saint-Laurent. Située à 16km de Rimouski, Sainte-Luce ne connaît pas d’importants enjeux démographiques, en raison de sa proximité avec Rimouski et de son dynamisme. Reconnue pour sa plage et la promenade en bordure du fleuve Saint-Laurent, Sainte-Luce attire chaque été des milliers de touristes.  

Depuis les élections municipales de 2017, Sainte-Luce a la chance d’avoir à la tête de son conseil municipal Maïté Blanchette Vézina.

Une femme proactive, visionnaire, et qui a sincèrement à coeur le développement et l’avenir de Sainte-Luce.  

Nouvelle maire, nouveau plan d’action… une opportunité de réaffirmer collectivement les priorités de développement.

À première vue, tout semble bien aller à Sainte-Luce. Cependant, comme toute municipalité, quelques défis de développement y sont présents.

Voici les deux principaux défis soulevés par le conseil municipal de Sainte-Luce lorsqu’ils nous ont contactés:

#1 Abondance de comités… un beau problème non?

Sainte-Luce a la chance d’avoir de nombreux bénévoles s’impliquant dans plusieurs comités diversifiés. Cependant, on soulevait chez ces bénévoles un certain essoufflement et un chevauchement dans la mission de certains comités, surtout au niveau touristique. Un besoin de concertation et de recadrage de mission était nécessaire. De plus, le conseil municipal souhaitait s’assurer que les gens voulant contribuer aient la place pour le faire.

#2 Sentiment d’appartenance & guérison d’une fusion douloureuse

Sainte-Luce est une municipalité formée par la fusion de Sainte-Luce-sur-mer et de Luceville en 2001. Une fusion qui n’a pas fait l’affaire de tous et toutes… Cependant, une grande volonté existe afin de réconcilier les deux secteurs, et de partager une vision commune de Sainte-Luce sur l’ensemble de son territoire.  

Positionner l’importance d’agir ensemble.

Devant ces défis, le conseil municipal souhaitait obtenir une vision concertée des enjeux prioritaires à adresser collectivement.

Il nous a alors été donné le mandat de consulter la population sur différents enjeux et de proposer au conseil municipal des orientations pour son prochain plan d’action stratégique.

  • Pour ce faire, nous avons animé un atelier de vision avec les nombreux comités et organismes à but non lucratif de Sainte-Luce.
  • Afin de prendre le pouls de la population sur les enjeux prioritaires à aborder, nous avons organisé une grande journée de consultation. Les citoyens étaient invités à un parcours de consultation fort dynamique! Plus de 100 citoyens ont participé à cet événement.
  • Puis, nous avons utilisé notre plateforme de consultation en ligne pour poursuivre l’échange avec la communauté.

Nous avons utilisé les résultats de ces trois activités pour dresser les principales orientations du plan stratégique que nous avons présenté aux élus municipaux. Avec eux, nous avons priorisé les actions à inclure à la version finale.

Ce plan d’action fut adopté par le conseil municipal en début d’année 2019.

Pourquoi consulter?

Le conseil municipal de Sainte-Luce a de quoi en inspirer plus d’un. Pourquoi?

Car, en mettant la population au coeur des décisions comme elle a su le faire en novembre dernier, elle s’assure un avenir fort prometteur. En construisant le plan de développement de la municipalité en totalité sur la base des différentes consultations, elle s’assure l’engagement et l’adhésion des citoyens aux décisions qu’elle prendra ou aux projets qu’elle mettra sur pied.

Souvent, on entend que la consultation publique ne sert pas à grand-chose, et que les plans de développement des municipalités terminent la plupart du temps sur une tablette.

Ce ne sera pas le cas de Sainte-Luce. Ils ont une recette gagnante:

  • Implication des citoyens dans le processus de décision
  • Ouverture aux nouvelles propositions
  • Engagement du conseil municipal à la réalisation de ce plan
  • Présence d’une ressource pour faire avancer les différents dossiers s’y retrouvant.

Avec une consultation aussi importante, un plan stratégique collé serré sur cette consultation, et une forte intention de TOUT réaliser, cette municipalité met toutes les chances de son côté afin d’avoir une population engagée, mobilisée, qui s’implique et surtout, qui est extrêmement fière d’y vivre.

Voilà, ma première destination fut très inspirante comme vous pouvez le voir.

Riche d’apprentissages, cette première expérience d’accompagnement de municipalité m’a permis de connaître davantage Sainte-Luce, mais surtout de constater l’éventail de pouvoirs et tout le potentiel d’actions qu’une municipalité peut mettre en oeuvre.

La preuve qu’à l’échelle municipale, on peut réaliser de bien grandes choses! 

Pour terminer, voici la preuve que le conseil municipal de Sainte-Luce est en feu. Depuis la réalisation de ce mandat à l’automne dernier,  Sainte-Luce s’est mise en action, et fait parler d’elle très régulièrement dans les médias!

Voici un topo des articles mettant les actions de Sainte-Luce en vedette

La vente en ligne: défi et opportunité pour les artisans 1024 684 Claudia Tessier

La vente en ligne: défi et opportunité pour les artisans

SOIRÉE CAUSERIE – QUARTIER ARTISAN

Mon engouement inné pour les métiers d’art, la bière de micro, et les rassemblements de beau monde ont fait en sorte que je me suis retrouvée hier – lundi soir 7 mai 2018 – à boire une pinte de Tête Carrée à la Tête d’Allumette avec des créateurs du Kamouraska et les gens de Quartier Artisan. J’ai quitté l’espace de travail partagé Haut-Village à 17h15 et me suis retrouvée assise à 17h40 entre Caroline Roberge, alias La Mortaise (Le Tenon et la Mortaise) et Julien, de l’Atelier Vcuir. Deux artisans flamboyants qui produisent des produits faits à la main et au design exceptionnel.

Laissez-moi vous faire un humble résumé à chaud de ma soirée devant mon souper frette (je viens d’arriver à la maison, il est  21h30).

Vendre en ligne vient avec un lot impressionnant de questions fondamentales…

« Est-ce que mon modèle d’affaires est adapté au e-commerce? »
« Est-ce que mon produit va être facile à expédier? »
« Est-ce que je trahis mes valeurs en m’embarquant là-dedans? »
« Est-ce que c’est écologique? »
« S’tu moi ou Poste Canada m’offre pas de deal intéressant?»
« Est-ce que mon beau-frère Jean-Paul qui bizoune sur les ordinateurs est capable de m’organiser ça? »
« Qu’est-ce qu’on mange pour souper? »

Bref, ce sont les mêmes questions pour tout le monde.
Il importe de clarifier son besoin et de savoir ce qu’on veut vraiment.

LA RECETTE MAGIQUE

Elle n’existe pas. Désolée.

Nous avions 3 panélistes qui semblaient maîtriser le monstre à trois têtes de la vente en ligne, dont deux entrepreneurs qui géraient une croissance avec des produits relativement faciles à expédier. Un est propriétaire de chandaildeloup.com et l’autre de akrochetatuk.com. Le troisième travaille pour la stratégie numérique de Simons.

On se doute bien que tout l’auditoire les écoutait en espérant qu’une des recettes présentées fitte avec les ingrédients déjà présents dans leur frigo, mais rien n’est moins évident. Nul besoin de se rappeler qu’une lampe en verre soufflée représente un lot de défis d’expédition et de manutention hautement différent et anxiogène par rapport à un t-shirt de loup en coton.

Lancer sa propre boutique: un pari alléchant

La vente en ligne apparaît comme la meilleure façon d’atteindre un public restreint. Le meilleur exemple était là pour nous en parler. Chandaildeloup.com… Le nom et la clientèle visés sont clairs, même si l’entreprise a modifié sa trajectoire depuis sa création. On comprend qu’on s’adresse à une clientèle de l’ordre du 0,0009% de la population, celle qui trippe chandails de loup.  Un marché de niche comme disent les chiens savants du marketing.

On a donc entendu parler de Etsy, Shopify, WooCommerce, Votresite.ca, Snipcart, Monpanierdachat.com… Il a été dit à plusieurs reprises que la meilleure stratégie était d’opter pour les plateformes les plus utilisées, qui offrent du service en français et locales, idéalement. Shopify répond à ces critères et semble être une bonne avenue pour quelqu’un qui veut une solution rapide et maîtriser son environnement de vente. En plus d’offrir une panoplie de thèmes personnalisables, on peut y attacher un blogue et une infolettre assez facilement. Pour ce qui est de WordPress, le principal avantage réside dans le fait qu’on possède vraiment son site, contrairement à Shopify qui ne fait que prêter sa plateforme.

Il a aussi été mentionné que la sorcière du village, Votresite.ca, n’était pas seulement à éviter, c’est un gros NON catégorique. Comme quoi « la structure du code était trop opaque pour optimiser le référencement. » Je n’aime pas ça ne pas aimer quelque chose parce que tout le monde le fait. Pensez ce que vous voulez, mais personne n’a encore rien dit de tel pour les autres plateformes.

Créer une audience engagée: le nerf de la guerre

TROIS HEURES

C’est le temps que la propriétaire de Akroche Tatuk investit CHAQUE JOUR pour créer du contenu (photo, vidéo, tutoriel, article de blogue, infolettre, animation des réseaux sociaux, etc.). Les panélistes étaient unanimes. Pour réussir à vendre en ligne, il ne suffit pas d’avoir de beaux produits… « Les consommateurs achètent d’abord et avant tout une histoire, une personnalité ». Faut donc se mettre en scène, parler de soi, transmettre les valeurs de l’entreprise, etc. C’est là que plusieurs se découragent. Et avec raison! Quel artisan a trois heures de lousse par jours pour faire de l’ordinateur? Chose certaine, de manière générale, un blogue et les infolettres sont extrêmement efficaces pour générer du trafic sur son site web et ainsi augmenter son référencement organique. Ça vaut la peine de s’y investir un peu… Quitte à engager quelqu’un pour le faire!

Les panélistes ont tous suggéré de se créer une audience avec un produit niché tout en se diversifiant en intégrant d’autres gammes de produits connexes pour bonifier le volume du panier d’achats. Il s’agit d’une astuce intéressante pour augmenter ses profits, mais ça peut devenir plus compliquer à gérer. Et la vente en ligne sert mieux certains types de produits que d’autres.

UNE BONNE IDÉE QUI A ÉTÉ LANCÉE

Pourquoi ne pas regrouper les artisans d’une même région sous une même adresse d’expédition? Pourquoi ne pas ouvrir un compte entrepreneur commun chez Poste Canada? Tous les colis réunis permettront une économie d’échelle et des tarifs préférentiels qui profiteront à tous.

CE QUE JE RETIENS DE MA SOIRÉE
Les pour d’une boutique en ligne (Shopify, WordPress, WooCommerce)
  1. On peut attacher une infolettre pour diffuser du contenu et des promotions. Il s’agit d’une véritable arme de vente massive qu’on peut paramétrer pour atteindre un public segmenté par habitudes de consommation.
  2. On peut suggérer des produits connexes (ventes croisées) et bonifier le panier d’achats.
  3. Les frais tournent autour de 50$ par mois, ce qui est faible par rapport aux frais d’une boutique physique ou les salons, marchés, etc.
Les contre
  1. Il arrive qu’il y ait certaines erreurs de traduction sur votre site.
  2. Ça prend quand même un minimum de talent en design graphique… et un maximum de patience! Parce que le web, c’est le web. C’est un gouffre de temps innommable. Si tu es du genre à pogner les nerfs rapidement quand ça ne marche pas du premier coup, engage un professionnel. Perds pas le goût de la vie pour ça.
Les pour de Etsy
  1. Etsy permet d’atteindre une clientèle qui autrement ne vous aurait jamais vu. C’est reconnu pour être «user friendly» et votre contenu sera facile à traduire. De l’Australie en passant par l’Irlande, vos produits seront vus partout à travers le monde.
  2. Etsy crée du trafic vers votre site web. Peut-être que Etsy ne sera pas votre meilleure plateforme de vente, mais il s’agit certainement d’un carrefour giratoire très achalandé qui redirigera beaucoup d’acheteurs potentiels vers votre site web, et qui contribuera à asseoir votre «autorité» aux yeux des moteurs de recherche.
  3. Etsy mise sur l’esprit de communauté. Les salons Etsy permettent un réseautage et une synergie entre artisans qui peuvent contribuer à établir des relations d’affaires intéressantes.
  4. Le coût est très faible, ce qui rend la plateforme intéressante pour le développement d’affaires. Et les artisans peuvent y tester de nouveaux produits sans trop investir (0,20$ par fiche produit).
Les contre
  1. Vous êtes simplement une boutique dans «le gros centre d’achat Etsy». Il se peut que votre publicité attire des gens sur la page de vos produits, mais qu’après avoir navigué tout bonnement en cliquant sur des liens, ceux que vous avez séduits avec une belle photo achètent un produit d’un concurrent.
  2. Les produits les mieux référencés resteront les mieux référencés… Les meilleurs vendeurs apparaîtront toujours en premier, ce qui crée une sorte de concurrence déloyale.
  3. La plateforme catégorise les produits par silo et il devient difficile d’établir et de positionner sa marque.

Je tiens à remercier Quartier Artisan pour leur arrêt dans le Kamouraska! Ce fut très pertinent et hautement inspirant.

Une super photo trouvée sur unsplash.com
Anne: Le rang Mississipi 1024 516 Visages regionaux

Anne: Le rang Mississipi

Je suis native du Kamouraska. Née à St-Germain dans le Mississipi. Oui celui qu’on trouve le plus beau du Québec, que les gens cherchent et où ils veulent tous et toutes s’établir. Pendant mon enfance, j’étais chanceuse, ma meilleure amie était à 5 minutes de vélo. Folle enfance de découvertes des grottes dans la montagne, des meilleurs spots pour faire des maisons dans les arbres et des baignades au fleuve, en plus des pâtisseries et des bretzels de Niemand!! Toutefois, rendue au secondaire, ce rang si attrayant était pour moi une barrière. Un trou d’un ennui fou ! Je me trouvais loin, loin de tout, loin de la culture, de l’effervescence de la ville, loin des possibilités. Je me sentais toujours observée par tout le monde. Incapable de faire mes expériences et de vivre pleinement selon mes valeurs.


J’ai choisi de revenir parce que je voyais ma chance d’avoir un réseau, une douceur de vie en harmonie avec mes valeurs. J’ai choisi de revenir pour l’espace et tout ce qu’il permet ! J’ai finalement accepté les choix de mes parents et je vois maintenant la richesse de vivre dans un endroit aussi beau que stimulant!


En quittant la région pour mes études, je ne croyais pas revenir, ou du moins pas si vite. Je me voyais rapidement terminer le cégep et quitter pour Montréal ou l’Europe pour l’université! Je trouvais que le mode de vie lent du Kamouraska n’était pas pour moi. J’étais en confrontation avec mes parents, qui eux, avaient quitté la ville pour s’établir en campagne 15 ans plus tôt. Je me voyais, indépendante, féministe, dans un grand loft à New York, à la tête des manifestations contre tout ce qui m’offusquait !


J’ai tenté cette vie, et je me suis étourdie en ville, j’avais mille et un projets et je m’impliquais partout. Quand je revenais voir mes parents pendant les longs congés, le temps s’arrêtait. Tout devenait moins stressant, moins pressant. J’ai vite commencé à me « pousser » de la ville dès que je le pouvais. Sur la route, plus je me rapprochais de mon fleuve, déjà je me sentais davantage moi-même.


En arrivant à La Pocatière, je quittais la 20 pour continuer mon chemin par la 132. Souvent la fenêtre ouverte et enfin, je respirais.
J’aime ma vie ici, j’aime les gens, le fleuve. Je ne me vois pas ailleurs, puisque j’espère redonner la magie de la nature à mes enfants. Je veux passer au suivant le goût du cèdre mâché, des vêtements collants de gomme de sapin, des bottes mouillées d’avoir voulu traverser le ruisseau l’hiver… et surtout mon bien-être mental, le fait de pouvoir choisir, pour moi mes projets.
Photo by Mitchell Orr on Unsplash
Pour un aménagement du territoire plus soucieux de l’équilibre entre pôles métropolitains et régions 936 936 Marie-Eve Arbour

Pour un aménagement du territoire plus soucieux de l’équilibre entre pôles métropolitains et régions

Le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) a lancé une vaste consultation en vue du renouvellement des Orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire (OGAT). Voici quelques éléments de réflexion sur le sujet. Inévitablement, l’aspect développement est aussi abordé étant donné les liens étroits qui unissent ces deux dimensions de la dynamique des territoires.

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Un texte de Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur retraité, départ. de géographie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Spécialiste en aménagement et développement local et régional, décentralisation et gouvernance territoriale.

 

Incompréhension et abandon

En régions, les populations et leurs élus souffrent d’un sentiment d’incompréhension et d’abandon.

Ce sentiment repose sur deux perceptions qui n’ont plus leur raison d’être. Tout d’abord celle que les grandes villes sont les seuls lieux capables d’assurer le succès des entreprises et la prospérité économique et sociale d’un État. Ensuite que les petites villes et la ruralité, premières composantes des régions non métropolitaines, appartiennent à un monde révolu qui n’est plus en phase avec la réalité contemporaine.

On est passé en trente ans d’un immense espoir pour le développement et l’aménagement des régions et de leurs territoire ruraux -pensons aux États généraux du monde rural, à la Politique nationale de la ruralité, à la Coalition Solidarité rurale, à la création des CLD et des CRÉ, à la Loi pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires, etc., – au dépit et à une désespérance qui mettent fortement en doute la volonté du pouvoir public d’arrimer toutes les régions du Québec à un projet généreux de développement et de qualité de vie pour tous. Il faudra plus que le Fonds pour assurer le rayonnement des régions(FARR) pour compenser les ressources, l’expertise, les outils et l’élan perdus, et redonner foi aux collectivités territoriales quant à l’engagement de l’État envers l’avenir radieux des régions hors des aires métropolitaines de Montréal et de Québec.

Pourtant, les régions, avec leurs villes petites et moyennes et leurs territoires ruraux, constituent une réalité aux multiples potentiels dont la société actuelle a grand besoin pour le desserrement des grandes villes, l’équilibre des territoires, l’arrimage à l’économie numérique, la transition énergétique et écologique, le développement durable, la diversité des lieux de vie, la mise en valeur des patrimoines culturels, bâtis et paysagers. La déshérence des territoires ruraux et du maillage des villes en régions est un recul intolérable de société.

L’aménagement du territoire est un outil à mettre au service d’un projet de société qui poursuit des objectifs d’égalité, d’équité, de justice sociale, de qualité de vie, de prospérité et de durabilité. Les régions non métropolitaines et leurs territoires ruraux ne sauraient être négligés dans l’exercice des opérations d’aménagement et de développement du territoire.

 

L’équilibre possible des territoires

L’expansion des grandes villes ne peut être la réponse unique aux problématiques d’occupation de l’espace et d’organisation territoriale. Le temps est venu de prôner la résistance au rouleau compresseur du toujours plus gros, toujours plus grand, toujours plus concentré.

Luttons contre une certaine pensée fataliste qui ne voit dans les régions et leurs communautés que des problèmes.

Plus que jamais l’équilibre des territoires est souhaitable et possible. Les évolutions accomplies au cours des dernières décennies dans les domaines de l’activité économique, des valeurs sociales, de l’écologie et de la technologie, favorisent désormais l’éclatement des lieux de travail et d’habitation. En effet, la dématérialisation de plusieurs secteurs et activités de la sphère économique et leur déspatialisation (production et organisation du travail sans lien avec l’espace, dites activités « footloose »), l’aspiration croissante des travailleurs et des familles à une meilleure qualité de vie, le développement du télétravail comme retombée positive de la révolution numérique (internet et téléphonie mobile), sont autant de progrès de société qui permettent d’envisager, avec réalisme, de rompre avec le modèle de concentration issu de la révolution industrielle. Un modèle qui génère des villes de plus en plus dysfonctionnelles, de plus en plus contraignantes pour leurs occupants (pollutions diverses, îlots de chaleur, congestion de la circulation, coût élevé de l’habitation et des espaces de travail, violence, insécurité…), alors que plusieurs régions et espaces ruraux se vident et sont entraînés dans la spirale du déclin, de la dévitalisation, de la désintégration et de l’extinction.

La concentration de la capacité productive et de la population sur quelques pôles s’accompagne de la contraction de l’espace occupé et de l’abandon de vastes pans de territoires et de leurs ressources (terres agricoles, forêts privées, potentiel touristique, lieux d’habitation, etc.), autant de gisements et d’opportunités pour l’épanouissement du Québec. Abandonner ou négliger des pans de territoire, cela ne peut constituer une option d’une stratégie de développement territorial.

Il n’y a pas de fatalité au gigantisme et à l’hyperurbanisation. Il y a, dans les révolutions en cours, une chance à saisir pour un meilleur équilibre entre régions métropolitaines, régions intermédiaires et régions périphériques, entre villes et campagnes. L’aménagement du territoire est ici interpellé au premier chef et doit faire preuve de créativité et d’audace dans un effort résolu d’adaptation à la société du XXIe siècle.

 

L’obligation d’une volonté politique visionnaire

L’adaptation des orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire aux réalités d’aujourd’hui et aux perspectives d’avenir, tout autant que la défense et la promotion des régions, passent par une vision renouvelée de l’occupation du territoire et une volonté politique d’investissement équitable. Il faut reconnaître que celles-ci n’existent pas encore.

Propulsé par les révolutions économiques, sociales et technologiques en cours, notamment la révolution numérique qui remet fondamentalement en cause les rapports de l’activité humaine avec le territoire, le Québec est aujourd’hui entraîné dans un processus de transformation sans précédent. Les changements de société qui prenaient hier des générations à se réaliser ne requièrent plus aujourd’hui qu’une dizaine d’années, parfois moins. Et ces changements ont des incidences sur l’occupation et l’organisation du territoire que le pouvoir public a la responsabilité de prendre en compte.

Les forces qui ont façonné le Québec sont aujourd’hui en mutation et portent les ferments d’une autre économie qui aura une tout autre emprise au sol -nous en voyons déjà les premières manifestations-, conjuguée à une société en quête d’une meilleure qualité de vie. Sous l’impulsion de ces évolutions, l’occupation du territoire est appelée à se recomposer.

Dans ce contexte, la prospective devient une nécessité. Les solutions d’hier ne peuvent plus être appliquées dans un monde tourbillonnaire en processus de reconfiguration. Les instances politiques sont invitées à un rendez-vous déterminant avec l’aménagement du territoire et doivent faire preuve de vision éclairée, de convictions, d’audace et de détermination. En amont, les professionnels des ministères concernés ont la tâche d’actualiser le champ de connaissance afin d’éclairer et d’aider la prise de décision.

 

Porter un nouveau regard sur les territoires et leur articulation les uns avec les autres

L’action publique affichera clairement une volonté politique d’équilibre des territoires par une reconnaissance du rôle des petites et moyennes villes et des espaces ruraux, en complémentarité avec les grands centres.

Ce qui suppose de poursuivre les efforts pour mieux faire comprendre la dynamique des territoires et les logiques de localisation des entreprises dans un contexte où les transitions numérique, écologique et énergétique sont de plus en plus prégnantes et modifient les rapports des activités de production (matérielles et immatérielles) avec le territoire. Ainsi pourra-t-on agir sur les causes des déséquilibres et des disparités territoriales plutôt que sur leurs conséquences. Insistons sur le fait que les milieux ruraux ne sont pas des espaces résiduels entre les villes en attente d’urbanisation. Ils ne sont pas non plus des réserves naturelles figées, ni des lieux essentiellement récréatifs pour les citadins des grands centres. Ils sont aujourd’hui des territoires multifonctionnels, des terres d’accueil, avec une identité plurielle certes, mais aussi une spécificité qui leur est propre, distincte des ensembles urbains, qui doit être promue. À ce titre, l’espace rural fera l’objet d’une approche et d’une pratique spécifiques d’aménagement du territoire en tant que lieu d’activité, d’habitat et de services. Les places de village retiendront une attention particulière. La présence prépondérante de la nature et de ses écosystèmes fragiles requerra des mesures de protection et de mise en valeur rigoureuses.

La connaissance actualisée des nouveaux rapports entre ville et campagne, entre métropole et périphérie, permettra d’appréhender avec une plus grande justesse le rôle des petites villes et des territoires ruraux en régions non centrales, pour une application modulée de la Politique d’occupation et de vitalité des territoires et de sa loi en appui.

L’équilibre territorial à promouvoir est par ailleurs un allié du développement durable, car il favorise le desserrement des grandes villes, une lutte plus efficace contre leurs dysfonctionnements, des lieux de travail et d’habitation à l’échelle humaine et une mise en valeur des ressources de toutes les régions du Québec.

Une politique qui tend à l’équilibre des territoires n’est pas la porte ouverte à l’étalement urbain ni à la perte de terres agricoles. La croissance débridée des banlieues en périphérie des aires métropolitaines de Montréal et de Québec sous la pression des lobbys de développeurs urbains et des autorités municipales en quête de revenus fiscaux supplémentaires –et ce, malgré l’existence de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA)–, est nettement plus nuisible à la cohésion sociale et à la pérennité des terres agricoles qu’un réseau hiérarchisé, équilibré et maîtrisé de villes et villages en région. Sans compter de meilleures perspectives pour une agriculture de proximité, de nouvelles formes d’agriculture (tailles et productions diversifiées, agriculture urbaine), ainsi que de nouveaux modèles de gestion des fermes (à temps plein ou à temps partiel) à promouvoir.

Ce dernier point soulève un questionnement relatif au rôle de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA) et à sa relation avec l’aménagement du territoire. L’opération en cours pour le renouvellement des OGAT ne pourrait-elle pas être l’occasion de tendre à une harmonisation, voire une intégration de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme et celle du zonage agricole ? Doit-on maintenir la LPTAA dans un statut qui lui procure une telle autonomie que son modus operandi l’isole des OGAT tout en excluant sa pratique de la LAU ? À plusieurs égards, il peut apparaître saugrenu que le zonage agricole ait préséance sur l’aménagement du territoire. La Commission de protection du territoire et des activités agricoles (CPTAA) ainsi que le Ministère des affaires municipales et de l’occupation du territoire (MAMOT) ne doivent pas voir dans toute forme de développement (économique, touristique, résidentielle et de villégiature) en zone agricole, notamment là où les terres sont désertées par l’activité agricole en régions défavorisées, des agressions d’étalement urbain à proscrire. Plutôt que d’interdire, faire preuve de souplesse par des aménagements et des architectures qui tiennent compte des besoins des communautés locales dans le respect des particularités des lieux.

S’il y a lieu de considérer sérieusement l’harmonisation de la Loi sur l’aménagement du territoire et l’urbanisme (LAU) et celle sur la Protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA), il apparaît tout aussi important d’harmoniser la LAU avec la Loi sur la fiscalité des municipalités. Dans la perspective de mesures favorisant le développement des municipalités régionales de comté (MRC) dans la complémentarité ville-campagne et l’équité entre les collectivités territoriales –ce qui n’est pas contraire au renforcement des villes de centralité–, cette harmonisation pour un meilleur équilibre fiscal entre villes de centralité et chefs-lieux d’une part et municipalités rurales d’autre part, s’impose. Les MRC devant constituer des ensembles organiques bien intégrés, les recettes fiscales de l’entité globale feront ainsi l’objet d’un partage qui ne défavorisera pas les municipalités rurales au bénéfice de la ville centre. Il y a lieu de définir des critères de partage qui seront conformes et cohérents par rapport au rôle joué, et que l’on souhaite promouvoir, par chacune des parties de la mosaïque du territoire mercéen.

 

Choix de perspective et de stratégie

L’aménagement du territoire doit être évoqué en termes de perspectives et de choix stratégiques d’organisation et de développement de l’espace. Dans un contexte où il s’avère indispensable de considérer la modernité et la complexité du fonctionnement des territoires et leurs relations entre eux, il apparaît nécessaire que la classe politique ait envie de changer de perspective, de discours et de modèle d’intervention.

La contribution des régions à l’épanouissement de la société globale ne pourra se traduire positivement que si les potentiels de tous les territoires, incluant les petites villes et les espaces ruraux, sont exploités. Il est nécessaire de valoriser leurs atouts et ne pas avoir uniquement pour objectif de compenser les faiblesses et difficultés de certains d’entre eux par des programmes sporadiques et éphémères d’assistance. Recherchons des solutions qui traiteront les causes, non les effets.

Les pays qui ont des politiques vigoureuses et efficaces d’aménagement et de développement des territoires reconnaissent les six points suivants. Premièrement, que les initiatives de développement sont le résultat d’une démarche intégrée d’implication locale et de territorialisation de l’action publique. Deuxièmement, que cette démarche est à la fois sociale et culturelle au cœur de la rationalité économique. Troisièmement, que la territorialisation de l’action publique repose sur des structures décentralisées et une modulation des dispositifs d’aménagement et de développement adaptée aux spécificités locales et régionales. Quatrièmement, que les territoires dynamiques sont des territoires de projets faisant largement appel à la démocratie participative. Cinquièmement, que les infrastructures, équipements et services publics appropriés constituent le socle de toute stratégie d’aménagement et de développement territorial. Et enfin, sixièmement, que si les aides financières ne font pas les politiques d’aménagement et de développement, elles n’en sont pas moins nécessaires.

 

Accroître l’attractivité et la compétitivité des collectivités territoriales

Rappelons que l’immense territoire du Québec est une mosaïque de régions aux caractéristiques différenciées. Chacune peut contribuer à sa manière à l’identité, à l’affirmation et à l’épanouissement économique, social et culturel de la société tout entière. Les handicaps de certaines d’entre elles, d’ordre géographique par exemple, appellent à des actions ciblées par souci d’égalité des territoires et de justice sociale. La vitalité de chacune des communautés locales qui composent l’entité régionale assurera la vitalité du tout.

Si l’économie est aujourd’hui mondialisée, la production est localisée. En région hors des grands centres, l’activité économique repose très largement sur les PME. L’implantation et l’essor de celles-ci répondent à des logiques de localisation et de croissance que les milieux d’accueil doivent comprendre et tendre à satisfaire en termes d’attractivité et de compétitivité des territoires, avec l’appui de politiques nationales.

Ainsi, l’État et les collectivités territoriales conjuguent leurs efforts afin que les communautés soient attractives et compétitives. Il est ici question d’équipements et d’infrastructures, de services à la population et aux entreprises, de qualité de vie et d’appartenance territoriale, de protection du milieu naturel et de mise en valeur du patrimoine bâti et paysager, d’identité territoriale, etc., encadrés par des programmes, mesures et réglementations spécifiques. On ne peut faire naître des entreprises dans un désert social et culturel et dépourvu d’infrastructures et de services. L’accès à internet très haut débit et à la téléphonie mobile est aujourd’hui une réponse à un besoin de première nécessité pour le développement territorial. À défaut, la fracture entre centre et périphérie se creuse.

Le télétravail et les lieux de coworking (travail collaboratif) qui sont de nouveaux moteurs de développement dans les villes petites et moyennes et les milieux ruraux, requièrent des statuts particuliers ainsi que des prescriptions d’aménagement et d’urbanisme qui soient favorables à leur implantation et leur développement.

Territorialiser l’action publique de développement fait ainsi appel à des programmes et des structures dédiés, de l’expertise et des budgets. Autant d’éléments que rassemble et offre une approche intégrée d’aménagement et de développement territorial soucieuse de l’épanouissement de tous les territoires.

 

Un regard optimiste sur l’avenir des régions

Il faut se réjouir des évolutions et des transformations économiques, sociales et technologiques des 30 dernières années et toujours en marche, qui permettent un desserrement des métropoles au profit d’une reconquête et d’une recomposition des régions et des espaces ruraux. Une occupation plus équilibrée des territoires peut ainsi être envisagée, ouvrant de nouvelles avenues à la conciliation entre l’occupation du territoire, l’accès aux emplois et aux services et le développement durable, partout au Québec.

C’est dans cette perspective que le modèle de deux régions métropolitaines et d’une nébuleuse de bassins de vie et d’activité composée des 87 MRC, celles-ci dotées d’un haut niveau d’autonomie de proximité et articulées à un réseau de villes de centralité, de petites villes et de villages, apparaît un scénario possible et souhaitable d’organisation du territoire pour relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre temps et des décennies à venir. Ceci dans une perspective d’interdépendance et de complémentarité entre centre et périphérie, entre ville et campagne. Les MRC sont ainsi conçues, promues et vécues, comme des territoires de coopération et de solidarité dans le respect de l’identité et de l’autonomie des communautés locales.

Pour traiter des enjeux économiques et sociaux qui transcendent les frontières des MRC, un organisme de dialogue, de planification, de concertation et d’action s’avère nécessaire. Les Conférences régionales des élues (CRÉ), instituées en 2003, où siégeaient des représentants élus des MRC, d’autres provenant des secteurs économiques et sociaux, détenaient un tel mandat. Ces organismes géraient les budgets alloués au développement de chacune des régions dans le cadre de leur planification stratégique sur une base quinquennale. Jouissant d’une autonomie et d’un mode opératoire complémentaire à l’action des MRC, en interface avec les ministères, les CRÉ administraient elles-mêmes de nombreux budgets transférés par les ministères selon des ententes spécifiques correspondant à des enjeux régionaux de domaines variés : secteur agroalimentaire, économie sociale, accessibilité à la culture dans les petites municipalités, conditions de vie des personnes aînées, prévention de l’abandon scolaire et valorisation de l’éducation, condition féminine, promotion de la transition écologique et numérique, etc. Ces ententes ont permis la création de projets porteurs dont certains sont devenus des modèles au Québec.

Or, en 2014, le gouvernement Couillard abolissait les structures de développement local et régional (Centres locaux de développement-CLD et CRÉ) en même temps que la Politique nationale de la ruralité et transférait leurs responsabilités aux MRC. La plupart des régions ont recréé depuis un organisme de planification et de concertation régionale animé par les préfets des MRC qui les composent. Les régions sont invitées à soumettre des projets au gouvernement qui jugera de leur « acceptabilité » pour un financement par le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR). Reste à cette structure et à cette façon de faire, à démontrer leurs mérites au bénéfice des régions.

L’efficacité du modèle d’intégration des pouvoirs territoriaux (MRC et tables régionales des préfets) à la gestion du développement local et régional présentée ici, suppose une implication vigoureuse du pouvoir central en appui aux collectivités territoriales, afin de doter les territoires des infrastructures, équipements, services publics et prescriptions diverses d’aménagement et d’urbanisme nécessaires à l’amélioration de leur attractivité et compétitivité, tout autant qu’à soutenir financièrement leurs projets. Nécessaires aussi au renforcement des pôles de centralité que sont les villes moyennes et les chefs-lieux des MRC, sans négliger les noyaux de villages et ainsi consolider les liens de complémentarité et d’interdépendance entre territoires ruraux et urbains, entre métropoles et périphérie.

Le partenariat État-région-MRC/grandes villes devra par ailleurs se concrétiser par des projets de territoire intégrés, conformes aux orientations d’une nécessaire Politique nationale d’aménagement et de développement des territoires dans une perspective de durabilité.

Ce modèle axé sur l’équilibre des territoires, l’autonomie des instances locales et régionales et la cohésion sociale, permettrait d’éviter, ou pour le moins d’atténuer, les dysfonctionnements et les déséconomies associés à l’hyperconcentration sur quelques pôles, tout en étant mieux à même de favoriser les conditions du développement durable des régions, offrant de ce fait des milieux de vie à échelle humaine dotés d’une gouvernance décentralisée, propice à une prise en compte des spécificités locales et à une intégration de la participation citoyenne au processus décisionnel.

Comme on peut le constater, une telle vision de dynamique territoriale suppose une intégration forte des cadres institutionnels d’aménagement et de développement, l’harmonisation et la cohérence dans les actions, ce qui est à l’opposé des pratiques « en silo ».

Il n’y a pas de territoires sans avenir, il n’y a que des territoires sans vision ni projets.

L’avenir du Québec se construira avec ses métropoles, ses régions, ses villes petites et moyennes et ses villages dans un souci de complémentarité et d’équilibre, d’égalité des chances et de justice sociale.

 

4 octobre 2017

À noter que l’essentiel de ce texte a été transmis au Service de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire du MAMOT

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Le développement régional sous le gouvernement Couillard 975 975 Marie-Eve Arbour

Le développement régional sous le gouvernement Couillard

La main qui prend est plus gourmande que la main qui donne

 

Un texte de:
Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur honoraire du département de géographie de l’UQAM
Spécialiste en Développement local et régional,
Décentralisation et Gouvernance territoriale

 

Le dépouillement du coffre à outils des régions

Après les abolitions et ponctions dans les outils et les budgets dédiés au développement local et régional à la fin de 2014 et la suppression du terme « régions » du libellé du ministère des Affaires municipales, des régions et de l’occupation du territoire, le gouvernement Couillard cherche à conquérir la confiance des régions.

Rappelons qu’avec la sanction de la Loi concernant principalement la mise en œuvre de certaines dispositions du discours sur le budget du 4 juin 2014 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016, le gouvernement a aboli les 120 centres locaux de développement (CLD), les 19 conférences régionales des élus (CRÉ), la Politique nationale de la ruralité (PNR) et le Fonds de soutien aux territoires en difficulté (FSTD), en plus de réduire de 300 M$ le budget des municipalités en échange de pouvoirs accrus dans leurs négociations avec leurs employés. Les MRC acquièrent par la même occasion la responsabilité du développement régional qu’avaient les CRÉ, et celles des CLD en matière de développement local et de soutien à l’entrepreneuriat. Avec toutefois des ressources en moins puisque le budget des CLD alloué désormais aux MRC a été amputé de 55% passant de 72 à 33 M$, et celui dédié aux CRÉ s’évanouit en même temps que disparait cette instance régionale. De nouveaux fonds d’aide au développement local et régional, (Fonds de développement des territoires-FDT et Fonds d’appui au rayonnement des régions-FARR) viendront compenser partiellement les pertes subies au niveau des MRC et des régions.

Créés en 1997, les 120 CLD avaient pour mission : i) de favoriser l’émergence d’initiatives locales de développement; ii) d’accompagner les porteurs de projets dans leurs démarches administratives, leur plan d’affaire et leur financement; iii) de promouvoir les valeurs de l’entrepreneurship dans le milieu. Principal outil du développement local, le CLD intervient bien avant l’acte économique proprement dit. Selon l’acronyme ISMFA qui résume les différentes facettes de leur travail, les CLD Informaient, Sensibilisaient et Mobilisaient le milieu, organisaient des Formation pour renforcer les capacités d’Agir. Ces actions en amont contribuaient de surcroît à consolider le sentiment d’appartenance à la communauté.

Concernant les Conférences régionales des élus (CRÉ), s’il s’avérait pertinent de revoir leur statut et leur mission, l’abolition de cette instance régionale crée un grand vide dans la dynamique régionale. Organisme multisectoriel de dialogue, de planification, de concertation, de leadership et de mobilisation sur des enjeux de développement économique et social qui transcendent les frontières des MRC, la CRÉ avait une raison d’être confirmée par une vision, une autonomie et un mode d’opération complémentaires à l’action des MRC, en interface avec les ministères. Les CRÉ géraient elles-mêmes de nombreux budgets transférés par les ministères, donnant lieu à des ententes spécifiques correspondant à des enjeux régionaux de domaines variés : secteur agroalimentaire, économie sociale, accessibilité à la culture dans les petites municipalités, conditions de vie des personnes aînées, prévention de l’abandon scolaire et valorisation de l’éducation, condition féminine, promotion de la transition écologique et numérique, etc. Ces ententes ont permis la création de projets porteurs dont certains sont devenus des modèles au Québec. Avec l’abolition de cette structure régionale, le gouvernement récupère ce palier de gouvernance et se garde le contrôle du décaissement de l’argent. Un geste centralisateur en même temps qu’il décapite les régions d’une instance de développement intégrée, sensible à la spécificité des enjeux territoriaux de niveau régional.

Adoptée en décembre 2001, la Politique nationale de la ruralité, fut renouvelée en 2007, puis en 2014, pour 10 ans, dotée d’un budget de 470 M$. Elle avait pour objectif de stimuler la vitalité des milieux en favorisant la prise en charge locale du développement, en misant sur une vision territoriale, la mobilisation des citoyens et une responsabilisation des milieux concernant l’utilisation des ressources. À cette fin, elle mettait à la disposition des communautés un réseau de 136 agents de développement rural chargés de mobiliser les milieux et de les accompagner, ainsi que les pactes ruraux, des enveloppes financières destinées à supporter des projets de développement. En 2010, l’OCDE avait conclu, après examen, qu’il s’agissait de « la politique rurale la plus achevée à l’échelle des pays de l’OCDE. (…) Par ses politiques rurales, le Québec est un exemple pour les décideurs confrontés à des problèmes tels que l’éloignement, la dépendance des collectivités à l’égard des ressources naturelles et le développement des zones rurales. »[1]

L’OCDE a constaté que face au déclin démographique et économique qui menace la viabilité de certaines localités rurales, le Québec a élaboré une approche figurant parmi les plus abouties à l’échelle des pays de l’OCDE, qui cadre avec le nouveau paradigme rural : « Sans se limiter à des préoccupations sectorielles, la politique rurale provinciale vise l’autonomisation des collectivités et l’occupation du territoire. »

Lors de la Journée de la ruralité 2011[2], le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Monsieur Laurent Lessard (du gouvernement Libéral de Jean Charest), a présenté le bilan à mi-course de la Politique nationale de la ruralité. Il a rappelé que cette politique visait à assurer le développement et la vitalité des communautés rurales en misant sur leur diversité et leurs particularités. Il a déclaré avec fierté que la Politique nationale de la ruralité était reconnue comme une référence mondiale dans le domaine, soulignant que l’OCDE en avait fait état lors de la publication de son rapport relatif à l’examen de la Politique. Il a de plus déclaré : « À mi-course de son échéancier, la Politique nationale de la ruralité se bonifie tout en maintenant le cap sur ses objectifs. L’adhésion générale des milieux ruraux à une approche fondée sur la responsabilité partagée, la confiance mutuelle, la souplesse et l’autonomie d’action des MRC donne à chaque territoire rural les moyens d’agir pour l’avenir, la croissance et le développement durable du Québec. »

Le ministre a précisé que : « …depuis l’entrée en vigueur de la Politique en 2002, les 91 MRC visées ont accepté plus de 4 800 projets dans le cadre du Pacte rural, générant des investissements de 662 M $ et le maintien ou la création de 6 784 emplois. »

Quant au non renouvellement du Fonds de soutien aux territoires en difficulté (FSTD), annoncé en mars 2014, c’est une autre ponction dans les crédits de développement accordés aux régions. En 10 ans, ce programme avait distribué près de 55 M$ aux municipalités dévitalisées (au nombre de 152) pour soutenir leur démarche de diversification et de développement.

En transférant les responsabilités des CRÉ, des CLD et de la Politique nationale de la ruralité aux MRC, l’État fait valoir une économie de locaux, d’équipements de bureaux, et de personnel : « Nous allons financer des projets, non pas des structures et des salaires », déclarait Pierre Moreau, alors ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire. Dans son calcul comptable il oublie, ou néglige plutôt de prendre en compte le leadership et l’expertise des professionnels du développement territorial dont les collectivités locales et régionales sont désormais privées. Une omission consciente et délibérément assumée par son successeur, le ministre Martin Coîteux, avec les conséquences qu’elle entraîne, ce qui ne manque pas de témoigner du degré d’intérêt que porte ce gouvernement à l’égard des régions non centrales.

Au regard de ce grand dépouillement des régions, il est utile de rappeler qu’au printemps 2012 le gouvernement libéral de Jean Charest a adopté une Stratégie et une Loi « pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires », lesquelles sont demeurées depuis des coquilles vides. Que d’incompréhension et d’indifférence, voire de cynisme, à l’égard des régions ! Dans une tournée des régions entreprise en janvier dernier pour promouvoir le Fonds d’appui au rayonnement des régions, le ministre Coîteux affirme vouloir relancer la Stratégie pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires. Ce qui relance l’espoir que puisse s’établir un partenariat plus étroit entre le MAMOT et les territoires, une plus grande autonomie de ceux-ci en matière de développement territorial accompagnée de moyens et de ressources accrues. L’espoir est permis mais le gouvernement libéral nous a habitué à la méfiance dans les dossiers de développement local et régional.

 

La grande mystification des fonds de développement des MRC et des régions

Objet de vives critiques et de la colère des régions, le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire (MAMOT) crée en 2015 le Fonds de développement des territoires (FDT) pour soutenir les initiatives de développement local des MRC. Pour sa première année d’application, en 2016, le FDT a été doté d’une enveloppe de 100 M$. Pour la période 2017 à 2019, une enveloppe totale de 320M$ est prévue.

Par ailleurs, pour compenser la perte des crédits entraînée par l’abolition des CRÉ, le ministère met sur pied le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), mis en œuvre à compter de 2017-2018 pour une période de 10 ans. De 30 M$ au départ, les crédits de ce Fonds atteindront 100 M$ annuellement à compter de 2021-2022 selon la progression suivante : 30 M$ en 2017-2018, 45 M$ en 2018-2019, 60 M$ en 2019-2020, 75 M$ en 2020-2021, et 100 M$ annuellement à compter de 2021-2022.

Des fonds d’aide généreux au développement local et régional ? Considérons la période 2017-2018 à 2021-2022.

 

Le Fonds de développement des territoires – FDT :

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
   100 M $    105 M$    115 M$    115 M $    115 M$

 

Le Fonds d’appui au rayonnement régional – FARR :

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
     30 M $      45 M$    60 M$    75 M $    100 M$

 

Total FARR et FDT

2017-2018 2018-2019 2019-2020 2020-2021 2021-2022
   130 M $    150 M$    175 M$    190 M $    215 M$

 

Si l’on compare les montants dévolus aux MRC et régions avant l’abolition des CRÉ, CLD, PNR et FSTD en 2015 aux sommes annoncées pour les FDT et FARR pour l’année 2017-2018, nous obtenons un bilan négatif pour chacune des régions. Le manque à gagner pour l’ensemble du Québec (moins Montréal et Québec) est de plus de 107 M$.

Sources : Conseils régionaux de développement, États financiers; Gouvernement du Québec, Fonds de développement régional, états financiers; Ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, sommes versées aux CLD en 2014-2015; MAMOT, Fonds de développement des territoires et Fonds pour assurer le rayonnement des régions.

  • Cette estimation de répartition du 30M$ a été établie selon les critères actuels de répartition du FDT, soit 40% des sommes en parts égales, 30% en fonction de la population et 30% en fonction de l’indice de vitalité économique établi par le MAMOT.

Les crédits dédiés au développement local et régional des FDT et FARR demeurent bien en-deçà des montants dont disposaient antérieurement les MRC et les régions par le biais des CLD, des CRÉ, de la Politique nationale de la ruralité et du Fonds de soutien aux territoires dévitalisés. Il faudra attendre 2022-2023 avant que les Fonds FDT et FARR atteignent le montant des crédits contenus dans les programmes et politiques abolis.

À ce leurre, s’ajoute la fausse décentralisation du Fonds d’appui au rayonnement des régions-FARR car « le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire assumera l’administration du FARR, notamment en ce qui a trait au respect des normes, à la gestion budgétaire, à la signature de protocoles d’entente et au suivi administratif » (MAMOT). Il est à craindre que l’esprit de cette gestion centralisée ne conduise à orienter, voire à juger les projets retenus par le « comité de sélection de chaque région pour choisir les projets les plus porteurs au regard des priorités qu’elle aura identifiées » (MAMOT). Une approche de gestion centralisée, par défaut d’une véritable instance régionale, en totale contradiction avec le Projet de loi n°122 : Loi visant principalement à reconnaître que les municipalités [locales et régionales] sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs, projet de loi présenté comme « la plus grande décentralisation des pouvoirs vers les municipalités [et les MRC] de l’histoire du Québec », actuellement à l’étude en commission parlementaire.

Au Québec, depuis plus de 40 ans, on se gargarise de mots et de belles phrases sur la décentralisation, telle : « Nos vastes réformes visent à décentraliser les pouvoirs et à faire en sorte que les grandes décisions se prennent le plus près possible des citoyens et des besoins sur le terrain » prononcée en mars 2015 par le premier ministre Couillard pour justifier l’abolition des CLD et des CRÉ et le transfert de leurs misions aux MRC. Mais on a bien du mal à affranchir les collectivités locales et régionales du lien de dépendance, voire de tutelle, avec le pouvoir central, et les ressources financières n’accompagnent que partiellement ces transferts de compétences.

Il est pourtant un principe fondamental en matière de décentralisation des pouvoirs, soit celui de l’autonomie financière des collectivités territoriales. Il s’agit du principe assurant celles-ci des moyens et des ressources nécessaires à l’exercice normal de leurs responsabilités suite à des transferts de compétences. L’autonomie financière comprend son corollaire soit le « principe de compensation » signifiant qu’à chaque compétence transférée par l’État, c’est-à-dire qu’à chaque charge financière nouvelle, correspond le transfert des ressources suffisantes et appropriées destinées à l’assumer.

Il n’y a pas grande gloire à rendre de la main gauche une partie de ce qu’a dérobé la main droite. Oui, on rhabille Jean après l’avoir dépouillé, mais avec des habits plus étroits, inconfortables et démodés.

Les sommes récupérées par l’État et non redistribuées dans le FDT et le FARR constitueraient-elles un trésor de guerre en prévision de la campagne électorale de 2018 pour des « cadeaux de stratégie électorale » offerts aux régions ?

 

[1] OCDE ; Examens de l’OCDE des politiques rurales : Québec, Canada. Juin 2010, 348 p.

[2] Mercredi 18 mai 2011, Montréal.

Évolution de la ruralité à St-Mathieu-de-Rioux 1024 573 visagesregion

Évolution de la ruralité à St-Mathieu-de-Rioux

Un texte de:
Bernard Vachon, Ph.D.
Professeur honoraire
Département de géographie Université du Québec à Montréal
Spécialiste en développement local et régional

 

Texte rédigé à partir des notes d’une conférence prononcée le 17 septembre 2016, lors d’une soirée consacrée à l’évolution de la ruralité à Saint-Mathieu-de-Rioux, petite municipalité rurale de la MRC des Basques dans la région du Bas-Saint-Laurent. Cette conférence fut précédée de la projection du film de Jean-Claude Coulbois,Retour au pays d’en bas, réalisé en 1977, qui porte un regard touchant sur l’installation de néoruraux dans le rang 5 de cette municipalité. Présent à cette soirée, le cinéaste a expliqué les circonstances et le contexte dans lequel le film a été tourné. Plusieurs témoignages de citoyens ont suivi. Bernard Vachon est résident du rang 5 de St-Mathieu-de-Rioux depuis 1979 où durant 10 ans il a fait l’élevage d’un troupeau de moutons avec son épouse et ses trois garçons.

 

…………………………………………………………………

 

D’entrée de jeu, je veux profiter de ce temps de parole pour vous dire combien, mon épouse Francine et moi, ainsi que nos trois garçons, sommes reconnaissants au hasard de la vie de nous avoir conduits dans le rang 5 de St-Mathieu-de-Rioux où, un 20 juin 1979, nous avons déposé nos valises, il y a de cela 37 ans. L’accueil de la population a été des plus chaleureux et notre projet d’élevage ovin et de remise en état des terres et des bâtiments de la ferme nouvellement acquise a bénéficié des conseils et des talents de nombreuses personnes qui sont devenues des amis. Je salue ici la famille agricole Omer Beaulieu, les menuisiers Gilbert Jean, Roger Jean, Bill Moore et Gervais Tanguay, l’électricien et plombier Raynald Vaillancourt, les mécaniciens Jean-Paul et Sabin Vaillancourt, les garagistes Michel Vaillancourt et avant lui son père. Les rêves qui nous animaient à notre arrivée se sont pour la plupart réalisés allant même au-delà de nos vœux.

 

1. La phase d’occupation et de développement du territoire

C’est au milieu du XIXe siècle que des hommes, à l’étroit sur le littoral, entreprennent la conquête du haut-pays et défrichent les premières terres.

Le premier qui s’aventura dans les concessions de la future paroisse de Saint-Mathieu fut Michel Jean. Natif de Saint-Jean-Port-Joli, il était maçon de profession. Il s’établit d’abord à Trois-Pistoles puis prit possession d’une terre située à environ huit arpents à l’ouest de l’église actuelle de St-Mathieu. Dès son arrivée en 1830, il travailla avec acharnement à défricher son lopin de terre. Il ne pouvait compter que sur sa famille et trois amérindiens de la nation Micmac établis déjà en ces lieux : Abraham René, Jeannot René et Isaac René.

Après trois ans de labeur soutenu, il alla vendre des échantillons de sa récolte à Trois-Pistoles. On fut étonné de constater qu’il était possible de vivre à cet endroit et bientôt d’autres suivirent la trace du pionnier.

Ainsi commença le mouvement de colonisation du territoire qui allait devenir la paroisse, puis la municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux.

Au sud de Saint-Simon, le site choisi pour ériger le nouveau village est splendide. On imagine l’émerveillement des pionniers : deux grands lacs allongés encastrés dans une vallée radieuse, dominée par un éperon rocheux, site idéal pour y construire la première église et le noyau de village.

La reconnaissance d’un bon potentiel agricole et la présence d’un microclimat dû à l’étendue des lacs attirent de nouvelles familles. La vie s’anime. On ouvre des rangs, on sème, on bâtit. Les espoirs sont sans limites. On est de la race des bâtisseurs de pays, de pays où la vie rurale est porteuse d’avenir.

Des fermes surgissent ici et là, mais aussi des commerces et les services nécessaires au bon fonctionnement de la communauté naissante.

Les travaux de la première chapelle débutèrent en février 1861. La construction alla bon train puisque l’église fut bénite le 15 juin de la même année.

Durant plus d’un siècle, la petite communauté de Saint-Mathieu allait se développer sur la base de trois piliers : l’activité agricole et forestière, l’industrie artisanale, les commerces de proximité et les services publics à la population.

 

1.1 La croissance démographique

Toute cette activité s’accompagna de l’arrivée de nouvelles familles et la population s’accrut à un bon rythme. Alors que 15 personnes étaient établies dans le rang 3 en 1858, le nombre de résidents passa à 880 en 1870, puis à 1 333 dix ans plus tard (1880). Ces chiffres diminuèrent toutefois dans les années suivantes puisque les statistiques révèlent une population totale de 1 000 habitants en 1887 et de 930 en 1890. Cette décroissance rapide s’explique par le départ de plusieurs jeunes hommes et jeunes familles vers les États de la Nouvelle-Angleterre pour y travailler dans les usines, notamment les filatures.

Un nouveau palier est atteint vers 1950 alors que la population est de 1 200 habitants. Dans un effort pour garder leurs enfants dans la paroisse, les pères fractionnent leur propriété en petites unités. Ainsi, une terre de 10 arpents de front par 30 de profond sera subdivisée en 2 ou 3. Mais on constate rapidement qu’une terre de 2 ou 3 arpents de front fait difficilement vivre une famille. Les sols cultivables apparaissent bientôt surpeuplés, ce qui entraîne un nouveau mouvement d’exode vers les villes où la croissance industrielle a grand besoin de main-d’œuvre.

 

1.2 L’activité agricole et forestière

En 1878, la municipalité compte déjà 90 fermes : 48 sont établies dans le rang 3, 24 au rang 4 et 12 dans le rang 5. Un faible nombre dans le rang 6 et au village.

Le nombre maximum de fermes sera atteint en 1891 alors que 122 propriétés agricoles sont enregistrées. Ce nombre passera à 87 en 1921, à 89 en 1931, à 105 en 1941, à 78 en 1961. Il s’agit de petites fermes familiales polyvalentes, dont les activités sont principalement tournées vers la satisfaction des besoins de la famille et des marchés de proximité.

Dans les rangs, les fermes se succèdent sans discontinuité ; pas de sols en friche, les clôtures de perches sont bien alignées et les bords de chemin soigneusement entretenus. Les tracteurs ont fait leur apparition dans les champs au cours des années 50, mais les chevaux sont encore bien présents : on en comptait 42 dans le seul rang 5.

Les années 1950, c’est la décennie de l’électrification dans les rangs. L’ampoule vient remplacer la flamme vacillante du fanal. Quel bonheur d’aller traire les vaches à la lumière électrique. Un ancien me rappelle : « Avant l’arrivée de l’électricité, on allait traire les vaches deux sceaux d’eau dans les mains et l’anse du fanal dans la bouche. Les risques d’incendie étaient toujours présents à l’étable comme à la maison où l’on s’éclairait à la lampe à l’huile ». Quelques appareils nouveaux font leur entrée dans les foyers pour alléger les tâches domestiques.

À partir du milieu des années 1950, les incitations à la spécialisation, l’introduction de la mécanisation, l’adoption de nouvelles méthodes culturales, (et plus récemment la robotisation de certaines tâches), accélèrent les phénomènes d’abandon, de regroupement et de restructuration des fermes. Et les problèmes de relève ne sont pas sans incidences sur l’évolution de l’activité agricole.

L’activité forestière a connu une évolution analogue. Pour approvisionner les trois moulins à scie et les usines de transformation qui se sont implantées sur le territoire de Saint-Mathieu, on a accès aux réserves forestières de la Brown Corporation et à une concession forestière accordée à même les terres publiques de l’ancienne seigneurie Nicolas-Rioux. La coupe de bois créait plusieurs emplois saisonniers. Au fil des ans, la disparition des scieries locales et des usines de transformation, conjuguée à l’introduction progressive des technologies performantes d’abattage et de débardage, ont contribué à éliminer la plupart des emplois en forêt. L’usage aujourd’hui des équipements multifonctionnels explique la disparition presque complète du métier de bûcheron remplacé par celui de chauffeur de machineries lourdes sophistiquées appartenant à des entreprises de l’extérieur.

 

1.3 L’industrie artisanale

L’industrie artisanale est particulièrement florissante à Saint-Mathieu jusqu’au milieu des années 1960. Cette activité industrielle compte un moulin à farine à la décharge de la rivière Neigette (Faubourg du moulin), trois moulins à scie (le dernier au village a été détruit par un incendie en 1991), une beurrerie (en 1932, la beurrerie de Saint-Mathieu transformait un total de 107,745 livres de beurre pour atteindre une production maximum de 182,207 livres en 1958), une usine de boîtes à beurre (dans les bonnes années, la production était de 400 000 boîtes par an; une centaine d’hommes y travaillaient) et de boîtes à pommes, une autre de coffrets d’écoliers, de chaises, de râteaux à foin, de manches de haches, de talons de souliers, de pattes de meubles, etc.

Toutes ces activités composaient une économie de production dynamique (agriculture, foresterie, industrie) qui créait de nombreux emplois réguliers et saisonniers.

Les familles étaient nombreuses et l’ouvrage ne manquait pas. Bien sûr, la vie était rude, mais chacun se sentait solidaire de sa communauté et l’on ne calculait pas les heures passées aux champs ou à l’usine.

On n’était pas riches certes, mais qu’est-ce que la richesse ? Plusieurs m’ont dit qu’on mangeait bien, qu’on s’amusait fort et que le soir venu on dormait profondément. N’est-ce pas là une forme de richesse, cependant très éloignée de nos critères actuels de consommation et d’accumulation matérielle ?

 

1.4 Activités commerciales et services à la population

Isolée des centres urbains et des grands circuits nationaux, l’économie d’autrefois est rurale et locale. Ainsi en est-il de la vie sociale. Celle-ci s’écoule dans une forme d’autarcie dont les règles sont définies sur la base des ressources humaines, naturelles, financières et techniques du milieu. L’ingéniosité, le talent et la détermination sont facteurs de progrès et de réussite. Dans un tel univers, la concurrence qui déstabilise la rentabilité d’une entreprise ne vient pas de Chine ou du Mexique, mais d’un village ou d’une petite ville voisine.

L’apogée de la communauté rurale de Saint-Mathieu est atteint au cours des années 50 alors que la population culmine à quelque 1200 habitants (elle est d’environ 680 aujourd’hui) et que l’activité économique est intense.

Au village, noyau multifonctionnel de la communauté, la vie est trépidante. Pas de centre d’achats à vingt minutes de voiture. Toute la vitalité de Saint-Mathieu repose sur sa capacité à offrir du travail et à satisfaire les besoins de sa population. Durant les mois paisibles d’hiver, plusieurs vont bûcher dans les chantiers pour accumuler quelques dollars nécessaires à l’achat d’un équipement de ferme ou à des travaux de construction. Dans les maisons on organise des veillées où l’on se rassemble pour danser et chanter.

Vers 1937, un relevé de la population active révèle que la paroisse compte 5 commerçants, 1 forgeron, 1 ferblantier-plombier, 43 journaliers (hommes de ferme, menuisiers, charpentiers, etc.), 7 domestiques, qui s’ajoutent aux 92 cultivateurs.

Au milieu des années 1950, le village compte un magasin général et deux coopératives à caractère agricole, trois magasins d’alimentation, une quincaillerie, une bijouterie, une meunerie, un abattoir, deux hôtels, deux maisons de pension, trois garages avec atelier mécanique, deux postes d’essence, une cordonnerie-sellerie, un bureau de poste, une caisse populaire (créée en 1937), deux ateliers de menuiserie, une forge, et une multitude de petits services établis dans des foyers privés : couture, coiffure, tissage… Au centre du village se dresse une grande écurie où sont gardés les chevaux pendant que l’on fait ses emplettes ou que l’on assiste à la messe.

Les offices religieux, nombreux et fréquentés assidument par la grande majorité de la population jusqu’à la fin des années 1970, sont assurés par un curé et un vicaire qui habitent en résidence au presbytère.

Quant à l’enseignement des jeunes, chaque rang a son école (deux dans le rang 3) et un couvent tenu par des religieuses ainsi qu’une école sont implantés au cœur du village. L’ensemble des écoles accueille plus de 300 enfants (la seule école qui dessert aujourd’hui toute la communauté compte moins de 40 élèves). Suite aux recommandations du rapport Parent des années 60, les écoles de rang sont abandonnées et les élèves sont regroupés dans une nouvelle école construite au village. Un service d’autobus scolaire assure le transport des élèves.

À Saint-Simon, le village voisin sis dans les basses terres du Saint-Laurent, le train apporte le sucre, la mélasse et autres denrées que les commerçants achètent en grosse quantité. La plateforme de la gare est le lien avec le reste du monde. On y vient pour accueillir des êtres chers ou pour aller visiter de la famille. Parfois, c’est pour aller tenter sa chance ailleurs.

La combinaison de toutes ces activités a généré durant plusieurs décennies une économie de production et de services assurant le dynamisme et la croissance de la communauté de Saint-Mathieu.

 

2. Puis survient la rupture

Dès le début des années 1960 les premiers signes d’effritement et de déséquilibre se manifestent. Les frontières de l’économie locale reculent. Le marché du lait prend une ampleur nationale et de nouvelles règles de production (quotas) et de conservation sont imposées. Ceux qui ne peuvent y répondre sont écartés. La taille des fermes s’agrandit par souci de rentabilité entraînant la disparition de plusieurs petits producteurs.

En 1962, le gouvernement fédéral accepte l’entreposage du beurre dans des boîtes de carton. Une décision fatale pour l’usine des frères Dionne, la plus importante entreprise de boîtes à beurre au Canada, offrant des dizaines d’emplois pour la population de Saint-Mathieu. Il était impossible de concurrencer la boîte de carton, ce qui signifiait la mort de cette entreprise.

Le ramassage et la concentration du lait dans des usines régionales de transformation entraîne la fermeture de la beurrerie locale et la perte de ses emplois.

En 1976, on dénombre 25 fermes seulement dans la municipalité, plus que 6 en 1997 et 5 en 2016, soient deux fermes laitières, deux fermes ovines et un vignoble. À ces entreprises agricoles s’ajoutent 24 producteurs de sirop d’érable.

Depuis la fin des années 1970, des centaines d’hectares ont été retournés à la forêt, principalement dans le cadre des programmes gouvernementaux de reboisement, avec la bénédiction du ministère de l’Agriculture, soustrayant d’autant ces superficies à la production agricole.

Précisons que les 5 fermes actuelles produisent en volume autant, sinon davantage que la centaine de fermes du début du siècle dernier. Cependant, du fait de la forte mécanisation, l’agriculture d’aujourd’hui crée bien peu d’emplois, soit à peine un emploi par ferme, secondé par un employé à temps partiel.

Le réseau routier s’améliore et l’automobile se généralise, ce qui contribue à briser l’isolement villageois et à rendre les villes voisines, Trois-Pistoles, puis Rimouski et Rivière-du-Loup, plus accessibles. Les commerces locaux font face désormais à la concurrence des centres urbains.

La disparition des chevaux, la généralisation de l’automobile et l’achat dans les villes régionales entraînent la fermeture de plusieurs petits métiers et commerces locaux.

Le recul des frontières économiques s’accompagne du recul des frontières sociales et culturelles. Les élèves du niveau secondaire vont à la polyvalente de Trois-Pistoles et ceux qui poursuivent leurs études partent pour de longs mois vivre dans les centres urbains. La télévision favorise par ailleurs la pénétration des valeurs de la société urbaine.

Cette ouverture sur l’extérieur entraîne un affaiblissement progressif de l’économie locale et un effritement de la cohésion sociale et culturelle. Les emplois perdus dans le secteur agricole, l’activité commerciale et la transformation artisanale, ne sont pas remplacés par des emplois des secteurs de la grande industrie et des services spécialisés.

À défaut d’emplois locaux, une partie de plus en plus importante de la population n’a d’autre alternative que l’exode. L’exode rural fait ainsi suite à l’exode agricole. Ceux qui partent sont généralement des jeunes attirés par la perspective d’emplois plus nombreux et variés à la ville, mais aussi par l’image d’un mode de vie facile et excitant. Ces départs privent la communauté d’éléments dynamiques porteurs d’avenir. La population restante est réduite et vieillissante.

Ces tendances se sont maintenues et accentuées jusqu’au milieu des années 1970. Au début, la vitalité démographique et économique de la communauté a pu atténuer la portée des changements. Mais, sans un apport d’énergies nouvelles, l’épuisement allait inévitablement se manifester. Doucement, insensiblement tout d’abord, puis de façon de plus en plus marquée.

Saint-Mathieu, au même titre que des centaines d’autres municipalités rurales au Québec, est progressivement engagée dans la spirale de la dévitalisation dont l’issue est inquiétante. À la fin des années 1960, dans le cadre des travaux du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ), la fermeture des rangs 4 et 5 a été envisagée.

La structure économique traditionnelle étant en déclin et offrant peu de perspectives de reprise, sur quelles bases nouvelles, en fonction de quelles orientations, pouvait-on insuffler un dynamisme renouvelé à la communauté de Saint-Mathieu-de-Rioux ?

Des initiatives sont lancées, des projets voient le jour, des personnalités s’affirment dans les efforts de relance. Messieurs Adrien Ouellet et Georges Théberge notamment, s’avèrent particulièrement dévoués à la création d’entreprises pour la mise en valeur des ressources locales. Ils contribuent à la création de la Société d’exploitation des ressources des Basques (SER des Basques) et de l’usine de charbon de bois, Produits forestiers basques.

Mais il faut davantage. Et l’économie de production (agriculture, foresterie, transformation) ne semble pas la voie exclusive de la redynamisation de la communauté de Saint-Mathieu. D’autres avenues sont à explorer et à promouvoir. Elles se trouvent dans la mise en valeur des atouts du milieu naturel et la qualité d’accueil de la communauté.

 

3. Saint-Mathieu réinvente sa ruralité : agriculture, résidence, villégiature et plein air

Dans le respect de son authenticité et de l’harmonie de ses paysages, Saint-Mathieu réinvente sa ruralité pour une meilleure adaptation au contexte contemporain. À travers une combinaison d’éléments où s’enchevêtrent activités agricoles et télétravail, culture de la vigne et ébénisterie, résidences permanentes et villégiature, activités de plein air et services de proximité, la vie rurale de St-Mathieu se recompose sur de nouvelles bases. Une métamorphose profonde s’opère de laquelle émerge une ruralité redessinée, celle du XXIe siècle, faite de diversité et de cohabitations inédites.

Saint-Mathieu veut résolument offrir une alternative désirable à la ville. Que ce soit pour s’y installer à demeure, pour la durée d’un séjour saisonnier ou pour la pratique d’une activité sportive, Saint-Mathieu a beaucoup à offrir : centre de plein air, station de ski, parcours de golf, club de chasse et pêche, terrains de camping, chalets… et avant tout, une qualité de vie. Une nouvelle vocation émerge. Un village du futur est en ébullition.

Nos pionniers et leurs descendants ont façonné, sur près d’un siècle et demi, une communauté rurale agroforestière dotée d’une petite activité industrielle de sciage et de fabrication artisanale. La communauté d’aujourd’hui invente une ruralité nouvelle fondée sur une mixité d’activités dont l’axe central repose désormais sur le récréotourisme, la fonction résidentielle et la villégiature. La vie rurale de Saint-Mathieu est dorénavant faite de diversité et de cohabitation, dans le respect profond de son authenticité et de l’harmonie des lieux.

 

Conclusion : le devoir de protection

Le défi qui se pose au futur de la communauté de Saint-Mathieu-de-Rioux est à la portée de la population locale, des élus, des organismes, des entrepreneurs : c’est celui de la cohésion sociale, de la solidarité, de la qualité de vie.

Malgré l’attraction persistante des grands centres urbains, un nombre croissant d’entreprises, d’individus et de familles sont sensibles aux avantages des petites communautés et à l’environnement rural. Faisons en sorte que la municipalité de Saint-Mathieu soit un milieu où il fait bon vivre, travailler, se divertir et s’épanouir.

Alors qu’en plusieurs lieux au Québec, la ruralité redevient attractive et désirable, il n’est pas utopique de croire en un renversement spectaculaire de la tendance au déclin des dernières décennies, introduisant sur le territoire de Saint-Mathieu des forces capables de bouleverser en profondeur la structure économique et provoquer un renouveau démographique à l’origine d’un mouvement de reconquête et de recomposition du territoire.

La diversité et la qualité des services aux familles et aux entreprises, la protection et la mise en valeur de l’environnement naturel et bâti, la consolidation de l’appartenance territoriale et l’affirmation de l’identité culturelle, la concertation, le partenariat et la solidarité… deviennent des éléments fondamentaux du projet de société à se donner pour l’avenir durable de la municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux.

La qualité de notre milieu naturel composé de lacs, de rivières, de sentiers, de champs en culture, de forêts et de paysages sublimes, est la première richesse sur laquelle bâtir l’avenir. Sachons protéger et mettre en valeur intelligemment ce patrimoine naturel. Il devient un facteur d’attractivité et d’implantation pour des travailleurs indépendants, des petites entreprises, des familles, des villégiateurs et des amateurs de plein air, lesquels génèrent une économie résidentielle (de consommation locale) complétant avantageusement une économie de production qui s’est affaiblie au cours des dernières décennies. Devenons une communauté rurale du XXIe siècle, désirée, fréquentée, occupée, affairée…, et jalousement protectrice de son cadre de vie.

Ceux qui nous ont précédés depuis 1830 ont démontré des qualités de bâtisseurs. Comme eux, soyons des « faizeux », non des « dizeux », pour nous donner un lieu de vie dynamique, innovant et inspirant.

Les Fêtes du 150e de notre municipalité ont démontré la solidarité toujours vivante au sein de la population et l’attachement profond de ses résidents à cette terre vibrante de beautés, de fierté et de créativité.

 

Bibliographie

Album souvenir, Centenaire de Saint-Mathieu, 1866-1966, Saint-Mathieu, 1966.

JEAN, Charles-Édouard et Marjolaine Bernier ; Saint-Mathieu-de-Rioux raconte son histoire (1830-2016). Livre du 150e anniversaire de la municipalité de St-Mathieu-de-Rioux, 2016.

Institut de la statistique du Québec ; La population des régions administratives, des MRC et des municipalités du Québec, Gouvernement du Québec, 2016

VACHON, Bernard (sous la direction de) ; Le Québec rural dans tous ses états, Boréal, Montréal 1991, 314 p.

VACHON, Bernard, « Le peuplement des régions rurales du Québec face aux phénomènes de dénatalité et de désurbanisation », in Populations rurales et populations agricoles, Université des Sciences et Technologies de Lille-Flandres-Artois, France, 1986, pp. 85-94.

VACHON, Bernard, « Pour une politique spécifique d’aménagement rural au Québec », in Trames, no. 11, Université de Montréal, Faculté d’Aménagement, 1996, pp. 78-84.

VACHON, Bernard, La passion du rural. Quarante ans d’écrits, de paroles et d’actions pour que vive le Québec rural. Tome 1, Les Éditions Trois-Pistoles, 501 p., 2011. Tome 2, Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal, 933 p., 2014. Les deux tomes en version numérique téléchargeables gratuitement :

http://geo.uqam.ca/nouvelles/219-la-passion-rurale-tomes-1-et-2.html

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Conférence – Congrès 2017 «L’aménagiste régional, artisan du développement» 936 936 visagesregion

Conférence – Congrès 2017 «L’aménagiste régional, artisan du développement»

Le 19 avril 2017, Marie-Eve Arbour a prononcé une conférence dans le cadre du congrès 2017 de l’Association des aménagistes régionaux du Québec.

 

Description de la conférence

Qu’est-ce qui fait qu’une communauté est dynamique? Qu’un village réussisse à renverser la tendance de la dévitalisation? Nos milieux ruraux sont remplis d’exemples qui fournissent des réponses à ces questions. Visages régionaux vous propose de porter un regard sur des communautés qui se prennent en main et sur les meilleures pratiques adoptées par celles-ci pour y arriver.

 

Voir la programmation du congrès.

Pour obtenir le contenu de la formation en format PDF, suivez ce lien.

Frédérique : je rêvais de Montréal! 1024 683 visagesregion

Frédérique : je rêvais de Montréal!

J’ai grandi à Québec avant de déménager, à 17 ans, pour étudier à Jonquière. Je ne considère toutefois pas que c’est à ce moment que ma vie en région a commencé ! Parce qu’à Jonquière, c’est une ville étudiante un peu hétéroclite qui réunit des gens de partout. Quand on étudie au Cégep de Jonquière (et particulièrement en ATM), on est un peu en marge. On vit en région, sans vraiment vivre la région.

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée en « vraie » région ! Après ma technique, je voulais voyager et prendre une pause d’études. Puis, à la toute dernière journée de mon stage, une amie avec qui j’avais étudié écrit sur notre groupe Facebook qu’une petite radio communautaire de la Baie-James cherche deux employés : un journaliste et un animateur. Je me suis dit : « Tant qu’à revenir au Québec et n’avoir rien de particulier à faire, pourquoi ne pas travailler dans le domaine dans lequel j’ai étudié ». On a toutes les deux obtenu un poste et c’est ainsi que j’acceptais de déménager à Matagami, à 1000 km au nord de la ville de Québec (et à 300 km au nord de Val-d’Or). Je n’avais jamais entendu parler de cette ville de 1500 personnes. Je n’en savais vraiment rien de rien. Mais, je venais quand même d’accepter le poste et mon déménagement était prévu pour le 14 juillet. C’est un coup de tête et je voyais ça comme une courte aventure, une parenthèse à ma vie « normale ».

Pensais-tu t’installer en région un jour?

Eh boy… non ! À l’adolescence, je trouvais que Québec, c’était trop petit ! Je rêvais de Montréal, de la vie urbaine, d’arts et spectacles et de restaurants à tous les coins de rue. Même si j’ai toujours aimé les grands espaces et le plein air, je croyais dur comme fer que j’irais vivre à Montréal. J’étais loin d’imaginer que je me retrouvais un jour dans le Nord-du-Québec, là où la plus grosse ville compte à peine 8000 âmes.

Même si mon arrivée en vraie région a été un coup de tête, j’ai vite trouvé des avantages à ce mode de vie. M’adapter n’a pas été facile (notamment parce que la seule amie que j’avais est partie après quelques mois et je me suis retrouvée VRAIMENT seule) et les petites villes sont souvent extrêmement chaleureuses, mais hermétiques aussi. Les milieux sont tissés serré et il peut être difficile de s’intégrer dans un groupe. Il faut dire que je n’avais qu’une collègue à la radio: ma directrice générale. Le temps a fait son œuvre, je me suis reposée, je me suis retrouvée grâce à mes longues marches quotidiennes, je me suis impliquée dans la communauté et j’ai eu des amis !

J’ai d’abord aimé la vie en région pour la proximité de la nature et la facilité d’en profiter. D’abord à Matagami, puis maintenant à Chibougamau, je pars à pied pour rejoindre les sentiers de raquettes, de ski de fond ou de randonnées, tout en habitant au centre-ville! La particularité de la Jamésie (la partie sud de la région Nord-du-Québec), c’est que nos villes sont jeunes et qu’elles ont été construites pour le développement minier et forestier. Tous les services sont donc à proximité (il est assez facile de vivre sans véhicule!) : je marche sept minutes pour aller travailler, aller faire l’épicerie ou quinze minutes pour aller à la piscine municipale. Avec cette proximité vient le temps que l’on gagne dans nos déplacements et on peut consacrer nos énergies à autre chose qu’être dans le trafic ! La vie en région, c’est, pour moi, la tranquillité d’esprit, le calme, le ressourcement, la nature et le bien-être. C’est aussi toutes les activités qui sont offertes et les services disponibles. Ce n’est pas parce qu’on est loin qu’on n’a pas tout ce qu’il faut pour être parfaitement heureux et occupé !

Ma plus grande surprise en m’installant en région est sans contredit tous les services offerts aux populations. En Jamésie, comme les petites villes sont éloignées les unes des autres, chacune d’entre elles doit offrir les services d’une ville régulière, si elle veut que ses citoyens y demeurent. On a accès à des cours de toutes sortes, tant sportifs qu’artistiques, des spectacles, des ateliers, des conférences… Les villes ont des piscines, des arénas, des terrains de tennis, de basket, des sentiers de randonnées (pédestres, motoneige, VTT)… C’est aussi grâce à ceux qui s’impliquent sans compter les heures que les milieux sont si dynamiques. Surtout, il est facile de s’impliquer, de monter des projets ou des événements. La grande majorité des citoyens ont un grand sentiment d’appartenance et souhaitent que leur milieu de vie s’améliore continuellement. Tout ça, ça se reflète dans l’ambiance. De Chibougamau à Matagami, on n’a pas l’impression d’être dans des villages en décrépitude où rien ne se passe. Au contraire, on se retrouve simplement dans des villes-avec-pas-beaucoup-de-voisins !