Témoignage

S’accrocher les mots et les pieds aux Canaries 1024 574 Marie-Eve Arbour

S’accrocher les mots et les pieds aux Canaries

Au large des côtes du Sahara occidental et du Maroc. Un territoire insulaire volcanique. Quelque part non loin de Madère, des Açores et du Cap-Vert. Un archipel bien connu des touristes allemands.


C’est dans une atmosphère de COVID-19, de Journée de la femme et de quasi-déconnection que Marie-Eve nous raconte son voyage aux Îles Canaries: à travers ses yeux de femme, de mère, de voyageuse, d’entrepreneure et de passionnée des territoires.


Les Iles Canaries.

La culture ici est forte de l’héritage mystique d’un peuple autochtone.
Les Guanches.
Il y a quelque 2 500 ans, peut-être.
Venus des Monts Atlas. Peuple berbère. Des prisonniers, peut-être.
Des familles déposées çà et là, sur les sept îles que forme l’archipel. Peut-être.
On dit qu’ils auraient été les premiers habitants des îles. Peut-être.
Avant eux: lézards géants. Tortues géantes. Rats géants. Nada màs.

Tous des «peut-être», car rien n’est 100% sûr concernant les Guanches.
Trop de preuves disparues, il y a trop longtemps.

Toujours est-il qu’ils avaient de bonnes connaissances en élevage.
Des connaissances correctes en agriculture.
Et aucune en navigation.

Ce qui leur a permis de survivre. Sans pouvoir fuir.
Dans un endroit où dit-on, on y vit dans le meilleur climat au monde.
Rien de moins.

Un endroit où l’économie est largement influencée par le fait que le monde entier aime autant manger des bananes.
Et qu’on aime y voyager.
J’incarne bien ici ces deux moteurs économique

Hermigua, Ile de la Gomera
Une envie constante et incontrôlable de crier !!! B-A-N-A-N-A !!!
Ceux qui ont de jeunes enfants me comprendront peut-être.

J’écris ces lignes en enfonçant mes pieds dans le sable noir.
Volcanique.
Sur une minuscule plage.
En regardant la collection de trésors que je ramènerai à mon fils.
Roches. Coquillages. Morceaux de verres lavés par la mer.

Il aime tellement que je lui ramène des trouvailles durant mes voyages pour le travail.

Cette fois, c’est pour le plaisir de retrouver mon amoureux que je suis aux Canaries.
Lire ici: vacances sans enfants.
Ou encore: décrocher de Visages régionaux quelques instants.

Punta Hidalgo, Ile de Tenerife

Bon.

J’ai trainé mon ordi. J’avoue.
J’ai presque répondu à un appel d’offres. J’avoue.
J’ai répondu à quelques courriels, payé des factures, fait les paies. J’avoue.
Tout ne peut pas s’arrêter complètement.
Mais j’ai vraiment décroché quelques instants.

Masca, Ile de Tenerife

Trouver les mots

Mais…
Ma passion des territoires me suit partout.
J’aime les observer. Les analyser.
Voir le beau. Le troublant.

Comprendre l’histoire. Le présent.
Poser des questions. Trouver les mots.
Ceux qui collent. Qui s’accrochent.

Là et nulle part ailleurs.
C’est plus fort que moi… J’aime ça, qu’est-c’tu veux!

Alors j’ai joué aux mots. Ceux des Iles Canaries.
Humble exercice. D’une fille en vacances.
Rien d’officiel. Tout en subjectivité.

Avec un horizon de presque deux semaines pour m’imprégner.
C’est peu.
Mais c’est assez pour laisser une trace.
Un avant-goût.

En cette dernière journée de vacances, ils sont prêts.
Au moment de les déposer, ils se bousculent.
Prennent forme.
Sortent dans le désordre.
Ou dans l’ordre, va savoir.

Positionnement_territorial_v1

Lors d’une de nos conversations, Simon (mon amoureux) a dit…
C’est l’Europe tropicale ici.

J’aime comment ça sonne.
J’aime mettre ces deux mots-là côte à côte.

Si j’avais le mandat de construire un positionnement pour les Canaries (c’est beau de rêver!), tout cela serait une base pour l’élaborer.

Une V1.

Partir du senti.
Garocher tout ce qui vient.
Faire du ménage après.

Voici en rafale, sans ménage, pourquoi ces mots.

Gigantesque. Envergure. Puissance.

J’en ai vu des montagnes.
Les Rocheuses de l’Ouest Canadien. Les Alpes suisses. Les Andes péruviennes.
Ici, c’est différent. Ça donne le vertige.

C’est impressionnant.
Intimidant. Imperturbable.

Malgré leur envergure, leur imposante présence, parfois écrasante, elles ne sont que de minuscules îles en plein Atlantique.
Fragiles malgré tout.
Héritage d’une éruption volcanique majeure.
Qui les aurait soulevées du fond des mers.

Masca, Ile de Tenerife

Minuscule.

C’est l’humain qui est minuscule devant cette immensité.

Les crêtes nous enseignent nos propres limites.
Nous remettent à notre place.
Les seules qui osent s’y aventurer courageusement (ou aveuglement) sont les chèvres. Véritables alpinistes.

Insoumise. Indomptable.

C’est encore mêlé dans ma tête. Je veux parler ici autant de la nature, de la culture.
C’est un climat aride. Ce n’est pas simple de faire de l’agriculture.
Ce le serait plus d’acheter de l’Espagne.

Et pourtant, ils cultivent.
Avant, sur des terrasses creusées, aménagées à même les montagnes.
Maintenant, avec un système d’ombrière bien à eux.

En après-midi, plusieurs boutiques sont fermées.
Les gens relaxent.
Insoumise au système économique qui les voudrait ouvertes en tout temps.

De grands pans du territoire sont complètement inaccessibles.
Malgré la technologie.
Malgré notre capacité à construire des routes, des infrastructures.
Un territoire indomptable.

La mer aussi est insoumise.
Une mer puissante.
Sans repos.

Impardonnable par endroits.

Hermigua, Ile de la Gomera

Héritage. Sentiers.

Quand on marche dans les rues, ça sent l’histoire.
Le goût du beau.
De préserver. D’honorer.
Ça sent aussi les crevettes à l’ail dans les maisons et sur les terrasses.
Mais ça, c’est probablement juste parce que je suis un peu folle de ce plat-là.

Sinon, ici, le piéton est roi.
On peut parcourir l’île par ses mille sentiers.
Les anciennes routes, celles des Guanches, peut-être.
Les chemins de traverse, qui leur permettaient d’aller à la rencontre les uns des autres.
Les chemins dans lesquels ils ont inventé une langue nouvelle. Sifflée. Le silbo.
Oui. Une langue sifflée! Qui leur permettait de s’entendre à des kilomètres.
Avant les cellulaires.

Quand je marche dans les sentiers, je pense souvent aux Guanches.
Eux qui ont été exterminés à grands coups d’ambition de colonisation espagnole.
Comme trop souvent dans l’histoire.

Je ne peux m’empêcher de me demander si leurs pieds ont marché aux mêmes endroits.
S’ils percevaient leur vie ici comme une nouvelle prison. Ou comme un paradis.
S’ils avaient envie de partir à l’aventure, comme il m’arrive souvent.
S’ils ressentaient le même vertige que moi en regardant les montagnes.

Distinguée. Délicate. Douce.

J’aime ces mots. Je trouve que ça leur va bien.
La vie semble douce ici.
L’Euro leur donne une chance.
Le meilleur climat au monde aussi.
C’est le paradis ces plantes grasses.
Elles ne demandent pas grand-chose. Pas d’eau. Pas d’entretien.
Et sont rayonnantes. Je ne sais pas pourquoi j’aime autant les plantes grasses.

Les places publiques sont belles. Propres.
Ils y font attention.
De beaux efforts sont faits pour l’environnement.
Beaucoup de sensibilisation.
Du compostage dans les espaces publics.

Les touristes sont traités avec respects.
Les femmes aussi. Selon ce que j’ai pu observer.

Garachico, Ile de Tenerife

En parlant des femmes…

Parenthèse qui s’ouvre.

Le soir de la journée de la femme, nous sommes allés voir une projection de documentaire.
Sur l’émigration massive des Canaries, vers le Venezuela, dans les années 50.
Des hommes partis travailler. Qui ne sont pour la plupart jamais revenus.
Pour être acceptés au Venezuela, ils devaient avoir femme et enfants aux Canaries.
Troublante ironie.

Un flot d’émotions.
Prosternation devant le courage des femmes. Celles qui restent.
Leur dévotion envers leurs enfants.
Un violent paradoxe avec ma lecture du moment.
La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.
Une histoire d’émancipation. De Refus Global. D’abandon, encore ici.
Qui m’a heurté profondément.

J’en veux à ceux qui abandonnent. Qui brisent les autres.
Plein de réflexions sur mon rôle de femme. De mère. D’entrepreneure.
De ma place dans mon moi-même.
Bref. Je vous épargne les détails!

Fermeture de la parenthèse.


Conclusion

Ce voyage, ou plutôt ces vacances me rappellent à quel point j’aime partir.
Être ailleurs. Découvrir.
En même temps ça me rappelle à quel point j’aime chez nous.
Mes enfants.
Mon chum.
Mes collègues.
Visages régionaux.

Un feeling agréable de faire ce que je devrais faire.
Et d’aimer le faire.

Innover pour se distinguer 959 634 Visages regionaux

Innover pour se distinguer

Pour illustrer des initiatives de municipalités inspirantes, on vous présente une entrevue réalisée avec le maire de St-Camille, monsieur Philippe Pagé et Marie-Ève Arbour, fondatrice de Visages régionaux. St-Camille, c’est un village qui a connu une remontée démographique remarquable grâce à l’audacieuse initiative des fermettes du Rang 13, un projet domiciliaire qui a permis d’attirer 23 nouvelles familles dans la municipalité.

Marie-Ève Arbour: Philippe, j’aimerais que tu nous parles un peu de toi, de ton parcours, et de ton implication dans le village qui t’a vu naître.

Philippe Pagé : Quand j’ai eu 10 ans, mes parents ont acheté une ferme porcine, et nous avons déménagé à St-Camille. Après mes études, je suis allé à Québec pour travailler comme conseiller politique au cabinet du ministre de la Santé. Je suis revenu m’établir à St-Camille en 2014 et je me suis rapidement impliqué dans plusieurs organismes du village; j’ai été président pendant 3 ans du P’tit Bonheur, et j’ai aussi été responsable du journal local. En 2017, le maire de la municipalité avait déjà mentionné qu’il ne souhaitait pas se représenter. J’ai sauté dans l’arène et j’ai été élu, il y a déjà 2 ans de ça.

Qu’est-ce que ça signifie pour toi, être maire de St-Camille?

Je dirais que c’est d’être un leader rassembleur et un conciliateur. À St-Camille, on avait beaucoup d’initiatives qui étaient géniales mais qui manquaient peut-être un peu de directions. On a donc commencé par établir nos priorités. Puis, on a fait une démarche de consultation auprès des citoyens pour voir où on se projetait dans 10 ans et quelle allait être notre stratégie pour parvenir aux objectifs qu’on allait se donner. Je considère donc que mon rôle est beaucoup de donner des idées, de dire où la direction s’en va. Je veux être certain que la communauté nous suive.

Votre fameux projet des fermettes du Rang 13 a permis à St-Camille d’attirer 23 nouvelles familles. Il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à ce projet et qui aimeraient s’en inspirer. J’aimerais que tu nous parles un peu du contexte, du déroulement et d’où ça en est aujourd’hui.

À St-Camille, on a eu un long déclin démographique au courant des années 1900. On est passés d’environ 1600 personnes, avec plusieurs entreprises, à environ 400 personnes à la fin des années 90. Au début des années 2000, on s’est rendu compte que si on ne faisait rien, il y aurait de gros risques qu’on perde notre école. Sans école, une municipalité commence à perdre de l’attrait pour les jeunes familles. On s’est donc réunis pour déterminer quelles allaient être les stratégies qu’on devait mettre en place pour contrer ça.

Il y avait un terrain en zone blanche à l’extérieur du village qui était très agricole au début des années 1900. À la fin de la Première Guerre mondiale, avec l’exode rural qui s’est accéléré, plus personne ne vivait dans le secteur. Le propriétaire a été vraiment fantastique en prenant l’initiative de le lotir. Des personnes qui voulaient s’y établir ont formé la coopérative, qui a permis de construire deux routes, d’amener l’électricité et la fibre optique et d’attirer 23 nouvelles familles à s’y installer. 

Au départ, il y avait vraiment un projet de fermettes, mais on a été obligés de constater que ce volet a été moins réussi parce que les gens n’ont pas fait de l’agriculture leur métier, même si certains élèvent des animaux, ont des poules ou des gros jardins. Ça a amené un dynamisme au village : ces gens-là souhaitaient une vie plus simple, plus proche de la communauté, et voulaient s’impliquer. On est passés d’à peu près 400 personnes à la fin des années 90 à un bon 550. C’est un grand gain dont on est très fiers.

Les familles du Rang 13

C’est là qu’on comprend que d’avoir eu cette ouverture en tant que municipalité a permis d’avoir de belles réalisations. Plus tôt, tu as parlé du P’tit Bonheur dont tu as été président. Ça fait aussi partie des éléments qui sont importants dans le paysage de St-Camille, qui ont contribué à sa notoriété. As-tu l’impression qu’un lieu de rencontre comme celui-là est un incontournable pour un village?

Pour nous, c’est majeur. On dit souvent qu’avec la fin de la religion, les lieux de rencontre comme le perron de l’église n’existent plus. Nous, on est convaincus que d’avoir un lieu commun et démocratique où toutes les personnes du village peuvent se rencontrer, et ce, peu importe leurs horizons, c’est ce qui permet à la population de se connaître. Avec le projet du Rang 13, il y a beaucoup de familles qui sont venues s’installer, des gens qui avaient parfois des valeurs différentes des nôtres. Toutefois, un lieu de rencontre où tout le monde se réunit permet de connaître l’autre, de le comprendre et de le respecter. On peut ainsi aller plus vite et développer des projets aussi audacieux et innovants. Ici, on a vraiment une pluralité d’idées, et c’est très important pour nous de garder cette diversité-là.

Les petits milieux encouragent la proximité. En essayant d’être plus près des citoyens, on peut développer des projets qui vont leur ressembler.

Pour les gens qui ne connaissent pas Le P’tit Bonheur, il s’y passe quoi concrètement?

Le P’tit Bonheur, c’est plusieurs choses. C’est tout d’abord un centre culturel : ils font une programmation où il y a environ 12 ou 13 spectacles par année. Récemment, on a reçu les sœurs Boulay, Bernard Adamus, Paul Piché, bref, des artistes professionnels. Il y a aussi un bistro où ils font leur propre pizza avec des produits régionaux. À chaque vendredi midi, les gens vont en manger, et c’est justement là qu’ils discutent. Le P’tit Bonheur, c’est aussi un formidable outil de développement culturel : il mène beaucoup de projets, pour lesquels il a plusieurs partenaires, que ce soit le CIUSSS de l’Estrie – CHUS ou le gouvernement du Québec. Ça permet de beaucoup développer notre municipalité et c’est très névralgique pour notre village.

Le bistro du P’tit Bonheur

Dirais-tu que Le P’tit Bonheur agit un peu comme votre corporation de développement, ou il existe aussi une corporation de développement?

Nous avons aussi une corporation de développement qui est très active dans le communautaire, le développement des affaires et l’attraction des jeunes familles et des entreprises. Le P’tit Bonheur, sa spécialité, c’est le volet culturel, et même rural.

J’imagine que vous continuez à vous poser des questions pour agir et poursuivre votre belle lancée des 10 dernières années… Sur quoi travaillez-vous ces temps-ci à St-Camille?

On travaille sur plusieurs projets. Tout d’abord, il faut répondre aux besoins du marché en ajoutant des terrains. Le conseil municipal voulait s’attarder à cette problématique, et ce, dans une optique de développement durable. Cependant, on veut s’assurer de garder la cohérence et la vitalité du cœur villageois. On travaille donc avec les experts de Vivre en ville, une coopérative d’urbanisme spécialisée dans le milieu rural, pour créer un nouveau quartier dans le village. On a plein de bonnes idées : miser sur des maisons écoénergétiques, par exemple, et essayer que le quartier soit vivant tout en gardant le cachet du village pour permettre aux gens de vivre l’expérience St-Camille. On a besoin d’attirer des gens, mais il faut le faire intelligemment. On veut faire quelque chose en continu qui va nous permettre de garder une croissance soutenue.

On est aussi en train de faire une planification de nos loisirs avec la MRC pour que les gens qui nous visitent ne sentent pas qu’ils viennent dans un milieu ennuyeux. On veut que les jeunes aient une belle expérience du milieu rural pour qu’ils aient envie de revenir s’établir ici après leurs études.

Y a-t-il d’autres choses que tu aimerais nous dire par rapport à certaines stratégies ou à des actions auxquelles vous avez réfléchi pour améliorer votre attractivité envers les jeunes familles?

Ce que je dis souvent, c’est de miser sur ce qui rend nos communautés uniques. Vendre la proverbiale bonne qualité de vie, l’endroit où il fait bon vivre, tout le monde fait ça. Faire ce que tout le monde fait, ce n’est pas ce qui fait avancer nos communautés, la ruralité.

On n’a pas le choix d’être innovants si on veut continuer à exister, et c’est la responsabilité de chacun d’entre nous d’essayer de penser en-dehors de la boîte, d’être rafraîchissant et de trouver des nouvelles options plutôt que de simplement copier le voisin.

C’est souvent ça qu’on fait en premier lieu quand on (Visages régionaux) arrive dans un milieu. Avant de faire des campagnes de communication et des logos, on essaie de trouver comment le milieu se distingue dans l’identitaire et qui ne se retrouve pas nécessairement ailleurs. C’est l’équation du positionnement.

C’est sûr que c’est plus facile à dire qu’à faire, d’être uniques. C’est tout un travail, et je pense que Visages régionaux sert à ça, mais c’est un exercice qui est non négligeable. Le statu quo, ça pourrait être un jour la disparition de certains milieux. Si on veut continuer à rester, à être prospères, à avoir des emplois et une bonne qualité de vie, il faut s’y attarder tous ensemble. Je pense que c’est en innovant qu’on va y arriver.


Un grand merci à Philippe Pagé, maire de Saint-Camille, pour cette entrevue inspirante!

Philippe Pagé, maire de Sainte-Camille.
Source : Actualités l’Étincelle
Kamouraska | Visages régionaux
Montréal je te quitte 1024 683 Visages regionaux

Montréal je te quitte

Le début de la fin

Ça faisait déjà un bon moment que moi et la jungle de béton, communément appelée Montréal, étions dans une relation conflictuelle. Petit à petit, je me suis mis à aller voir ailleurs et à mon retour, elle me faisait la baboune. Oui, la ville me boudait. Elle pis moi, ça connectait pu autant qu’avant. À chacun de mes retours, j’avais ce sentiment de malaise qui envahissait mon échine dorsale. Toutefois, cette sensation s’effaçait progressivement à chaque fois que je visitais de nouvelles régions et municipalités québécoises. Désolé Montréal, je te trompais et j’y prenais de plus en plus goût.

Ce n’est pas toi, c’est moi. Le classique quoi.

Jérémie Perreault - nouveau membre de l'équipe de Visages régionaux
Hey Montréal!
C'est pas toi, c'est moi...
Le gazon est juste vraiment plus vert ailleurs

Le Québec c’est grand, c’est beau, c’est inspirant. Pourquoi ne pas prendre le temps de découvrir son propre chez soi au lieu de croire que tout est plus beau ailleurs? Ici, c’est riche, c’est fier, c’est vibrant. On a une chance unique d’être né sur ces terres boisées où une rivière n’en attend pas une autre. De plus, les découvertes inoubliables s’enfilent lorsqu’on sillonne nos routes… Chaque village à son histoire, son patrimoine, sa couleur qui fait de notre belle province, un amalgame extraordinaire.

Ceci étant dit, au cours de l’été, l’idée faisait tranquillement son chemin que Montréal et moi étions voué à une déchirante rupture. Après 10 ans de fréquentations en dent de scie, je commençais à regarder mes portes de sortie afin de trouver une autre municipalité avec laquelle m’acoquiner. Dur de faire un choix quand il y a autant d’options sur la table. Se coller sur les belles courbes du bas du fleuve, sentir le doux parfum des épinettes de l’Estrie ou encore caresser les montagnes des Laurentides.

Évidemment quand un choix de la sorte s’impose, différents facteurs sont à prendre en considération: famille, amie, boulot, centres d’intérêt et j’en passe.

Si j’avais un journal intime, on y trouverait de quoi du genre:

«[…] Sœur et mère s’étant exilées depuis plusieurs années dans les racoins du Kamouraska et des régions environnantes, je décidai d’aller y cuver ma peine quelques jours afin de prendre le pouls de cette région.

Fait notoire,  selon le prestigieux National Geographic, cette région possède le 2e plus beau coucher de soleil au monde. Je ne peux que confirmer cette affirmation! Je t’avouerai humblement cher journal, que je n’aie jamais su où était le numéro 1 – le sais-tu toi?

La sérénité qui y règne est palpable, entre une pinte de mousse à la Tête d’Allumette, une petite grimpe à la Sebka et une saucette (très vite fait) dans le fleuve, il ne m’en fallait pas plus pour être convaincu. […]»

Jérémie Perreault - nouveau membre de l'équipe de Visages régionaux
Moi qui cuve ma peine
Dans les battures du Kamouraska
Et la réalité puncha la prose dans gorge

Ma décision était donc prise à 80%. Un obstacle majeur se présentait à moi -> mon domaine d’expertise (communications et arts). On ne se le cachera pas, la région n’est pas forcément le terreau le plus fertile en offres d’emploi en com. Pour vrai, l’idée de retourner servir des pintes dans un bar tout en multipliant les jobines afin d’arriver à fin du mois était ZÉRO une option envisageable. J’ai donc passé le mot à ma seule amie du kamou (shout out à toi ma pote Sara Anne)… et la magie s’opéra.

Sara Anne, trouve moi LA job de rêve!

Il n’en fallait pas plus pour que cette dernière se munisse de sa loupe et parte à la recherche d’employeurs potentiels. 3 jours plus tard, mon nom était taggué à l’offre d’emploi sur Facebook qui allait finir de me convaincre. J’ai envoyé mon CV chez Visages régionaux et puis j’ai reçu une convocation.

Encore une fois, si j’avais un journal intime, on y trouverait de quoi du genre:

«[…] Ainsi, je rencontrai Marie-Eve Arbour un samedi matin, 8h00 – un peu trop matinal à mon goût, certes, mais lorsque ta future patronne a 2 kids, tu t’ajustes et tu fermes ta yeule –  dans un coquet café du chic St-Lambert.

Dès lors, je me munis de mon plus beau sourire et allai à sa rencontre. J’aurais imaginé le meilleur scénario qui soit avec une mise en scène de René Richard Cyr que celui-ci n’aurait pas été à la hauteur de cet entretien. Au fur et à mesure que Marie-Eve me décrivait les différents projets sur lesquels j’allais être appelé à travailler, mes yeux s’équarquillaient à vu d’oeil, si bien que je crains d’en perdre un dans mon expresso serré… Et mon ventre, mon cher journal, était saisi d’une fébrilité presqu’inquiétante (l’effet du café, peut-être? Je ne le saurai jamais.).

Non seulement je sentais que mes compétences étaient à la hauteur du mandat proposé, mais je voyais que TOUS les projets touchaient à ma fibre environnementale et sociale. Parce que oui, cher journal, il importe d’aimer son emploi, mais je crois que dans un monde en constante évolution, il s’avère primordial de redonner au suivant, via les actions de son quotidien… Tiens donc, quelle étrange sensation… Je me sens soudainement rempli d’une mission, d’un devoir, d’une raison de vivre! («Ah ta yeule!» as-tu envie de me rétorquer cher journal, –  ok ça achève). 

FAIT QUE

Pas besoin de temps de réflexion ou d’analyse de pour et de contre: le jeudi d’après, 5h00 am, j’ai jumpé dans mon char pis je me suis clanché la 20, en route vers ma destinée et mes nouveaux défis. Ça fait déjà un mois que je suis dans l’équipe de Visages régionaux, 10 jours que j’habite officiellement le Kamouraska, et crois moi, aucun regret à l’horizon. Best move ever.

Petite conclu

Donc à toi qui est à l’aube de la trentaine et dont la petite voix intérieure te crie de prendre tes jambes à ton cou, j’ai juste envie de te dire GO.

Les régions en valent le coup.

Montréal c’est pas le nombril du monde, et le Québec, c’est grand, il y a de la place en masse, mais surtout il y a TA place, à toi de la trouver.

Le Festif - Visages régionaux
Le Festif!, ou ton prochain déménagement 1024 576 Claudia Tessier

Le Festif!, ou ton prochain déménagement

Crédit photo: Jacques Viel

VISAGES RÉGIONAUX AU FESTIF!

Le festival de musique Le Festif! de Baie-Saint-Paul est maintenant devenu un incontournable pour de nombreux Québécois. Avec plus de 70 spectacles sur plus de 20 sites à travers le village (dont les dépanneurs, le quai, le sous-sol de la chapelle et la grande scène Desjardins), Le Festif! est le résultat du travail colossal d’un comité de jeunes citoyens. Eh oui, tu t’en doutes bien, il y avait une délégation de Visages régionaux, bien curieuse de voir la magie s’opérer.
Et l’événement marquait le début de nos vacances…

Chasse le naturel, et il reviendra au galop comme ils disent…

Dans mon cas, impossible de vivre l’événement sans l’observer sous tous ses angles.
Mon cerveau est en mode marketing territorial, graphisme et développement des communautés.

Tu peux passer par-dessus l’aparté inutile si tu veux du contenu un peu plus pertinent. C’est ton choix.

[APARTÉ INUTILE]

Les graphistes, vous allez me comprendre…
Dans la vie d’aujourd’hui, impossible d’ouvrir les yeux sans que du graphisme te saute dans la face! C’est sans arrêt. On est juste constamment mitraillé.
Impossible de décrocher de notre travail.

Le t-shirt que tu portes? On l’analyse.
Tu as apporté une bonne bière de micro? On analyse l’étiquette.
Même chose pour le vino, ton bon petit fromage fancy, ta belle bouteille de Kombucha…

Tu ne le sais pas, mais tu nourris un monstre.
À vrai dire, on t’écoute à peine parler. Notre esprit est ailleurs.
Notre corps est là, mais concrètement, ton étiquette nous propulse dans un genre de voyage astral qui nous aspire dans le trou noir du design graphique.—> On TCHÈKE l’étiquette.
C’est sérieux. L’autre jour, 3 commis à la SAQ sont intervenus à tour de rôle voir si j’avais besoin d’aide. «Pitié, sortez moi d’ici, je fais juste repasser les étiquettes une après les autres, j’en peux pu… Ramenez-moi à la maison s.v.p.»
Nous examinons le design, l’auscultons, le disséquons…
C’est de l’art chirurgical, man, rien de moins!

LES PROCHES AIDANTS
Pour les proches, ce n’est pas facile.
On met le pied dehors et puis oups, silence radio.
—> Houston, on vient de perdre le signal.

– Elle fait quoi Clau, on l’attend? On dirait qu’elle fait du piquette devant le poteau, a vraiment pas l’air bien…
– Elle regarde les flyers collés, inquiète-toi pas, laisse-la faire.

Affiches, enseignes, panneaux, dépliants… Partout, il y a toujours une création graphique quelque part qui va attirer capter notre attention.
Sérieux, partir avec un(e) graphiste en vacances, penses-y deux fois.
Parce que les vacances, qu’on se le dise c’est l’apogée du dépliant.

PIS JE LES RAMASSE 😳

Mais bref, là n’est pas mon propos.

[FIN DE L’APARTÉ INUTILE]

Le Festif!, c’est beau dans les yeux!

Tout le graphisme, la signalétique, les outils web étaient tout simplement magnifiques… et tellement pratiques! Du beau pour du beau c’est une chose, mais quand ça sert à la logistique d’un événement qui doit organiser des centaines de bénévoles, des fournisseurs, des artistes et des dizaines de milliers de jeunes sur le party, ça vient redonner un sens à nos vies de despotes du marketing.

Chapeau à Camille Rioux, la designer graphique derrière l’image du Festif! 2018.

Sur le bord de l’évanouissement à 40 degrés, je me suis assise et j’ai pleuré

Ben non.

J’ai juste répondu à un sondage, bien étendue sur un beanbag vraiment confo de l’entreprise Karibu… Une bénévole s’est agenouillée avec sa tablette pour recueillir mon humble avis sur l’incroyable machine du Festif. Il y avait plein de questions sur différents aspects de l’événement, et j’ai d’ailleurs j’ai donné un 9/10 pour appréciation générale.

Un 9 vraiment émotif, je le regrette aujourd’hui.
Juste parce qu’il n’y avait plus de billet pour Random Recipe.
J’ai dit 9 sous le coup de la colère… J’ai biaisé le sondage.

Toutes mes excuses auprès de l’organisation.
Sinon j’aurais donné une note de 20/10.

Et voici la dernière question du sondage:

«Qu’est-ce qui ferait que tu deviendrais résidente de Baie-Saint-Paul plutôt que touriste?»

Hum, la belle question.
J’ai répondu vite sans réfléchir: l’accessibilité au logement.

Mon chum m’a regardé avec un œil plus gros que l’autre: «c’est tout ce qu’il te manque pour déménager ici toi, un logement accessible?»

Ben non Guillaume, ben non.

Ç’a même vraiment pas de rapport à ben y penser.
Déménager et s’installer dans une nouvelle région c’est clairement plus compliqué que ça, c’est multifactoriel, et bien souvent, ça part du ventre plus que de la tête. Un élan amoureux, un coup de cœur, de la famille, des amis, etc.

Une chose est certaine, c’est que c’est beaucoup plus facile de déménager dans une région où une ville que l’on connaît déjà et qu’on porte dans son coeur.

Pour vrai, si je décidais de quitter le Kamouraska, je considèrerais sérieusement Baie-Saint-Paul.

Voici comment un événement comme le Festif! agit concrètement sur l’attractivité d’un territoire chez une jeune femme de 31 ans.

Les 3 raisons pour lesquelles je déménagerais à Baie-Saint-Paul
  1. Ma perception générale de la place est positive
  2. J’ai l’impression que la communauté partage mes valeurs
  3. J’ai un sentiment d’appartenance qui se construit avec les années

Et tout ça, c’est 100% à cause du Festif.

1- Perception positive de la place

C’est sûr! À chaque fois que je suis allée à Baie-Saint-Paul, c’était dans le cadre du Festif.
Je découvre, je rencontre, je fête, je mange, je danse, je ris, je dors
Dans mon p’tit cerveau-là, BSP = FUN.

J’ai beau me dire rationnellement : ouais, mais Le Festif ma belle cocotte, il n’est pas là à l’année longue! «Ouain. Pis? Je sais!». Mais c’est ça. Ce n’est pas rationnel. J’aime ça pis c’est tout. Ma tête fait volontairement abstraction des facteurs situationnels pour me faire une idée sur la place. Je suis fondamentalement convaincue que Baie-Saint-Paul ça doit être agréable en tout temps.

Y’a un magasin de bonbons, pis on peut descendre une rivière sur une licorne gonflable! Il est où le bonheur il est où? Il est drette-là : sac de jujubes à la main, chevauchant une licorne des mers.

2- L’impression que la communauté partage mes valeurs

La majorité des événements, malheureusement, sont de véritables catastrophes environnementales. Ya pas moyen de manger ou de boire sans contribuer au désastre. Les organisateurs du Festif! sont manifestement, très sensibles à cette question.

  • Stations d’eau potable disponibles sur plusieurs sites
  • Élimination complète des verres en plastique (35 000 Verres EcoCup)
  • Élimination complète des bouteilles d’eau en plastique
  • Nourriture vendue dans des contenants 100% compostables
  • Numérisation de l’information (billetterie, dépliants minimisés)
  • 92% des fournisseurs sont basés dans un rayon de 100km du site du festival
  • 80% des matières résiduelles recyclées ou compostées
  • Cible de 0,10kg de déchets destinés à l’enfouissement par festivalier
  • Fournisseurs alimentaires et bière = 100% local !
  • Transport de l’équipe + artiste : compensé par des arbres plantés dans Charlevoix

Source: site web du Festif!

Donc, j’ai l’impression qu’à Baie-Saint-Paul, les gens sont respectueux de l’environnement. Du moins, les gens de l’organisation. Et voir le nombre de bénévoles, je me dis que c’est déjà un bon ratio. Je généralise, c’est certain. Mais c’est déjà ça.

La programmation me correspond
Le développement durable me parle
La bière est bonne
Il y a plein de gens que je connais
Le graphisme est magnifique
Le café chez Arômes et Saveurs est malade mental

Bref, on a un match.
Je suis en harmonie avec mes valeurs quand je me promène à BSP.
Je ne me souviens pas d’avoir vécu ça au Festival de St-Tite.

3- Sentiment d’appartenance

J’en suis à mon 3e Festif!

Ça fait 2 fois que je fais le tour de l’ile-aux-Coudres
Le cousin à mon père habite là
Mon amie Ophélie vient de là
J’ai une nouvelle amie qui a une maison aux Éboulements
On pogne la radio de Charlevoix de chez nous au Kamouraksa
On a trouvé THE spot pour se baigner

Vous me voyez venir… On aime ce qu’on connaît! Pour développer un sentiment d’appartenance et avoir une attitude favorable envers quelque chose, faut y être exposé souvent. Avoir de belles images mentales. De beaux souvenirs.

En gros

Vous voulez attirer des jeunes dans votre municipalité, ville, région?

Laissez vos jeunes innover
Donnez-leur les ressources nécessaires pour réinventer leur localité
Mobilisez par l’art et la culture
Permettez l’expérientiel
Soyez fous, faites confiance!

Ou bien contactez Visages régionaux, on va vous accompagner 😛

P.S.

Avis aux festivaliers: Avez-vous eu l’occasion de vivre l’expérience 360 degrés au kiosque de La Fabrique Culturelle? J’ai visionné un clip vraiment touchant de Karim Ouellet et Fanny Bloom. J’étais immergée dans une expérience musicale vraiment enveloppante. J’ai adoré. J’ai littéralement capoté. Quand j’ai retiré mon casque de Robocop, mes yeux avaient carrément doublé de volume. Devant mon émerveillement débordant de points d’exclamation, les filles de la Fabrique Culturelle ont décidé de me donner une visionneuse 360 en carton. Je tiens à les remercier publiquement, car je peux maintenant faire des manèges dans ma cuisine, des sauts en parachute et plonger avec les requins.

Visages régionaux - Fabrique culturelle - Le Festif

Stéphane Lafleur (Avec pas d'casque) à l’Hôtel & Spa Le Germain Charlevoix

Crédit vidéo: François Viel

Émile Bilodeau sur la scène Radio-Canada

Crédit vidéo: François Viel

Milk & Bone au sous-sol de la chapelle

Crédit vidéo: François Viel

La vente en ligne: défi et opportunité pour les artisans 1024 684 Claudia Tessier

La vente en ligne: défi et opportunité pour les artisans

SOIRÉE CAUSERIE – QUARTIER ARTISAN

Mon engouement inné pour les métiers d’art, la bière de micro, et les rassemblements de beau monde ont fait en sorte que je me suis retrouvée hier – lundi soir 7 mai 2018 – à boire une pinte de Tête Carrée à la Tête d’Allumette avec des créateurs du Kamouraska et les gens de Quartier Artisan. J’ai quitté l’espace de travail partagé Haut-Village à 17h15 et me suis retrouvée assise à 17h40 entre Caroline Roberge, alias La Mortaise (Le Tenon et la Mortaise) et Julien, de l’Atelier Vcuir. Deux artisans flamboyants qui produisent des produits faits à la main et au design exceptionnel.

Laissez-moi vous faire un humble résumé à chaud de ma soirée devant mon souper frette (je viens d’arriver à la maison, il est  21h30).

Vendre en ligne vient avec un lot impressionnant de questions fondamentales…

« Est-ce que mon modèle d’affaires est adapté au e-commerce? »
« Est-ce que mon produit va être facile à expédier? »
« Est-ce que je trahis mes valeurs en m’embarquant là-dedans? »
« Est-ce que c’est écologique? »
« S’tu moi ou Poste Canada m’offre pas de deal intéressant?»
« Est-ce que mon beau-frère Jean-Paul qui bizoune sur les ordinateurs est capable de m’organiser ça? »
« Qu’est-ce qu’on mange pour souper? »

Bref, ce sont les mêmes questions pour tout le monde.
Il importe de clarifier son besoin et de savoir ce qu’on veut vraiment.

LA RECETTE MAGIQUE

Elle n’existe pas. Désolée.

Nous avions 3 panélistes qui semblaient maîtriser le monstre à trois têtes de la vente en ligne, dont deux entrepreneurs qui géraient une croissance avec des produits relativement faciles à expédier. Un est propriétaire de chandaildeloup.com et l’autre de akrochetatuk.com. Le troisième travaille pour la stratégie numérique de Simons.

On se doute bien que tout l’auditoire les écoutait en espérant qu’une des recettes présentées fitte avec les ingrédients déjà présents dans leur frigo, mais rien n’est moins évident. Nul besoin de se rappeler qu’une lampe en verre soufflée représente un lot de défis d’expédition et de manutention hautement différent et anxiogène par rapport à un t-shirt de loup en coton.

Lancer sa propre boutique: un pari alléchant

La vente en ligne apparaît comme la meilleure façon d’atteindre un public restreint. Le meilleur exemple était là pour nous en parler. Chandaildeloup.com… Le nom et la clientèle visés sont clairs, même si l’entreprise a modifié sa trajectoire depuis sa création. On comprend qu’on s’adresse à une clientèle de l’ordre du 0,0009% de la population, celle qui trippe chandails de loup.  Un marché de niche comme disent les chiens savants du marketing.

On a donc entendu parler de Etsy, Shopify, WooCommerce, Votresite.ca, Snipcart, Monpanierdachat.com… Il a été dit à plusieurs reprises que la meilleure stratégie était d’opter pour les plateformes les plus utilisées, qui offrent du service en français et locales, idéalement. Shopify répond à ces critères et semble être une bonne avenue pour quelqu’un qui veut une solution rapide et maîtriser son environnement de vente. En plus d’offrir une panoplie de thèmes personnalisables, on peut y attacher un blogue et une infolettre assez facilement. Pour ce qui est de WordPress, le principal avantage réside dans le fait qu’on possède vraiment son site, contrairement à Shopify qui ne fait que prêter sa plateforme.

Il a aussi été mentionné que la sorcière du village, Votresite.ca, n’était pas seulement à éviter, c’est un gros NON catégorique. Comme quoi « la structure du code était trop opaque pour optimiser le référencement. » Je n’aime pas ça ne pas aimer quelque chose parce que tout le monde le fait. Pensez ce que vous voulez, mais personne n’a encore rien dit de tel pour les autres plateformes.

Créer une audience engagée: le nerf de la guerre

TROIS HEURES

C’est le temps que la propriétaire de Akroche Tatuk investit CHAQUE JOUR pour créer du contenu (photo, vidéo, tutoriel, article de blogue, infolettre, animation des réseaux sociaux, etc.). Les panélistes étaient unanimes. Pour réussir à vendre en ligne, il ne suffit pas d’avoir de beaux produits… « Les consommateurs achètent d’abord et avant tout une histoire, une personnalité ». Faut donc se mettre en scène, parler de soi, transmettre les valeurs de l’entreprise, etc. C’est là que plusieurs se découragent. Et avec raison! Quel artisan a trois heures de lousse par jours pour faire de l’ordinateur? Chose certaine, de manière générale, un blogue et les infolettres sont extrêmement efficaces pour générer du trafic sur son site web et ainsi augmenter son référencement organique. Ça vaut la peine de s’y investir un peu… Quitte à engager quelqu’un pour le faire!

Les panélistes ont tous suggéré de se créer une audience avec un produit niché tout en se diversifiant en intégrant d’autres gammes de produits connexes pour bonifier le volume du panier d’achats. Il s’agit d’une astuce intéressante pour augmenter ses profits, mais ça peut devenir plus compliquer à gérer. Et la vente en ligne sert mieux certains types de produits que d’autres.

UNE BONNE IDÉE QUI A ÉTÉ LANCÉE

Pourquoi ne pas regrouper les artisans d’une même région sous une même adresse d’expédition? Pourquoi ne pas ouvrir un compte entrepreneur commun chez Poste Canada? Tous les colis réunis permettront une économie d’échelle et des tarifs préférentiels qui profiteront à tous.

CE QUE JE RETIENS DE MA SOIRÉE
Les pour d’une boutique en ligne (Shopify, WordPress, WooCommerce)
  1. On peut attacher une infolettre pour diffuser du contenu et des promotions. Il s’agit d’une véritable arme de vente massive qu’on peut paramétrer pour atteindre un public segmenté par habitudes de consommation.
  2. On peut suggérer des produits connexes (ventes croisées) et bonifier le panier d’achats.
  3. Les frais tournent autour de 50$ par mois, ce qui est faible par rapport aux frais d’une boutique physique ou les salons, marchés, etc.
Les contre
  1. Il arrive qu’il y ait certaines erreurs de traduction sur votre site.
  2. Ça prend quand même un minimum de talent en design graphique… et un maximum de patience! Parce que le web, c’est le web. C’est un gouffre de temps innommable. Si tu es du genre à pogner les nerfs rapidement quand ça ne marche pas du premier coup, engage un professionnel. Perds pas le goût de la vie pour ça.
Les pour de Etsy
  1. Etsy permet d’atteindre une clientèle qui autrement ne vous aurait jamais vu. C’est reconnu pour être «user friendly» et votre contenu sera facile à traduire. De l’Australie en passant par l’Irlande, vos produits seront vus partout à travers le monde.
  2. Etsy crée du trafic vers votre site web. Peut-être que Etsy ne sera pas votre meilleure plateforme de vente, mais il s’agit certainement d’un carrefour giratoire très achalandé qui redirigera beaucoup d’acheteurs potentiels vers votre site web, et qui contribuera à asseoir votre «autorité» aux yeux des moteurs de recherche.
  3. Etsy mise sur l’esprit de communauté. Les salons Etsy permettent un réseautage et une synergie entre artisans qui peuvent contribuer à établir des relations d’affaires intéressantes.
  4. Le coût est très faible, ce qui rend la plateforme intéressante pour le développement d’affaires. Et les artisans peuvent y tester de nouveaux produits sans trop investir (0,20$ par fiche produit).
Les contre
  1. Vous êtes simplement une boutique dans «le gros centre d’achat Etsy». Il se peut que votre publicité attire des gens sur la page de vos produits, mais qu’après avoir navigué tout bonnement en cliquant sur des liens, ceux que vous avez séduits avec une belle photo achètent un produit d’un concurrent.
  2. Les produits les mieux référencés resteront les mieux référencés… Les meilleurs vendeurs apparaîtront toujours en premier, ce qui crée une sorte de concurrence déloyale.
  3. La plateforme catégorise les produits par silo et il devient difficile d’établir et de positionner sa marque.

Je tiens à remercier Quartier Artisan pour leur arrêt dans le Kamouraska! Ce fut très pertinent et hautement inspirant.

Une super photo trouvée sur unsplash.com
Anne: Le rang Mississipi 1024 516 Visages regionaux

Anne: Le rang Mississipi

Je suis native du Kamouraska. Née à St-Germain dans le Mississipi. Oui celui qu’on trouve le plus beau du Québec, que les gens cherchent et où ils veulent tous et toutes s’établir. Pendant mon enfance, j’étais chanceuse, ma meilleure amie était à 5 minutes de vélo. Folle enfance de découvertes des grottes dans la montagne, des meilleurs spots pour faire des maisons dans les arbres et des baignades au fleuve, en plus des pâtisseries et des bretzels de Niemand!! Toutefois, rendue au secondaire, ce rang si attrayant était pour moi une barrière. Un trou d’un ennui fou ! Je me trouvais loin, loin de tout, loin de la culture, de l’effervescence de la ville, loin des possibilités. Je me sentais toujours observée par tout le monde. Incapable de faire mes expériences et de vivre pleinement selon mes valeurs.


J’ai choisi de revenir parce que je voyais ma chance d’avoir un réseau, une douceur de vie en harmonie avec mes valeurs. J’ai choisi de revenir pour l’espace et tout ce qu’il permet ! J’ai finalement accepté les choix de mes parents et je vois maintenant la richesse de vivre dans un endroit aussi beau que stimulant!


En quittant la région pour mes études, je ne croyais pas revenir, ou du moins pas si vite. Je me voyais rapidement terminer le cégep et quitter pour Montréal ou l’Europe pour l’université! Je trouvais que le mode de vie lent du Kamouraska n’était pas pour moi. J’étais en confrontation avec mes parents, qui eux, avaient quitté la ville pour s’établir en campagne 15 ans plus tôt. Je me voyais, indépendante, féministe, dans un grand loft à New York, à la tête des manifestations contre tout ce qui m’offusquait !


J’ai tenté cette vie, et je me suis étourdie en ville, j’avais mille et un projets et je m’impliquais partout. Quand je revenais voir mes parents pendant les longs congés, le temps s’arrêtait. Tout devenait moins stressant, moins pressant. J’ai vite commencé à me « pousser » de la ville dès que je le pouvais. Sur la route, plus je me rapprochais de mon fleuve, déjà je me sentais davantage moi-même.


En arrivant à La Pocatière, je quittais la 20 pour continuer mon chemin par la 132. Souvent la fenêtre ouverte et enfin, je respirais.
J’aime ma vie ici, j’aime les gens, le fleuve. Je ne me vois pas ailleurs, puisque j’espère redonner la magie de la nature à mes enfants. Je veux passer au suivant le goût du cèdre mâché, des vêtements collants de gomme de sapin, des bottes mouillées d’avoir voulu traverser le ruisseau l’hiver… et surtout mon bien-être mental, le fait de pouvoir choisir, pour moi mes projets.
Frédérique : je rêvais de Montréal! 1024 683 visagesregion

Frédérique : je rêvais de Montréal!

J’ai grandi à Québec avant de déménager, à 17 ans, pour étudier à Jonquière. Je ne considère toutefois pas que c’est à ce moment que ma vie en région a commencé ! Parce qu’à Jonquière, c’est une ville étudiante un peu hétéroclite qui réunit des gens de partout. Quand on étudie au Cégep de Jonquière (et particulièrement en ATM), on est un peu en marge. On vit en région, sans vraiment vivre la région.

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée en « vraie » région ! Après ma technique, je voulais voyager et prendre une pause d’études. Puis, à la toute dernière journée de mon stage, une amie avec qui j’avais étudié écrit sur notre groupe Facebook qu’une petite radio communautaire de la Baie-James cherche deux employés : un journaliste et un animateur. Je me suis dit : « Tant qu’à revenir au Québec et n’avoir rien de particulier à faire, pourquoi ne pas travailler dans le domaine dans lequel j’ai étudié ». On a toutes les deux obtenu un poste et c’est ainsi que j’acceptais de déménager à Matagami, à 1000 km au nord de la ville de Québec (et à 300 km au nord de Val-d’Or). Je n’avais jamais entendu parler de cette ville de 1500 personnes. Je n’en savais vraiment rien de rien. Mais, je venais quand même d’accepter le poste et mon déménagement était prévu pour le 14 juillet. C’est un coup de tête et je voyais ça comme une courte aventure, une parenthèse à ma vie « normale ».

Pensais-tu t’installer en région un jour?

Eh boy… non ! À l’adolescence, je trouvais que Québec, c’était trop petit ! Je rêvais de Montréal, de la vie urbaine, d’arts et spectacles et de restaurants à tous les coins de rue. Même si j’ai toujours aimé les grands espaces et le plein air, je croyais dur comme fer que j’irais vivre à Montréal. J’étais loin d’imaginer que je me retrouvais un jour dans le Nord-du-Québec, là où la plus grosse ville compte à peine 8000 âmes.

Même si mon arrivée en vraie région a été un coup de tête, j’ai vite trouvé des avantages à ce mode de vie. M’adapter n’a pas été facile (notamment parce que la seule amie que j’avais est partie après quelques mois et je me suis retrouvée VRAIMENT seule) et les petites villes sont souvent extrêmement chaleureuses, mais hermétiques aussi. Les milieux sont tissés serré et il peut être difficile de s’intégrer dans un groupe. Il faut dire que je n’avais qu’une collègue à la radio: ma directrice générale. Le temps a fait son œuvre, je me suis reposée, je me suis retrouvée grâce à mes longues marches quotidiennes, je me suis impliquée dans la communauté et j’ai eu des amis !

J’ai d’abord aimé la vie en région pour la proximité de la nature et la facilité d’en profiter. D’abord à Matagami, puis maintenant à Chibougamau, je pars à pied pour rejoindre les sentiers de raquettes, de ski de fond ou de randonnées, tout en habitant au centre-ville! La particularité de la Jamésie (la partie sud de la région Nord-du-Québec), c’est que nos villes sont jeunes et qu’elles ont été construites pour le développement minier et forestier. Tous les services sont donc à proximité (il est assez facile de vivre sans véhicule!) : je marche sept minutes pour aller travailler, aller faire l’épicerie ou quinze minutes pour aller à la piscine municipale. Avec cette proximité vient le temps que l’on gagne dans nos déplacements et on peut consacrer nos énergies à autre chose qu’être dans le trafic ! La vie en région, c’est, pour moi, la tranquillité d’esprit, le calme, le ressourcement, la nature et le bien-être. C’est aussi toutes les activités qui sont offertes et les services disponibles. Ce n’est pas parce qu’on est loin qu’on n’a pas tout ce qu’il faut pour être parfaitement heureux et occupé !

Ma plus grande surprise en m’installant en région est sans contredit tous les services offerts aux populations. En Jamésie, comme les petites villes sont éloignées les unes des autres, chacune d’entre elles doit offrir les services d’une ville régulière, si elle veut que ses citoyens y demeurent. On a accès à des cours de toutes sortes, tant sportifs qu’artistiques, des spectacles, des ateliers, des conférences… Les villes ont des piscines, des arénas, des terrains de tennis, de basket, des sentiers de randonnées (pédestres, motoneige, VTT)… C’est aussi grâce à ceux qui s’impliquent sans compter les heures que les milieux sont si dynamiques. Surtout, il est facile de s’impliquer, de monter des projets ou des événements. La grande majorité des citoyens ont un grand sentiment d’appartenance et souhaitent que leur milieu de vie s’améliore continuellement. Tout ça, ça se reflète dans l’ambiance. De Chibougamau à Matagami, on n’a pas l’impression d’être dans des villages en décrépitude où rien ne se passe. Au contraire, on se retrouve simplement dans des villes-avec-pas-beaucoup-de-voisins !