Le Festif!: Mettre Baie-Saint-Paul sur la carte auprès des 18-40 ans

Entrevue avec Clément Turgeon, Fondateur du Festif!

Le Festif!: Mettre Baie-Saint-Paul sur la carte auprès des 18-40 ans

Le Festif!: Mettre Baie-Saint-Paul sur la carte auprès des 18-40 ans 1024 683 Visages regionaux

Fondé en 2011, le Festif! de Baie-Saint-Paul est un rassemblement incontournable de la scène musicale québécoise dont l’engagement local, l’écoresponsabilité, l’audace et la créativité sont devenus des éléments distinctifs de l’événement. Sa dernière édition a enregistré un nombre record de 40 000 festivaliers.

Voici une entrevue réalisée avec Clément Turgeon, fondateur du festival, qui nous explique comment les arts et la culture peuvent dynamiser un milieu de vie et attirer l’attention des 18-40 ans.

 

Clément

Clément Turgeon. Photo : Jay Kearney

Visages régionaux : J’aimerais que tu nous parles de ton parcours et de ton choix de vivre en région.

Clément : Je suis né à Baie-Saint-Paul. J’ai toujours été très sensible à l’organisation d’événements; quand j’étais jeune, c’était moi l’organisateur en chef. Après mon secondaire, je suis parti à Québec étudier en cinéma. Je suis revenu travailler en tant qu’animateur-intervenant à la maison des jeunes, puis en tant que travailleur de rue. Dans le cadre de ce travail, j’ai fait de l’organisation pour un festival de musique destiné aux jeunes. Après, je suis allé étudier en service social à l’Université Laval mais j’ai abandonné après une session pour revenir à Baie-Saint-Paul me concentrer sur le Festif!. C’est assez dur à dire pourquoi je suis revenu en région… Je ne me voyais pas grandir ailleurs qu’ici.

 

Le rythme d’une plus petite ville, la proximité du fleuve, cet espèce de sentiment d’appartenance, c’est juste extrêmement beau. 

Peux-tu nous donner un petit peu plus de détails sur la façon dont ton projet du Festif! a émergé?

Il y a eu un mini festival pour commémorer les 25 ans du Cirque du Soleil, qui a été créé à Baie-Saint-Paul dans les années 80. Je trouvais vraiment inspirant que ce projet qui a connu autant de succès ait débuté à Baie-Saint-Paul. La nuit de cet événement, on a rencontré le maire par hasard dans les rues. Je lui ai parlé de mon flash de faire un festival. Après ça, j’y suis allé avec mon intuition. 

Une autre étape importante est quand je suis allé solliciter l’aide de Daniel Gauthier, un des cofondateurs du Cirque du Soleil. Il m’avait directement fait un chèque et une lettre d’appui. C’est cet après-midi-là que j’ai abandonné l’université pour retourner à Baie-Saint-Paul partir le festival.

C’est super de voir qu’il y a des gens qui ont cru en ton projet…

À la base, c’est vraiment moi qui y ai cru à fond. Dans mon for intérieur, j’étais sûr que ça allait fonctionner. Au début, c’était tout petit. Le financement, c’était de l’emballage à l’épicerie, des soirées de quilles, des ventes de citrouilles en porte-à-porte, bref, vraiment n’importe quoi. Les deux premières années, c’était dans un parc avec cinq groupes de musique et une scène. On a déménagé au centre-ville la troisième année pour mettre en place la formule qu’on connaît aujourd’hui. Maintenant, on a 28 scènes incluant toutes les petites salles. 

Photo : Le Festif!

Photo : Le Festif!

La municipalité a-t-elle été un élément facilitateur? Considères-tu qu’elle vous a donné un bon coup de main?

Au début, ça a été difficile : on n’avait pas d’appui financier. Puis, en déménageant au centre-ville, il y a eu beaucoup d’opposition. Plusieurs personnes avaient peur qu’on dérange. Maintenant, la ville nous appuie en argent, en ressources humaines, et nous donne beaucoup de latitude pour faire les spectacles un peu partout. Ça, c’est un secret de la réussite du Festif! : on a réussi en travaillant beaucoup les relations avec les conseillers pour avoir un appui. Sans ça, on aurait de la difficulté à faire les formules qu’on fait jusqu’à trois heures du matin. 

Selon toi, quel est le rôle de la communauté de Baie-Saint-Paul, et de Charlevoix au sens plus large, envers le Festif!?

La communauté est vraiment au cœur du festival, et on fait en sorte qu’elle le reste. Il y a beaucoup de festivaliers qui se sentent vraiment accueillis quand ils viennent à Baie-Saint-Paul. Sans ce soutien de la communauté, le Festif! n’existe plus. On fait des spectacles chez les citoyens, on développe des partenariats avec les entreprises locales… Certains ouvrent même leur terrain pour que les festivaliers aient un endroit où dormir. C’est indissociable : quand tu viens au Festif!, tu viens aussi à la rencontre de Baie-Saint-Paul et de sa population.

À part le fait qu’il y a des alliances avec les citoyens et les entreprises, comment penses-tu que l’identité du territoire de Baie-Saint-Paul rend le Festif! aussi unique et distinctif des autres festivals?

Déjà, Baie-Saint-Paul est une ville axée sur la culture. Il y a beaucoup de galeries d’art, le Cirque du Soleil a été créé ici… Je pense que la population a une ouverture naturelle là-dessus et un sentiment d’appartenance ultra fort qui fait que les gens sont très fiers quand d’autres arrivent de Québec, Montréal, Saguenay, partout. Je pense que cette sensibilité aux arts, à la culture, aux événements, c’est une attitude qu’on n’aurait pas ailleurs. Beaucoup de gens viennent travailler au Festif! et nous demandent comment on fait pour avoir toutes ces autorisations.

Il y a un réseau très fort et solidaire à Baie-Saint-Paul, et cette force de collaboration s’est adaptée au Festif!. Tout le monde est habitué de travailler ensemble et de se soutenir, alors ça paraît beaucoup dans le Festif!.

Déjà, on est un peu bénis d’être ici; on a une rivière qui passe directement au milieu de la ville, qui nous permet d’y faire des shows, et la belle rue Saint-Jean-Baptiste… C’est carrément le territoire en tant que tel qui nous avantage beaucoup. On est à une heure de Québec, mais en arrivant ici, on se sent complètement ailleurs en montagne. Ce sentiment d’évasion est très fort, mais en même temps très accessible.

Photo : Le Festif!

Photo : Le Festif!

As-tu l’impression qu’après autant d’années, le Festif! contribue aussi à l’identité de Baie-Saint-Paul?

C’est sûr. On a surtout mis Baie-Saint-Paul sur la carte pour les 18-35 ans. Touristiquement parlant, c’est plus axé sur les 50 ans et plus, mais la ville veut de plus en plus rajeunir. Le Festif! est le meilleur exemple pour développer une nouvelle clientèle. Les gens d’affaires, les commerces et la ville en bénéficient vraiment pour renouveler le tourisme. Je suis sûr qu’on donne une image super dynamique de la ville. Je connais beaucoup de gens maintenant qui ont déménagé à Baie-Saint-Paul et qui l’ont connue grâce au Festif!. On crée des opportunités qu’on n’aurait pas autrement.

Vous êtes vraiment branchés sur la clientèle-cible que les régions cherchent souvent à attirer pour renouveler leur population… Des initiatives comme le Festif!, il y en a qui en voudraient! C’est souvent parce que les gens vont venir s’imprégner en mode vacances estivales et découvertes (comme nous dans cet article) qu’ils vont avoir envie de vous connaître davantage. 

De ton point de vue, comment les arts et la culture contribuent à l’attractivité des régions en général? Comment est-ce que ça les aide à être belles, dynamiques, trippantes?

C’est une carte de visite très importante pour les régions. Le Festif! est une vitrine grand public où on fait découvrir Baie-Saint-Paul à 40 000 personnes. Pour une fin de semaine, le festival donne à Baie-Saint-Paul un rayonnement à l’année. Ça permet à une région, à une ville de rayonner aux quatre coins du Québec. 

Que donnerais-tu comme conseils aux municipalités du Québec qui auraient le goût d’encourager des projets comme le tien à émerger?

Je pense qu’il est important de mettre toutes les ressources disponibles pour que des initiatives comme celles-là fonctionnent. Si je n’avais pas été aussi entêté, la ville serait passée à côté du Festif!. Les municipalités doivent reconnaître les retombées des initiatives et aider les entrepreneurs. 

Que dirais-tu aux jeunes qui sont en ville mais qui se freinent parce qu’ils trouvent que les régions manquent de culture et d’événements?

Je pense qu’au contraire, il y a aussi toujours quelque chose à faire en région. En fait, ça dépend de comment tu le vois.

Les régions, c’est beaucoup plus dynamique que ce que certains peuvent véhiculer. Je n’ai jamais vu de désavantages, de manque de dynamisme dans les petits milieux.

Malheureusement, en raison du COVID-19, la prochaine édition du Festif! est annulée. Nous leur envoyons plein d’amour de l’autre bord du fleuve et on leur dit à l’année prochaine. 

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