Voyage

S’accrocher les mots et les pieds aux Canaries 1024 574 Marie-Eve Arbour

S’accrocher les mots et les pieds aux Canaries

Au large des côtes du Sahara occidental et du Maroc. Un territoire insulaire volcanique. Quelque part non loin de Madère, des Açores et du Cap-Vert. Un archipel bien connu des touristes allemands.


C’est dans une atmosphère de COVID-19, de Journée de la femme et de quasi-déconnection que Marie-Eve nous raconte son voyage aux Îles Canaries: à travers ses yeux de femme, de mère, de voyageuse, d’entrepreneure et de passionnée des territoires.


Les Iles Canaries.

La culture ici est forte de l’héritage mystique d’un peuple autochtone.
Les Guanches.
Il y a quelque 2 500 ans, peut-être.
Venus des Monts Atlas. Peuple berbère. Des prisonniers, peut-être.
Des familles déposées çà et là, sur les sept îles que forme l’archipel. Peut-être.
On dit qu’ils auraient été les premiers habitants des îles. Peut-être.
Avant eux: lézards géants. Tortues géantes. Rats géants. Nada màs.

Tous des «peut-être», car rien n’est 100% sûr concernant les Guanches.
Trop de preuves disparues, il y a trop longtemps.

Toujours est-il qu’ils avaient de bonnes connaissances en élevage.
Des connaissances correctes en agriculture.
Et aucune en navigation.

Ce qui leur a permis de survivre. Sans pouvoir fuir.
Dans un endroit où dit-on, on y vit dans le meilleur climat au monde.
Rien de moins.

Un endroit où l’économie est largement influencée par le fait que le monde entier aime autant manger des bananes.
Et qu’on aime y voyager.
J’incarne bien ici ces deux moteurs économique

Hermigua, Ile de la Gomera
Une envie constante et incontrôlable de crier !!! B-A-N-A-N-A !!!
Ceux qui ont de jeunes enfants me comprendront peut-être.

J’écris ces lignes en enfonçant mes pieds dans le sable noir.
Volcanique.
Sur une minuscule plage.
En regardant la collection de trésors que je ramènerai à mon fils.
Roches. Coquillages. Morceaux de verres lavés par la mer.

Il aime tellement que je lui ramène des trouvailles durant mes voyages pour le travail.

Cette fois, c’est pour le plaisir de retrouver mon amoureux que je suis aux Canaries.
Lire ici: vacances sans enfants.
Ou encore: décrocher de Visages régionaux quelques instants.

Punta Hidalgo, Ile de Tenerife

Bon.

J’ai trainé mon ordi. J’avoue.
J’ai presque répondu à un appel d’offres. J’avoue.
J’ai répondu à quelques courriels, payé des factures, fait les paies. J’avoue.
Tout ne peut pas s’arrêter complètement.
Mais j’ai vraiment décroché quelques instants.

Masca, Ile de Tenerife

Trouver les mots

Mais…
Ma passion des territoires me suit partout.
J’aime les observer. Les analyser.
Voir le beau. Le troublant.

Comprendre l’histoire. Le présent.
Poser des questions. Trouver les mots.
Ceux qui collent. Qui s’accrochent.

Là et nulle part ailleurs.
C’est plus fort que moi… J’aime ça, qu’est-c’tu veux!

Alors j’ai joué aux mots. Ceux des Iles Canaries.
Humble exercice. D’une fille en vacances.
Rien d’officiel. Tout en subjectivité.

Avec un horizon de presque deux semaines pour m’imprégner.
C’est peu.
Mais c’est assez pour laisser une trace.
Un avant-goût.

En cette dernière journée de vacances, ils sont prêts.
Au moment de les déposer, ils se bousculent.
Prennent forme.
Sortent dans le désordre.
Ou dans l’ordre, va savoir.

Positionnement_territorial_v1

Lors d’une de nos conversations, Simon (mon amoureux) a dit…
C’est l’Europe tropicale ici.

J’aime comment ça sonne.
J’aime mettre ces deux mots-là côte à côte.

Si j’avais le mandat de construire un positionnement pour les Canaries (c’est beau de rêver!), tout cela serait une base pour l’élaborer.

Une V1.

Partir du senti.
Garocher tout ce qui vient.
Faire du ménage après.

Voici en rafale, sans ménage, pourquoi ces mots.

Gigantesque. Envergure. Puissance.

J’en ai vu des montagnes.
Les Rocheuses de l’Ouest Canadien. Les Alpes suisses. Les Andes péruviennes.
Ici, c’est différent. Ça donne le vertige.

C’est impressionnant.
Intimidant. Imperturbable.

Malgré leur envergure, leur imposante présence, parfois écrasante, elles ne sont que de minuscules îles en plein Atlantique.
Fragiles malgré tout.
Héritage d’une éruption volcanique majeure.
Qui les aurait soulevées du fond des mers.

Masca, Ile de Tenerife

Minuscule.

C’est l’humain qui est minuscule devant cette immensité.

Les crêtes nous enseignent nos propres limites.
Nous remettent à notre place.
Les seules qui osent s’y aventurer courageusement (ou aveuglement) sont les chèvres. Véritables alpinistes.

Insoumise. Indomptable.

C’est encore mêlé dans ma tête. Je veux parler ici autant de la nature, de la culture.
C’est un climat aride. Ce n’est pas simple de faire de l’agriculture.
Ce le serait plus d’acheter de l’Espagne.

Et pourtant, ils cultivent.
Avant, sur des terrasses creusées, aménagées à même les montagnes.
Maintenant, avec un système d’ombrière bien à eux.

En après-midi, plusieurs boutiques sont fermées.
Les gens relaxent.
Insoumise au système économique qui les voudrait ouvertes en tout temps.

De grands pans du territoire sont complètement inaccessibles.
Malgré la technologie.
Malgré notre capacité à construire des routes, des infrastructures.
Un territoire indomptable.

La mer aussi est insoumise.
Une mer puissante.
Sans repos.

Impardonnable par endroits.

Hermigua, Ile de la Gomera

Héritage. Sentiers.

Quand on marche dans les rues, ça sent l’histoire.
Le goût du beau.
De préserver. D’honorer.
Ça sent aussi les crevettes à l’ail dans les maisons et sur les terrasses.
Mais ça, c’est probablement juste parce que je suis un peu folle de ce plat-là.

Sinon, ici, le piéton est roi.
On peut parcourir l’île par ses mille sentiers.
Les anciennes routes, celles des Guanches, peut-être.
Les chemins de traverse, qui leur permettaient d’aller à la rencontre les uns des autres.
Les chemins dans lesquels ils ont inventé une langue nouvelle. Sifflée. Le silbo.
Oui. Une langue sifflée! Qui leur permettait de s’entendre à des kilomètres.
Avant les cellulaires.

Quand je marche dans les sentiers, je pense souvent aux Guanches.
Eux qui ont été exterminés à grands coups d’ambition de colonisation espagnole.
Comme trop souvent dans l’histoire.

Je ne peux m’empêcher de me demander si leurs pieds ont marché aux mêmes endroits.
S’ils percevaient leur vie ici comme une nouvelle prison. Ou comme un paradis.
S’ils avaient envie de partir à l’aventure, comme il m’arrive souvent.
S’ils ressentaient le même vertige que moi en regardant les montagnes.

Distinguée. Délicate. Douce.

J’aime ces mots. Je trouve que ça leur va bien.
La vie semble douce ici.
L’Euro leur donne une chance.
Le meilleur climat au monde aussi.
C’est le paradis ces plantes grasses.
Elles ne demandent pas grand-chose. Pas d’eau. Pas d’entretien.
Et sont rayonnantes. Je ne sais pas pourquoi j’aime autant les plantes grasses.

Les places publiques sont belles. Propres.
Ils y font attention.
De beaux efforts sont faits pour l’environnement.
Beaucoup de sensibilisation.
Du compostage dans les espaces publics.

Les touristes sont traités avec respects.
Les femmes aussi. Selon ce que j’ai pu observer.

Garachico, Ile de Tenerife

En parlant des femmes…

Parenthèse qui s’ouvre.

Le soir de la journée de la femme, nous sommes allés voir une projection de documentaire.
Sur l’émigration massive des Canaries, vers le Venezuela, dans les années 50.
Des hommes partis travailler. Qui ne sont pour la plupart jamais revenus.
Pour être acceptés au Venezuela, ils devaient avoir femme et enfants aux Canaries.
Troublante ironie.

Un flot d’émotions.
Prosternation devant le courage des femmes. Celles qui restent.
Leur dévotion envers leurs enfants.
Un violent paradoxe avec ma lecture du moment.
La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.
Une histoire d’émancipation. De Refus Global. D’abandon, encore ici.
Qui m’a heurté profondément.

J’en veux à ceux qui abandonnent. Qui brisent les autres.
Plein de réflexions sur mon rôle de femme. De mère. D’entrepreneure.
De ma place dans mon moi-même.
Bref. Je vous épargne les détails!

Fermeture de la parenthèse.


Conclusion

Ce voyage, ou plutôt ces vacances me rappellent à quel point j’aime partir.
Être ailleurs. Découvrir.
En même temps ça me rappelle à quel point j’aime chez nous.
Mes enfants.
Mon chum.
Mes collègues.
Visages régionaux.

Un feeling agréable de faire ce que je devrais faire.
Et d’aimer le faire.

Il était une fois dans l’ouest 999 1024 Marie-Eve Arbour

Il était une fois dans l’ouest

Inspirations

Ça fait maintenant 10 ans qu’une personne que j’adore et avec qui j’ai fais plusieurs expériences de jeunesse a déménagé dans l’Ouest canadien.

Jusqu’à maintenant, à chaque fois que j’avais l’opportunité de voyager, je me gâtais avec un billet d’avion vers un endroit un peu plus exotique que notre beau grand Canada.

Comme j’allais bientôt obtenir le titre d’amie indigne-qui-n’était-encore-jamais-venue-lui-rendre-visite-en-10-ans, il était grand temps que j’y mette les pieds. J’ai profité des vacances estivales pour faire un saut dans l’ouest et du même coup, découvrir le Kootenay Park, Canmore et Fernie.

Dans son article sur le Festif de Baie-Saint-Paul, Claudia nous explique à quel point ça peut être tannant de voyager avec une graphiste. Elle regarde chaque affiche sur son passage et ramasse un million de dépliants.

Ma déformation professionnelle, c’est d’analyser chaque ville, chaque village. Tenter de comprendre comment ils se distinguent, comment ils se vendent et surtout, pourquoi les gens qui y vivent ont fait ce choix.

«Why here», je leur demande.

«Look around you», qu’ils répondent. «Isn’t it just amazing?»

En effet… Peu importe où tu regardes, il y a la plus belle montagne que t’as jamais vue. 360 degrés de pure beauté. Les amateurs d’outdoor sont plus que servis. À quelques pas de chez eux: randonnée, descente de rivière en n’importe quoi (canot, kayak, paddle board, tube gonflable… définitivement mon activité préférée). Escalade, vélo de montagne, rafting.

Mon sport préféré
Descente de rivière en tube

«Yes», but why here? I mean, there are many more communities around that has de same landscape. So why here precisely? What is so special about this place that you decided to live here?»

 

Qu’est-ce qui rend un lieu si unique?

Cette question-là, j’ai l’impression de l’avoir posée des milliers de fois. C’est celle à la base de toute démarche de marketing territorial. Quand on travaille avec un village, une ville ou une région, on la pose d’abord aux élus, aux responsables de la stratégie et éventuellement aux résidents et entrepreneurs.

Trop de gens ont tendance à nommer les paysages comme étant ce qui les distingue.

C’est bien beau, les paysages. Mais des beaux paysages, il y en a partout. Alors, why here?

On continue à gratter.

Le travail.
La maison.
La famille.
Les amis.
La communauté.
Les services.
Le dynamisme.
Le hasard…

Les milliers de réponses que j’ai obtenues depuis que je pose cette question tournent toujours autour des raisons que je viens d’énumérer. J’aime croire que c’est un heureux mélange de timing, d’opportunité et de coup de coeur. «Finding the right place at the right moment», comme diraient nos amis anglophones.

Alors, comment est-ce qu’on peut agir là-dessus? La question qui tue, dans le métier. Et à laquelle je réfléchis constamment.

Évidemment, on a développé un paquet de trucs pour développer l’attractivité des communautés et régions qu’on accompagne.

Mais comme on est en voyage, c’est le temps de s’inspirer. D’aller voir ce que d’autres font.

En discutant avec mon amie, j’ai découvert Story & Co. Des comme nous, du BC que je raconte à mon équipe. Ils ont travaillé notamment avec les villes de Kimberley, Grans Forks et Revelstoke.

Leur approche est essentiellement basée autour de l’idée de raconter l’histoire d’une communauté. Pas d’un point de vue historique. Plutôt son récit, son essence, son vécu.

Pour eux, «community story is about the place, but also about the many different stories of those who live, work and travel there». Ils disent aussi que «story and brands are not created. They already exist. The task is to improve community communication, strengthen the story, and help it tell best.»

De la musique à mes oreilles. Ou plutôt à mes yeux, puisque je lis tout ça sur leur site web.

Parce qu’au fond, ce qu’on cherche à faire en marketing territorial, c’est d’influencer positivement la perception que les gens (idéalement notre clientèle cible) ont d’un lieu.

Oui, les paysages c’est beau. Oui, on utilisera cet argument à quelque part dans nos communications. Mais ce qui compte vraiment, c’est l’histoire qu’on raconte. Les projets, les gens, la communauté, la culture qu’on met de l’avant. C’est le caractère. L’essence. La vibe…

C’est ça qui fait qu’on entend parler d’un lieu.

Qu’on s’y intéresse.

Et qu’on se voit y faire sa vie.

Maudit que j’aime ma job!

Fini les vacances, de retour au boulot.